L'ancien député européen et maire d'Hellemmes, Gilles Pargneaux, mis en cause pour ses liens avec le Maroc

Alors que le Parlement européen est secoué par une affaire de corruption inédite, une ancienne eurodéputée socialiste portugaise, Ana Gomes, a taxé Gilles Pargneaux de "lobbyiste du Maroc". Eurodéputé de 2009 à 2019, cet ancien Premier secrétaire de la fédération PS du Nord, présidait le groupe amitié UE-Maroc à Bruxelles.

Après le Qatar, un autre pays se retrouve au cœur des soupçons au Parlement européen : le Maroc. L'enquête menée par la justice belge fait apparaître l'implication du royaume chérifien dans cette affaire de corruption et de blanchiment d'argent qui a déjà conduit la vice-présidente et trois autres personnes en détention provisoire.

C'est au milieu de cette tempête qu'est apparu le nom de l'ancien maire d'Hellemmes, Gilles Pargneaux, dans les enquêtes de BFMTV et du JDD. Ces deux investigations évoquent les cadeaux et voyages payés par le Maroc à l'ex-eurodéputé.

"Conseiller de sa Majesté le Roi"

Des informations appuyées par les révélations d'une ancienne eurodéputée socialiste, Ana Gomes, qui accuse l'ex-parlementaire français d'être un "lobbyiste effronté du Maroc". 

Sur son compte Twitter, la politicienne portugaise met en cause la probité de son ancien collègue : "en tant que député européen il se présentait comme conseiller de sa Majesté le Roi". Et d'ajouter : "a-t-il déjà fait l'objet d'une enquête ? Il devrait." Gilles Pargneaux (eurodéputé de 2009 à 2019) et Ana Gomes (2004 à 2019) siégeaient au sein du même groupe à Bruxelles : le PSE (parti socialiste européen).

Voyages et cadeaux au frais du Maroc ?

Durant ses deux mandats de député européen, Gilles Pargneaux était à la tête du groupe d'amitié UE-Maroc, une structure informelle chargée de tisser des liens entre l'Union européenne et le royaume du Maghreb. De par cette fonction, il se rendait régulièrement Maroc, parfois avec d'autres députés.

C'est là qu'une première question se pose : aurait-il bénéficié d'argent du Maroc pour financer ses voyages? C'est en tout cas ce qu'affirme BFMTV.

Lors de ses visites, il recevait également des cadeaux, comme le montrent des photos sur son compte Facebook. Mais de quelle nature étaient-ils ? Simple offrande symbolique comme le veut la tradition de ce genre de déplacements, ou bien cadeaux plus onéreux ?

Cette pratique est encadrée au sein du Parlement. Selon un "code de conduite", adopté en 2011, les eurodéputés ne doivent accepter de la part des lobbies que les cadeaux matériels ou immatériels d'une valeur inférieure à 150 euros. Si le cadeau a une valeur supérieure à 150 euros, il doit être remis à un service compétent qui l'entreposera temporairement.

Un "engagement total" pour le Maroc

Visiblement, Gilles Pargneaux entretenait de bonnes relations avec les autorités marocaines. Le site d'information marocain Le Desk évoque "l'engagement total" de l'ancien eurodéputé en faveur de ces dernières. "Sahara, Maroc-UE, Union Africaine, droits de l'homme, Gdim Izik..., il n'y a pas un sujet pour lequel l'eurodéputé ne mouille la chemise pour défendre haut et fort les thèses de Rabat", écrivait le média en mai 2017.

Un "engagement" reconnu par les hautes instances du royaume et remercié par de multiples distinctions. Exemple : il y a dix ans, Gilles Pargneaux recevait les insignes de Commandeur du Ouissam des mains du président de la Chambre des Conseillers Mohamed Cheikh Biadillah, comme le montre ce reportage de MAP TV, une agence marocaine de presse (vidéo ci-dessous). Il a également reçu une médaille de Dakhla par le Sahara occidental.

"Il a déclaré sa flamme aux autorités marocaines"

Gilles Pargneaux n'a jamais caché sa proximité avec le Maroc, dans son engagement politique comme dans sa vie privée. L'ancien maire d'Hellemmes est marié à une Marocaine et a adopté des enfants marocains.

"Il a toujours montré son affection pour le Maroc, pour le Roi du Maroc, et pour les autorités marocaines, assure Patrick Kanner, sénateur socialiste du Nord, qui l'a longtemps côtoyé au sein de la fédération PS, avant de prendre ses distances après le soutien de Pargneaux en faveur d'Emmanuel Macron en 2018. Il a toujours déclaré sa flamme au Maroc, c'était connu sur la place publique."

Mais alors jusqu'où aurait pu conduire cette proximité, cette amitié ? Gilles Pargneaux a-t-il dépassé les cadres légaux de l'institution européenne ? A-t-il reçu des pots-de-vin de la part du Maroc ?

"Je n'ai jamais observé de tentatives de corruption"

Dominique Riquet, député européen (groupe RenewEurope), et ancien maire de Valenciennes, a fréquenté Gilles Pargneaux au sein du groupe amitié UE-Maroc. Il a d'ailleurs participé à l'un des voyages outre-Méditerranée, "il y a 7 ou 8 ans". "Je n'ai, à aucun moment, observé directement ou indirectement de tentatives de corruption", affirme-t-il.

Quant à savoir si le vol en avion avait été payé par le Maroc ou par l'enveloppe du député européen, Dominique Riquet dit ne "plus s'en rappeler". "Il n'y a aucune raison que ce ne soit pas rentré dans les frais" de fonctionnement accordés aux eurodéputés, a-t-il ajouté.

Lobbyiste pour le Maroc ?

Gilles Pargneaux a, dans de nombreuses déclarations publiques, vanté les mérites du royaume chérifien. "Le Maroc est la démocratie la plus aboutie au Sud de l'Europe", a-t-il notamment affirmé.

Dans une interview donnée à un site d'information marocain, il confirme sa volonté de voir le pays se rapprocher de l'Union européenne. "Il faut que le Maroc ait une présence accrue au Parlement européen". Une phrase qui résonne étonnamment au vu des révélations actuelles à Bruxelles.

Si la justice n'a donné, pour l'heure, aucune preuve d'accointances ou de faits de corruption entre l'ex-eurodéputé et le Maroc, le doute plane et des questions sont en suspens. Notamment sur la place occupée aujourd'hui par Gilles Pargneaux.

Après avoir quitté le Parlement en 2019, l'ancien socialiste a fondé l'ONG EuroMeda qu'il préside aujourd'hui. C'est "avec un homme qui lui avait remis une décoration dans le passé", au Maroc, qu'il a mis sur pieds cette fondation, précise l'enquête du JDD.

Si cette structure dit avoir "pour vocation de renforcer et promouvoir un espace Europe-Méditerranée-Afrique cohérent", des accusations sont portées contre elle sur sa véritable fonction. L’ONG Western Sahara Resource Watch (WSRW), active à Bruxelles, parle notamment de  "lobbying" pour qualifier les activités d'EuroMedA, comme l'indique le site JeuneAfrique. Dans ce même article, la fondation s'en défend.

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