"L'opéra de Lille a été occupé deux fois par les Allemands", des anecdotes à découvrir dans le livre qui célèbre ses 100 ans

En 2023, l'opéra de Lille a fêté deux anniversaires : les 100 ans de son inauguration, il a été ouvert au public en 1923, et les 20 ans de sa réouverture en 2003, à l'issue d'une grande rénovation après sa fermeture à la fin du XXe siècle. A cette occasion paraît le beau livre "Une maison d'opéra au XXe siècle. Opéra de Lille, 1923 - 1927", une plongée dans la vie quotidienne de cet opéra qui met l'accent sur son histoire artistique et culturelle, peu explorée jusqu'à présent.

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Si l'architecture du bâtiment a déjà fait l'objet de nombreux ouvrages, l'histoire artistique de l'Opéra de Lille a été un peu délaissée par la recherche.

Raphaëlle Blin, qui a coordonné le livre, et ses co-auteurs se sont donc plongés dans les documents d'archives pour remettre au jour la programmation et la vie quotidienne de l'opéra depuis 1923.

Pour en savoir plus, nous avons posé trois questions à Raphaëlle Blin, musicologue et historienne.

L’Opéra de Lille a été deux fois occupé par les Allemands, lors de la première et de la deuxième guerre mondiale ?

 

En effet, en 1916 et 1940, les Allemands occupent le Grand Théâtre lillois, comme on l’appelle à l’époque, et mettent en place une saison allemande, afin d’imposer leur pouvoir par le rayonnement culturel. Ils invitent des artistes de toute l’Allemagne, à la fois de grands solistes et de grands chefs d’orchestre, mais aussi des troupes d’opéra (Mannheim, Stuttgart, Lübeck, Karlsruhe, Munich, Hambourg, Augsbourg, Berlin, Brême, Cologne…).

Le répertoire allemand est alors majoritaire - Beethoven, Mozart, Weber et Wagner sont à l’honneur - mais on peut aussi assister à des représentations d’opéras français et italiens de Rossini, Bizet, Offenbach ou encore Verdi.

L’impact de ces périodes d’occupation est encore visible, symboliquement, aujourd’hui : au tout début de la Première Guerre mondiale, le chantier de Louis-Marie Cordonnier n’est pas terminé et, en arrivant à Lille, les troupes d’occupation doivent finir de meubler le Grand Théâtre. Il manque notamment tous les fauteuils du parterre !

Sans l’occupation allemande, la salle de l’opéra de Lille aurait donc été entièrement en bleu !

Raphaëlle Blin, musicologue

On s’empresse alors d’aller chercher ceux du Sébastopol pour pouvoir ouvrir l’opéra. Or, dans le projet initial de l’architecte, la salle devait être tout en bleu. L’arrivée des éléments du Sébastopol change la donne, car les sièges sont rouges, et on continue d’utiliser cette couleur lors des différents remplacements de fauteuils.

Sans l’occupation allemande, la salle de l’opéra de Lille aurait donc été entièrement en bleu !

 

Le livre est riche d’anecdotes sur l’histoire de l’Opéra de Lille. Quelle est celle qui vous a particulièrement marquée ?

 

Il y en a en effet beaucoup et le choix est difficile.

Peut-être l’une des plus célèbres : à la fin des années 1920, l’Opéra de Lille accueille dans sa troupe un chanteur qui n’est autre que le futur dessinateur de la bande dessinée Blake et Mortimer : Edgar P. Jacobs. Ce dernier, avant d’entamer la carrière que l’on connaît mieux, a été figurant, choriste puis chanteur soliste, notamment sur la scène du Grand Théâtre en tant que baryton.

Le dessinateur de Blake et Mortimer, Edgar P. Jacobs, a été baryton sur la scène du Grand Théâtre !

On le retrouve dans tous les programmes de l’époque et il a aussi fait de nombreux croquis de costumes et décors, directement tirés de son expérience de la scène.

Mais je pourrais aussi mentionner une création remarquable, La Forêt bleue, en 1959 à Lille, ou bien la question des langues à l’Opéra : jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, on chante tout en français et le public connaît par cœur les différents airs en français des grands opéras italiens, russes ou encore allemands. Ce n’est qu’à partir des années 1950 que l’on commence à retrouver les langues originales. Il y a plusieurs anecdotes amusantes à ce sujet, comme un Rigoletto à Lille où personne ne chante dans la même langue : le soliste en italien et les chœurs en français… 

 

Un gros travail de recherche ?

 

Le livre est très richement illustré, nous avons mené un gros travail de recherche pour trouver des iconographies inédites, incarnant au mieux la vie lyrique lilloise.

Ce livre est un vrai régal pour les yeux !

Raphaëlle Blin

C’est un vrai régal pour les yeux à mon avis...

En plus de cela, l’ouvrage ne raconte pas que l’histoire de l’art lyrique à Lille : il parle plus généralement de culture et témoigne aussi de l’histoire régionale et nationale, car une institution comme l’Opéra de Lille joue un rôle très fort à plusieurs échelles.

C’est donc aussi un livre qui parle de culture au sens large, en mentionnant de très nombreux artistes et représentations que plus d’un et d’une reconnaîtront !

>>> A lire : Une maison d'opéra au XXe siècle. Opéra de Lille, 1923 - 2023. Sous la direction de Raphaëlle Blin. Editions Snoeck, Gand 2023.