Affaire du Stade Pierre-Mauroy : Damien Castelain, président de la MEL, mis en examen

Damien Castelain, président de la MEL en 2015 / © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Damien Castelain, président de la MEL en 2015 / © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Le président de la Métropole européenne de Lille (MEL) Damien Castelain a été mis en examen ce mercredi dans l'affaire du Stade Pierre-Mauroy.

Par EM avec AFP

Damien Castelain, président de la MEL, a été mis en examen ce mercredi après-midi pour favoritisme et corruption. Après deux jours de garde à vue et une journée au tribunal. 

Il avait été convoqué lundi matin dans les locaux de la PJ de Lille avec quatre autres personnes dont l'ancien maire de Comines Henri Ségard et deux ex-cadres d'Eiffage. Damien Castelain a été placé sous contrôle judiciaire. Son avocate Florence Rault, estime, dans La Voix du Nord, cette mise en examen est « injustifiée  ». «  Il n’était pas en mesure de décider quoi que ce soit à l’époque (NDLR : le maire de Péronne-en-mélantois était vice-président de la communauté urbaine à l’écologie urbaine). Sa seule préoccupation était l’intérêt public. C’est Pierre Mauroy qui avait pris ces décisions. Mais comme il n’est plus là, on ne peut plus lui demander des comptes, donc il faut trouver quelqu’un : Damien Castelain est un lampiste dans cette affaire. »

Pas de démission


Selon son avocate, Damien Castelain a le sentiment qu’on veut le discréditer. Ce qui passe très mal, c’est la caution de 50 000 euros que la justice réclame au président de la MEL. Son avocate considère cette caution comme un « pré-jugement » alors que - pour elle -  les faits sont loin d’être établis. Elle estime que c’est « choquant ». Et elle ajoute : « J’ai défendu de vrais truands à qui on n’a jamais réclamé de caution. » Elle dénonce une enquête à charge.

Damien Castelain estime qu’on lui prête beaucoup d’influence dans cette affaire. Il rappelle qu’en 2008 – date de l’attribution du marché du Grand Stade – il n’était pas le président de la Métropole lilloise ; que d’autres élus ont voté pour le projet Eiffage. M. Castelain était à l'époque un des membres du groupe MPC (Métropole passion communes), présidé par M.Segard. C'est ce groupe qui a oeuvré activement pour que le projet Eiffage soit choisi.

Son avocate précise ce soir que son client reste bien Président de la MEL. Il n’entend pas démissionner.

Dans un communiqué, le groupe Métropole Passions Communes (MPC), qui regroupe des maires de petites communes de la MEL et dont M. Castelain est président, a renouvelé "à l'unanimité son soutien à son président, ne doutant à aucun moment de son intégrité".

"À ce stade, nous souhaitons que la présomption d'innocence s'applique à notre Président comme à tout autre Français et qu'elle soit respectée par tous. Damien Castelain est un homme courageux, sincère, honnête consacrant sa vie politique au service de l'intérêt général", ajoute le MPC.

3 autres mis en examen


Henri Ségard, a également été mis en examen pour "trafic d'influence passif et complicité de favoritisme" par le juge Jean-Michel Gentil, et placé sous contrôle judiciaire. Tout comme les deux anciens dirigeants d'Eiffage mis en examen pour "trafic d'influence actif". De source proche de l'enquête, il s'agit de Jean-Luc Vergin (ex-directeur régional) et Alain Létard.


Une cinquième personne, gérante d'une société d'études, a été remise en liberté à l'issue de cette garde à vue.

Voyage à Budapest, terrasse et terre


Cette mise en examen marque une nouvelle étape dans le dossier du Grand Stade. Une information judiciaire avait été ouverte fin 2012 sur les conditions d'attribution
du chantier à Eiffage, à la suite d'une plainte déposée en décembre 2010 par Eric Darques, ex-élu (RPF) de Lambersart (Nord).

Eiffage, auteur d'une offre de 314 millions d'euros, était en concurrence avec le consortium Norpac-Bouygues, qui proposait un projet à 268,5 millions d'euros et avec Vinci et son projet à 324 millions d'euros, selon la Métropole européenne de Lille. La MEL a été mise en examen le 15 novembre 2016 en tant que personne morale pour favoritisme. L'enquête a été élargie en décembre 2016 par la justice à la recherche d'une "corruption" et d'un "trafic d'influence".

Les enquêteurs s'intéressent particulièrement à un voyage à Budapest pour le Grand Prix de F1 de Hongrie en août 2010 organisé par Eiffage et auquel auraient participé
MM. Castelain et Segard, ainsi qu'un ex-cadre d'Eiffage. Un voyage à Zurich en juin 2008 pour le match de l'Euro France-Roumanie, auquel aurait été invité M. Segard, nourrit les interrogations, tout comme "la livraison gratuite" qu'aurait faite Eiffage au domicile privé de M. Castelain de pierres pour la construction d'une terrasse. Les chefs de mise en examen de "trafic d'influence passif" et de "complicité de favoritisme" laissent penser que les deux élus sont soupçonnés d'avoir accepté des avantages après avoir soutenu la candidature d'Eiffage.

L'avocate de M. Castelain, Florence Rault, a rejeté ces soupçons : "M. Castelain a payé son voyage en Suisse. Il avait la facture chez lui, et les policiers l'ont retrouvée lorsqu'ils sont allés perquisitionner à son domicile lundi. De même, il a payé ses travaux de terrassement, la facture a elle aussi été retrouvée ! Quant au voyage en Hongrie, il était invité par un couple d'amis n'ayant aucun rapport avec Eiffage", a-t-elle affirmé.

Des perquisitions ont été opérées dans le cadre de cette affaire en octobre 2015 à la Mel et au siège d'Eiffage à Paris. En décembre 2016, un site de stockage de
données du groupe dans le Pas-de-Calais a aussi été perquisitionné, tout comme le domicile de deux anciens cadres de l'entreprise.

Le projet du Grand Stade de Lille inauguré à l'été 2012, avait été développé sous les présidences successives à la Communauté urbaine de Lille (Ex-MEL) de Pierre
Mauroy et Martine Aubry. L'enceinte ultramoderne de 50.283 places héberge principalement les matches à domicile du LOSC, club de football de Lille, et a accueilli des matches de l'Euro-2016.

Sur le même sujet

Les + Lus