Coupe du monde : "qu'importe le résultat, on sera fiers", rencontre avec des supporters du Maroc avant un quart de finale historique

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C'est la première fois qu'un pays arabe se qualifie pour un quart de finale de Coupe du monde. Comment les supporters des Lions de l'Atlas appréhendent ce match historique contre le Portugal, samedi 10 décembre ? Reportage à Lille.

Mardi dernier, la rue des Postes, à Lille, a retenu son souffle jusqu'au dernier instant. Maroc et Espagne ont attendu les penalties pour se départager. Une séance haletante que Majid El Amri a suivi "le cœur sur la main" et les mains tremblantes chez son voisin coiffeur. Ce belgo-marocain de 52 ans n'a exulté que lorsque le portier héroïque des Lions de l'Atlas, Yassine Bounou, a repoussé le troisième tir espagnol, celui de Sergio Busquets.

Quelques minutes après le coup de sifflet final, il a vu la rue se remplir. Klaxons, drapeaux rouges, pétards... Des centaines de personnes sont venues exprimer leur joie à ciel ouvert, largement recouvert de pétards et de feux d'artifices. "Cette qualification, c'est une fierté, lance Majid El Amri, gérant du café le Sultan, dans la rue des Postes, épicentre des célébrations marocaines.

Le Maroc, premier pays arabe en quart de finale

Grâce à cette victoire, le Maroc est devenu l'un des quatre pays africains à accéder à un quart de finale de Coupe du monde. Plus fort encore, le royaume chérifien est le premier pays arabe à atteindre un tel stade de la compétition. Une consécration qui se déroule dans un pays hôte... arabe (le Qatar), pour la première fois là encore. "On y voit forcément une symbolique, assure Redouane, franco-marocain de 31 ans, croisé chez Man Coiff'. Ca marque encore plus le côté historique de cette qualification."

Samedi 10 décembre, à 16 heures, le Maroc va défier le Portugal, large vainqueur de la Suisse (6-1) en huitième de finale. Redouane, banquier et féru de ballon rond, a déjà prévu de rejoindre sa famille à Paris, pour suivre cette rencontre dans un salon de thé. "On va fêter ça, dit-il. Qu'importe le résultat, on sera fiers de notre parcours."

"On n'a plus peur de rien"

Majid, lui, retournera voir le match dans le salon de coiffure situé à quelques pas de son café qui n'a pas de télévision. "Là-bas, ils ont un écran et continuent de travailler pendant le match, raconte-t-il. Il y a des jeunes qui ne savent pas où le regarder qui viennent ici aussi." Des bars ou restaurants de la ville surfent sur cette ferveur et ont prévu de diffuser la rencontre. Comme au snack O clock time, qui a déjà vibré pour les huitièmes (voir ci-dessous).

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Le parcours des Lions de l'Atlas a de quoi donner confiance à ses supporters. Avant d'éliminer l'Espagne, les joueurs du sélectionneur franco-marocain Walid Regragui - arrivé deux mois avant le mondial - sont sortis en tête de leur poule. Battant la Belgique (2-0), le Canada (2-1) et se neutralisant face à la Croatie (0-0), finaliste de la Coupe du monde 2018.

"On a battu trois favoris, s'enthousiasme un client de PMU. Le Maroc est très fort, très puissant." Un autre renchérit : "on va se faire le Portugal". Redouane conclut : "on n'a plus peur de rien". 

Le jeune homme vante une équipe combative et compétitive. "On a un gros bloc défensif, puis devant, on a des joueurs techniques, rapides, qui jouent dans les grands championnats européens." Et de citer Hakim Ziyech, ailier de Chelsea, et star de cette équipe marocaine. Ou encore Achraf Hakimi, défenseur du Paris-Saint-Germain. Sans oublier le gardien du FC Séville, Yassine Bounou. 

France-Maroc : une demie crainte et espérée

Si le Portugal de Cristiano Ronaldo a bien des atouts à faire valoir, les supporters marocains sont nourris d'"espoir" et de "confiance". Et forcément, il est difficile de ne pas se projeter vers une hypothétique demi-finale qui les opposerait à la France, en cas de qualification des hommes de Didier Deschamps contre l'Angleterre, ce même samedi, à 20 heures.

Une confrontation autant espérée que crainte, par des supporters souvent bi-nationaux. Majid, né au Maroc, mais arrivé à Lille en 2012 après avoir vécu à Molenbeek en Belgique, dont il a la nationalité, aurait du mal à choisir son camp. "C'est comme dans un divorce, quand on te demande si tu veux aller avec maman ou avec papa", compare-t-il. Tiraillement qu'il a déjà vécu lors du match contre la Belgique en poule : "j'avais une partie heureuse, une autre malheureuse."

"Ca doit être un moment de fête"

Dans son café, les drapeaux français et marocain sont accrochés, côte à côte. Mais il préfère ne pas voir les deux équipes s'affronter. "C'est un mauvais choc, je préfère que l'Angleterre gagne ou que le Maroc perde pour éviter cette rencontre", dit-il, par crainte de débordements sous fond de rivalité ? Il a bien vu les quelques "poubelles brûlées" et incidents qui ont émaillé la soirée de mardi soir. "Je n'approuve pas", tacle-t-il.

Au contraire, pour Redouane, ce fantasmé France-Maroc serait l'occasion de se "réunir" autour du football, dans un "contexte social difficile". "Ça doit être un moment de fête, qu'importe l'équipe qui gagne." Son coeur à lui balancera : "ce sera 50/50". 

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