Covid-19 : rembourser une partie des frais d'écoles de commerce ? Pas si simple, pour le directeur de l'EDHEC

Une pétition en ligne, rassemblant plus de 20 000 signatures, réclame un remboursement partiel des frais d'inscription aux grandes écoles de commerce, parmi lesquelles l'EDHEC ou la Skema lilloises.

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Des étudiants en école de commerce, obligés de suivre leurs cours à distance en raison de l'épidémie de Covid-19, réclament, notamment au travers d'une pétition de plus de 20.000 signataires, le remboursement d'une "partie de leurs frais de scolarité".

Jusqu'à 15 000 euros l'année

Une pétition, en ligne depuis le 10 novembre, d'étudiants et de parents issus de 23 écoles de management, parmi lesquelles l'EDHEC, à Roubaix et la Skema, à Lille, réclame "un remboursement partiel des frais de scolarité", qui atteignent, selon les établissements, entre 7.000 et 15.000 euros à l'année. La pétition avait rassemblé 20 310 signatures ce dimanche à la mi-journée.

"Le déroulement de ce début d'année avec une mise en place massive des cours à distance, difficile à suivre, décourageant, corrélé à une incessante hausse des frais de scolarité des écoles de commerce poussent nombre d'élèves à s'interroger sur la légitimité du montant payé", explique cette pétition.

Dans une lettre ouverte, la Conférence des grandes écoles (CGE) répond ne pas pouvoir le faire et espère contenir les contestations en expliquant le modèle financier des écoles de commerce. 

Le distantiel plus cher, justifient les directions

"Le coût des études en écoles de commerce ne couvre pas le coût réel moyen de formation des étudiants", explique Christophe Germain, vice-président du chapitre des écoles de management de la CGE. "Ces écoles ne peuvent plus, comme par le passé, compter sur les subventions des chambres de commerce, ni sur les revenus de la formation continue [qui ont été] fortement réduits du fait de la crise sanitaire", poursuit-il.

"Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les cours à distance ne coûtent pas moins cher que les cours en présentiel", explique la CGE. "Ils coûtent même plus cher, et le surcoût n'a pas été répercuté dans les frais de scolarité". Certaines écoles ont effectivement investi plusieurs millions d'euros dans les nouvelles technologies pour les cours à distance. Les professeurs continuent à délivrer leurs cours "avec les mêmes objectifs de qualité" et les investissements en recherche ont été maintenus, affirme la CGE.

Emmanuel Métais, directeur général de l'EDHEC (École des hautes études commerciales du Nord), à Lille, tient le même discours.
"Les gens se disent : 'on est en distanciel, donc ça coûte moins cher'. En fait, la réalité, si on réfléchit un peu, c'est qu'en distanciel, ça coûte plus cher", explique-t-il. "D'abord parce qu'on a des revenus en moins : un certain nombre d'étudiants internationaux n'ont pas pu venir" La deuxième raison tient à "la formation continue, qui nous aide à atteindre notre budget au-delà des frais de scolarité des étudiants. La formation continue, quand on est en crise comme ça, c'est le premier budget que coupent les entreprises. Donc pour nous, c'est des revenus en moins."
Baisser le coût de l'EDHEC en distanciel ? Pour son directeur, "si on réfléchit, ça coûte plus cher"
Ce n'est pas forcément l'avis de Pierre, père d'un étudiant en école de commerce. "Nous estimons que les prestations proposées par l'école ne sont pas à la hauteur des 7.800 euros que nous payons pour l'année : pas de cours en présentiel, les enfants ne bénéficient pas des infrastructures", explique-t-il.

"Nous ne demandons pas de récupérer l'intégralité de l'année mais il est impératif que ces écoles de commerce revoient à la baisse les frais de scolarité", exige ce père de famille, qui a souhaité conserver l'anonymat.
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