Métiers du jeu vidéo : une vente d'œuvres inédites des studios français pour financer la bourse d'étude de dix élèves

Face à la discrimination créée par le tarif des études dans les métiers du jeu vidéo, l'association Loisirs Numériques a créé une bourse pour les étudiants du secteur. Pour assurer son financement, de grands studios français mettent en vente des artworks inédits à prix unique.
Des pièces de monnaie pixellisées - Photo d'illustration
Des pièces de monnaie pixellisées - Photo d'illustration © Pixabay

A la fin, il n'y aura que des gagnants. L'association Loisirs Numériques, l'académie des arts et techniques du jeu vidéo ainsi que le Syndicat National du Jeu Vidéo (SNJV) se sont associés pour une vente en ligne inédite et un peu particulière. Plusieurs studios de développement français, dont le Roubaisien Ankama, créateur de Dofus, ont accepté de mettre en vente à prix unique un nombre limité d'artworks, des dessins originaux utilisés lors du développement d'un jeu vidéo. 

Pour les passionnés, amoureux d'art ou amateurs d'esthétique, le jeu en vaut la chandelle : chaque dessin a originalement été prévu pour n'être édité que 5 fois, imprimé en format A2 sur du papier photo perlé de grande qualité, pour 90 euros la pièce.

Des oeuvres des studios Ankama, The Pixel Hunt, Old Skull Game et Nacon.
Des oeuvres des studios Ankama, The Pixel Hunt, Old Skull Game et Nacon. © Droits réservés

L'intégralité des recettes sera reversée à l'association Loisirs Numériques, qui a un but tout désigné pour cette récolte de fonds. La vente des artworks va en effet servir à financer l'édition 2021-2022 de la Bourse Jeu Vidéo, co-créée en 2020 par Jehanne Rousseau, qui accompagnera dix étudiants à la rentrée prochaine. 

"L'idée est de financer les études de jeunes qui souhaitent se destiner aux métiers du jeu vidéo dans leur intégralité, c'est-à-dire pas simplement les frais de scolarité, mais tous les coûts qu'elles peuvent engendrer", détaille Julien Villedieu, délégué général du SNJV, qui a mobilisé sa communauté autour de cette vente. "On a eu un retour ultra favorable de la part des professionnels. D'un côté, on valorise les studios français et de l'autre, c'est un engagement qui traduit la volonté des professionnels, de l'écosystème du jeu vidéo à promouvoir l'égalité des chances et une industrie plus inclusive, plus responsable, plus ouverte."

"Un manque de diversité sociale" qui blesse l'industrie

En France, une vingtaine d'établissements privés proposent des formations aux métiers du jeu vidéo : game design, game art, programmation, management de projet, sound design... Elles sont donc peu nombreuses, pas toutes reconnues par l'Etat et sont, pour la plupart, très chères. Pour exemple, une année de scolarité à l'école Rubika de Valenciennes - l'une des mieux classée de France et dont le diplôme est reconnu - coûte 8250euros par an en licence, 9500 euros en master. Des frais à l'année auxquels il faut souvent ajouter des dépenses en matériel, ou en logement, puisque ces écoles sont inégalement réparties sur le territoire.

Une situation qui a mené à "un manque de diversité sociale parmi les profils professionnels de l’industrie en particulier chez les jeunes diplômé.e.s" note Loisirs Numériques. "J’espère qu’en amenant des gens avec des parcours différents - et je ne pense pas exclusivement à des jeunes qui viennent de banlieue, mais aussi d’outre-mer ou de la Creuse -, on arrivera à sortir du formatage et des profils un peu policés" explique de son côté Jehanne Rousseau, interviewée par le CNC. La bourse permet aussi d'être accompagné par un mentor de l'industrie et d'avoir accès à des séances de psychologies. Un outil qui peut être déterminant dans une industrie extrêmement difficile et prenante

La vente pour financer la Bourse Jeu Vidéo affiche en tout cas un excellent démarrage. "On a déjà obtenu 100% de notre premier objectif, on peut parler de premier pallier. ça reste encore une petite somme, on peut faire beaucoup mieux, on doit trouver le maximum de financements. On a bon espoir que l'engouement que ça a suscité dès le départ continue" s'enthousiasme Julien Villedieu.

"On a eu des artwork en rupture, il est probable qu'on remette des exemplaires supplémentaires, ou qu'on propose d'autres séries à la vente, en fonction de ce que les studios voudront bien faire". Ouvrez l'oeil, donc, pour trouver votre perle rare.

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