Secrets, anecdotes et actualités : pour les 100 ans de l'Opéra de Lille, l'envers du décor dévoilé

Voilà maintenant un siècle qu’il en impose entre la Grand Place et la Chambre de Commerce : l’Opéra de Lille a fêté ce samedi 7 octobre les 100 ans de son inauguration. À l’occasion de ce centenaire, on vous emmène dans les coulisses de ce bâtiment qui fait la fierté des Lillois, à la découverte de ses secrets, anecdotes et actualités.

Imposant, majestueux, somptueux… Autant d’adjectifs utilisés par des passants sur la place du théâtre pour qualifier l’Opéra de Lille, dans le Nord, lui qui fait partie du décor depuis maintenant un siècle. Car ce samedi 7 octobre 2023 était un jour tout particulier : il y a tout juste 100 ans, voilà qu’était inauguré ce bâtiment de style néo-classique. 

Un anniversaire qui revêt toutefois une histoire des plus originales, puisqu’après une construction débutée en 1907 et une inauguration initialement prévue en octobre 1914, l’Opéra de Lille a d’abord été utilisé par les Allemands, qui se sont emparés du lieu lors de la Seconde Guerre mondiale. C’est donc la date de la première représentation française, en 1923, qui a été gardée pour inaugurer ce lieu. Clin d'œil historique, l’Opéra de Cologne offre d’ailleurs pour le centenaire un concert avec des airs français et allemands, prévu le 13 octobre, en plus de Don Giovanni de Mozart prévu par l'Opéra en ouverture de saison.

"Un automne anniversaire"

Plusieurs autres temps forts sont aussi prévus, étant donné qu’il ne s’agit pas de la seule chose à fêter : l’Opéra de Lille célèbre également les 20 ans de sa réouverture, en 2003, après cinq ans de travaux. “Il s’agit plutôt d’un automne anniversaire”, admet en plaisantant Mathilde Bivort, chargée de communication et des médias pour l’Opéra, qui cite les événements notables. À commencer par la publication, hier, du livre anniversaire Opéra de Lille, 1923-2023, qui retrace “la petite et la grande histoire” du bâtiment, de l’architecture, du public et de la programmation, avec un "gros travail sur les archives et le visuel", précise Mathilde Bivort. 

L’agenda de l’Opéra prévoit également, pour la reprise des Concerts du Mercredi le 11 octobre, une première sur le thème “Il y a 100 ans”, avec une reprise du concert de gala donné pour l’inauguration le 7 octobre 1923. Sans oublier, les 1er et 2 décembre, un Bal du Siècle dans une grande salle qui changera pour l’occasion de configuration, avec un parquet de scène prolongé en un dancefloor géant prêt à accueillir les pas de danse d’un public nordiste sur du swing, du rock ou de l’électro. 

Un Opéra au sommet des arts

Des propositions hétéroclites à l’image de la devise latine de l’Opéra, inscrite au-dessus de la scène : Ad Alta per Artes, qui signifie “au sommet par les arts”.C’est l’idée de s’élever à travers les arts, de grandir en sensibilité, d’accroître sa curiosité et sa compréhension du monde grâce à la fréquentation d’un lieu de culture”, explique Bénédicte Dacquin, chargée de l’accueil des publics, au micro du journaliste de France 3 Nord Pas-de-Calais, Yann Fossurier. 

C’est pourquoi l’Opéra de Lille a aujourd’hui trois axes de programmation : la danse, l’opéra et la musique classique ou contemporaine. Outre les grands classiques, quelques invités surprises ont même pu s’y inviter : “On a eu des grands noms de la variété française, comme Claude François, et on a accueilli le dernier concert d’Edith Piaf”, se réjouit Bénédicte Dacquin, qui précise que le lieu est aussi destiné à l’émergence de talents via l’accompagnement de jeunes artistes. 

L'Opéra pour tous sur Tiktok

Une jeunesse à qui l’Opéra souhaite s’adresser, notamment avec les Concerts du Mercredi, accessibles dès 5 euros, ou via son compte Tiktok, créé fin 2021. “On s’est dit que c’était indispensable pour avoir une plus grande ouverture”, indique en ce sens la chargée de communication et des médias, Mathilde Bivort. On peut y retrouver des contenus ludiques comme des vidéos sur l’envers du décor et les coulisses de l’Opéra : de la préparation d’un chanteur à la mise en place d’un décor, en passant par les secrets de mise en scène.

 

"Il s’agit d’un lieu qui a vocation à se démocratiser."

Bénédicte Dacquin

La chargée de l'accueil des publics réaffirme la volonté de l’Opéra de Lille d’aller à contresens des idées reçues, encore “très tenaces dans les esprits, mais notre rôle est d’inverser cela”, défend ainsi Bénédicte. En effet, initialement, la représentation sociale faisait partie des fonctions de ce lieu, toujours très marqué par cette histoire. Historiquement, tout le monde n’avait pas accès à tous les espaces, tout était compartimenté en fonction de la classe sociale, jusqu’aux noms de ces endroits - poulaillers pour les places les moins chères, un terme quelque peu “dépréciatif”. 

Spectacle pour les yeux, partout

Tout était également pensé pour rendre l’observation d’autrui facile : les galeries qui ouvrent sur le grand foyer des étages inférieurs et, plus encore, le choix d’une salle à l'italienne. Si cette disposition a l’avantage d’offrir une circulation quasiment parfaite du son, d’après Bénédicte Dacquin, toutes les places ne permettent pas une bonne visibilité sur la scène. Par contre, la visibilité sur les autres sièges de la salle, elle, est parfaite pour voir et être vu. “Le spectacle était sur scène et parmi les spectateurs”, commente-t-elle avant de confier qu’initialement, la couleur des 1.138 sièges devait être bleue, et non pas rouge. 

Un changement qui s’explique notamment par l’occupation allemande, durant laquelle les troupes sont allées chercher les fauteuils du théâtre Sébastopol, de couleur rouge. Au plafond, le lustre imposant avec ses 188 ampoules est tout de même présent pour rappeler aux plus connaisseurs la couleur initiale, comme Bénédicte Dacquin, cette anecdote : “Tout autour se trouvent des médaillons qui représentent 8 des vertus féminines et chacune d’elles est illustrée par un petit détail turquoise.” 

Un architecte rusé

Amphore à l’effigie de Bacchus, père du spectacle, la sculpture de la petite danseuse… L’intérieur de l’édifice regorge de nombreux autres trésors. Le lieu a même été pensé en trompe-l'œil : des dorures faites ni d’or, ni de feuilles d’or, un lustre en verre et pas en cristal et du faux marbre qu’on ne distingue pas du véritable.

Une fantaisie qui sied bien à son architecte, Louis-Marie Cordonnier, à l’origine de nombreux beffrois et églises de la région, mais qui n’était pas destiné à plancher sur l’Opéra de Lille, trop connu pour son style néo-flamand.

C’est suite à l’incendie accidentel du “Théâtre”, en avril 1903, que le projet de construction de l’Opéra est né. “C’était l’occasion de marquer la prospérité de l’époque et les ambitions d’une ville comme Lille qui pouvait se permettre de rivaliser avec la capitale”, raconte Bénédicte Dacquin.

Un appel à candidatures anonyme avait donc été lancé, auquel l’architecte Louis-Marie avait participé, à deux reprises ! La première proposition avec son style bien à lui, écartée. La seconde avec pour inspiration l’Opéra Garnier, à Paris. Vous l’aurez deviné, c’est à lui que l’on doit cette bâtisse dont l’envergure est désormais internationale.