Le tribunal de commerce de Lille écarte la proposition de rachat de Phildar par Kindy

Mardi 22 septembre, le tribunal de commerce de Lille Métropole a tranché en faveur du projet de reprise de la société PP Yarns portée par l’actuel directeur de Phildar et des membres de la famille Mulliez.

Kindy, l'entreprise de l'Oise, avait proposé le projet de reprise qui préservait le plus d'emplois et de magasins Phildar.
Kindy, l'entreprise de l'Oise, avait proposé le projet de reprise qui préservait le plus d'emplois et de magasins Phildar. © FTV
Le couperet est tombé en début d’après-midi. Mardi 22 septembre, le tribunal de commerce de Lille métropole a choisi PP Yarns pour la reprise de Phildar, au détriment notamment de l’entreprise Kindy basée à Moliens dans l’Oise. Une décision prévisible pour le patron de Kindy, Salih Halassi, qui avait senti le vent tourner et partageait ses doutes la veille du verdict.

Le choix du projet qui préserve le moins d’emplois

C’est au final la proposition de reprise conservant le moins d’emplois qui a été retenue par le tribunal. L’enseigne du groupe Mulliez a prévu d’investir près de 8 millions d’euros et de transformer l’entreprise de vêtements et de fils à tricoter en "web company". 15 magasins dont 8 succursales et 7 boutiques affiliées seront conservées, ainsi que 86 salariés. A titre de comparaison, le repreneur de l’Oise projetait d’investir 4 millions d’euros en trois ans en développant des synergies avec Kindy, et la conservation de 27 magasins succursales, de 139 salariés et des magasins affiliés. Ce qui correspondait à "50 emplois supplémentaires" soutenait Salih Halassi.

Rappelons néanmoins que Phildar, placé en redressement judiciaire en juillet 2020, avait lancé un plan de sauvegarde de l’emploi. 163 postes devraient donc être proposés en reclassement interne dans des entreprises détenues par l’AFM (l’Association familiale Mulliez).

Une utilisation abusive du décret du 20 mai 2020 ?

La direction actuelle - pourtant à l’origine du dépôt de bilan - reste donc aux commandes. Un montage qui peut surprendre, rendu possible par une ordonnance toute récente qui pourrait faire de ce phénomène, jusqu’alors assez rare, une banalité. En effet, le groupe Mulliez s’est appuyé sur cette ordonnance en date du 20 mai 2020 qui permet aux propriétaires d'une entreprise de la reprendre après un dépôt de bilan.

Et c’est déjà la deuxième fois, qu’un tribunal tranche en faveur du groupe Mulliez dans des conditions quasi-similaires, en s’appuyant notamment sur cette ordonnance. Le 14 août, le tribunal de commerce de Marseille avait validé la reprise partielle de son entreprise d’ameublement Alinea.

Interrogée par la Voix du Nord le jour de la décision, l’avocate des salariés Nathalie Campagnolo dénonçait alors un "fiasco social". Surtout, elle pointait du doigt le risque de recours abusif à cette ordonnance : des entreprises pourraient profiter de la crise sanitaire actuelle pour justifier des problèmes existants depuis de nombreuses années. Selon elle, Alinea rencontrait "des difficultés structurelles et non pas conjoncturelles". "Il y a un effet d’aubaine total", concluait-elle. 
 
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