REPORTAGE. À bord d'un convoi nordiste vers l'Ukraine : "c'est beaucoup d'émotions là"

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Écrit par Baptiste Mezerette, Lila Haffaf, Flavien Bellouti

Partie samedi de la frontière belge, la dizaine de bénévoles est bien arrivée en Pologne, avec le sentiment du devoir accompli. Les dons ont été déchargés puis seront livrés aux militaires et civils ukrainiens. Ce dimanche, le convoi repart en France, accompagné de réfugiés à son bord.

Ce dimanche matin, les traits sont tirés sur les visages de ces Nordistes, mais les airs satisfaits. Après 16 h de route, près de 1.800 kilomètres parcourus à travers l'Europe, et une nuit à décharger la collecte de dons, le convoi de bénévoles peut enfin souffler. Le premier objectif de ce périple est atteint : les dons sont acheminés à bon port.

"C'est un soulagement que ça aboutisse"

"On est heureux d'être arrivés malgré la fatigue", se réjouit Simon Meeuwis. Les six véhicules partis de Mouscron, à la frontière belge, à 5 heures samedi matin, ont tous livré leurs denrées (nourriture, médicaments, vêtements...). "C'est un soulagement de voir que tout cela aboutisse", se félicite de son côté Damien Baron.

Une première partie des dons a été débarquée à Varsovie, où des camions de la Fondation de Prytula, une association humanitaire ukrainienne, a pris en charge la cargaison. La deuxième partie a été déposée à Lubycza Krolewska, une ville située à 5 kilomètres de la frontière. Destination l'Ukraine, où militaires et civils profiteront de cette aide humanitaire, alimentaire et médicale.

Premières rencontres avec des réfugiés

Deuxième objectif de ce périple ? Rapatrier des familles ukrainiennes en France. Dans la nuit de samedi à dimanche, une fois les dons délivrés, les bénévoles ont rencontré les premiers réfugiés qu'ils ramèneront avec eux. Au total, une vingtaine de femmes et d'enfants fuyant la guerre.

Comme ce bambin, engouffré dans son bonnet, qui joue sur un parking avec une petite voiture sous le regard de sa mère. Une des bénévoles, assistante maternelle dans la vie professionnelle, s'amuse avec lui. "C'est beaucoup d'émotions là, souffle-t-elle. Je lui ai donné cette voiture pour le divertir, le faire penser à autre chose, pour qu'il oublie ce qu'il a vécu." Le chemin du retour s'annonce chargé en émotions.

Samedi, 5 heures, départ de Mouscron

Le convoi avait pris la route très tôt, vers 5 heures, samedi 12 mars. La dizaine de bénévoles nordistes s'est rassemblée sur le parking de Mouscron, commune située à la frontière belge. Le jour n'est pas encore levé quand ils s'apprêtent à prendre la route. Les coffres des six véhicules sont plein à craquer : de produits d'hygiène, de vêtements, de médicaments et autres donc collectés. Le convoi va se diriger vers la frontière ukrainienne, pour venir en aide aux réfugiés fuyant la guerre.

À quelques minutes du grand départ, l'excitation se mêle à l'appréhension sur les visages de ces douze Nordistes. Ils se l'avouent entre eux, la nuit a été courte, le sommeil difficile à trouver. "Je suis un peu fébrile et nerveux, avoue Simon Meeuwis. Mais on est nombreux, on va se motiver les uns et les autres." De son côté, Agathe Iwanow ne cache pas son impatience : "j'ai hâte de partir et de pouvoir aider. Mon grand-père était Ukrainien, il a quitté le pays en guerre, c'était important pour moi."

Du Nord à la Pologne : un voyage de 1.700 km

Nos journalistes de France 3 Nord Pas-de-Calais, Lila Haffaf et Flavien Bellouti, suivent le périple de ces bénévoles à destination de la frontière ukrainienne. Près de 1.700 kilomètres de route, pour une arrivée prévue à Varsovie, capitale de la Pologne, dans la soirée de ce samedi. Une première partie des dons y sera déposée. L'autre sera livrée à Cracovie, située à une cinquantaine de kilomètres de la frontière ukrainienne.

Une fois la cargaison humanitaire, alimentaire et médicale acheminée, le convoi repartira de Pologne dimanche, dans la matinée. Sur le chemin du retour, les six véhicules pourront transporter des réfugiés qui souhaitent se rendre en France. Une vingtaine de places est disponible. Des personnes ont déjà été identifiées pour monter à bord du convoi. A l'arrivée en France, la solidarité s'organisera, des familles accueilleront les exilés.

L'initiative d'un Roubaisien

À l'origine de cette aventure humanitaire, il y a l'initiative d'un père de famille. Celle de Laurent Blin. Face aux atrocités commises en Ukraine, ce père de famille n'a pas voulu rester les bras croisés. "J'ai des collègues qui se trouvent en Pologne et qui nous disent qu'il y a un manque de moyens pour apporter de l'aide", explique ce manager d'équipes marketing dans une entreprise de Roubaix.

Il n'en faudra pas plus à Laurent Blin pour engager une chaîne de solidarité. Il crée un groupe Facebook sur lequel il rencontre virtuellement une dizaine de personnes. Ils se retrouvent sur l'envie et la nécessité d'aider. "On s'est dit : pourquoi ne pas essayer de monter un pont entre les deux pays", raconte-t-il. Et la machine se met en marche.

Au rythme de réunions quotidiennes en visio, les bénévoles s'organisent. Une collecte de dons est mise en place sur plusieurs municipalités puis centralisée au sein d'un entrepôt à Lys-lez-Lannoy, près de Roubaix. Vendredi dernier, six véhicules sont venus charger les produits.

Le convoi devrait rentrer en France dimanche soir, tard, ou bien lundi matin. Mais pour l'heure, il s'agit d'arriver à bon port, en Pologne. Là où femmes et enfants, éplorés par la guerre, attendent leur aide.