VIDEO. Homéopathie déremboursée : inquiétudes pour l'emploi pour l'emploi chez Boiron Villeneuve d'Ascq

Un salarié place des produits homéopathiques dans un carton, chez Boiron, le 5 février 2019 / © ROMAIN LAFABREGUE / AFP
Un salarié place des produits homéopathiques dans un carton, chez Boiron, le 5 février 2019 / © ROMAIN LAFABREGUE / AFP

La plus grosse unité française des laboratoires Boiron se trouve à Villeneuve d'Ascq (Nord). L'annonce du déremeboursement total de l'homéopathie inquiète fortement les salariés.

Par M.Lictevout / JP. Crinon / AFP

Ils s'y attendaient ...Mais rien n'y a fait.  Ambiance tendue ce matin aux laboratoires Boiron ... Eux qui représentent 95 % du marché homépopathique en France. Ici, le déremboursement des médicaments est vécue comme une injustice. "Ça fait un an et demi qu'on se mobilise pour montrer l'intérêt des médicaments homéopathiques, auprès de la Haute autorité de santé et du ministère de la santé, explique Jean-François Dicque, pharmacien, directeur d'établissement à Boiron Villeneuve d'Ascq . On n'a jamais été reçus par la ministre. Donc un grand sentiment de colère".

85 personnes travaillent à Boiron Villeneuve d'Ascq, la plus grosse unité du groupe en France. Les syndicats pensent que des milliers d'emplois sont menacés dans le secteur à cause du déremboursement en 2021 mais aussi de ce qu'ils ressentent comme une campagne de "dénigrement" de l'homéopathie. 

"C'est lamentable et on est persuadé que les conséquences seront désastreuses pour l'emploi", renchérit Jean-Pierre Icard (CFDT Boiron). "Tous nos médicaments remboursés sont distribués par nos 30 établissements de distribution répartis sur la France, qui emploient un millier de personnes. On va perdre du chiffre d'affaires et il n'y aura plus besoin d'autant de personnels", redoute-t-il.
 
Homéopathie déremboursée : inquiétudes pour l'emploi pour l'emploi chez Boiron Villeneuve d'Ascq
 

"Anxiogène"


Pour Vincent Mounier de FO, qui a appris la mauvaise nouvelle mardi soir à Paris au sortir d'une réunion au cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud, le millier d'emplois menacés évoqué par la direction - dans une entreprise où la moyenne d'âge est de 46 ans et demi avec une ancienneté de 18 ans en moyenne - concerne tous les services (distribution mais aussi production, stockage, administratif).

"Ça nous paraît complètement inconcevable de rebondir en 18 mois, on est pris au dépourvu, on ne s'attendait pas à cette violence", souligne-t-il. "Les équipes étaient déjà dans un état anxiogène, là c'est le deuxième effet +kiss cool+."

Selon  la commission de la transparence de la Haute Autorité de santé,  l'efficacité des médicaments homéopathiques n'est pas scientifiquement prouvée. En 2018, le remboursement de l'homéopathie a coûté 126,8 millions d'euros à l'assurance-maladie... Pour la ministre de la santé, Agnes Buzin, les économies pour l'Etat seront conséquentes et très peu impactantes pour les français. Le taux de remboursement passera de 30 % à 15 % en 2020, 
puis à 0 % au 1er janvier 2021.

 La douche froide passée, les syndicats comptent désormais parler de l'avenir avec la direction et de la stratégie qu'elle compte adopter. Une réunion ordinaire du CSE central est prévue le 19 septembre au siège de l'entreprise à Messimy (Rhône) mais la discussion pourrait commencer avant. "On va voir ce qu'ils proposent et nous on va réfléchir à des contre-propositions pour maintenir l'emploi", déclare le représentant CFDT.
 

"Combattre"


Pour Alain Cohard de la CFE-CGC, la direction a déjà donné des signes de diversification avec l'acquisition, fin 2017, des brevets et marques d'un dispositif médical du suisse Alkantis, et le lancement en 2018 d'Arnicrème, produit de parapharmacie et non médicament. Interrogée sur ce point, Bénédicte Sagnimorte, membre du comité de direction du groupe, a répondu que Boiron "n'en est absolument pas là pour le moment": "Aujourd'hui
ce que nous voulons c'est défendre bec et ongles cette réalité thérapeutique que représente le médicament homéopathique"
, a-t-elle dit, jugeant les déclarations de la ministre de la Santé Agnès Buzyn "inexacts et infondés" pour la plupart.

 La direction du groupe a assuré mardi soir qu'elle ferait tout pour "combattre" la décision gouvernementale en demandant à être reçue par le président Macron. "Nous espérons un rendez-vous le plus vite possible et nous souhaitons faire entendre à M. Macron la voix des patients", indique Mme Sagnimorte. "On a vraiment l'impression que dans ce gouvernement il y a des prises de décisions au plus haut niveau totalement déconnectées de la réalité".

 

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