Météo - La neige et le gel annoncés dans les Hauts-de-France inquiètent les agriculteurs et les arboriculteurs

Publié le
Écrit par Mickaël Guiho

La vague de froid et de précipitations prévue par Météo France, à partir de jeudi 31 mars dans la région, pourrait s’avérer destructrice pour la végétation qui s’était réveillée à la faveur d’un début de printemps particulièrement clément.

C’était trop beau. Dignes d’un mois de mai, le soleil et la chaleur de ces dernières semaines vont laisser place à la neige et au gel. Dès jeudi 31 mars, un air froid venant du Nord et un système dépressionnaire balaieront les Hauts-de-France. Un temps de février.

"Ce type d’épisode n’est pas inhabituel pour la saison, mais sa conjugaison avec un épisode de chaleur précoce représente un danger pour la végétation, qui est de plus en plus en avance", observe Alexis Morel, prévisionniste chez Météo France.

Il y a un an déjà, en avril 2021, plusieurs épisodes de gel avaient détruit une bonne partie des cultures françaises. "Cette fois, ce sera moins brutal et plus modéré", nuance le prévisionniste. Les températures ne devraient pas descendre en-dessous de -3°C et devraient revenir aux normales sous une semaine. Mais les conséquences de l’épisode et ses suites restent incertaines.

Les prévisions

La neige vous manquait ? Après une journée de transition, ce mercredi, la perturbation qui arrivera dans la matinée de jeudi devrait donner les premiers flocons de l’année : le matin dans le nord-ouest, le soir et la nuit dans le reste de la région.

"On a encore beaucoup d’incertitude sur les quantités, pour savoir si ça tiendra au sol, car il y a des divergences entre nos différents modèles, mais nous serions entre 2 et 5 cm de neige", détaille Alexis Morel. Après une accalmie vendredi 1er avril, quelques flocons seront à nouveau possibles samedi matin.

Ces précipitations s’abattront sur des sols de plus en plus froids. Encore (à peine) positives jeudi et vendredi, les températures descendront samedi matin à -1°C, -2°C voire -3°C sous abris. Elles remonteront peu en journée et le gel se reproduirait (une dernière fois ?) dimanche.

D’un weekend à l’autre, nous serons passés de plusieurs degrés au-dessus de la normale à plusieurs degrés en-dessous. Comme l’année dernière à la même période. Pour cause, selon un groupe de scientifiques qui a étudié le phénomène en 2021, le réchauffement climatique a augmenté la probabilité de ces gelées d’avril en France d’environ 60%. 

L’angoisse des arboriculteurs

Inconfortable pour tout à chacun, ce yo-yo de la météo printanière peut avoir de lourdes conséquences pour les agriculteurs et, au premier rang, les arboriculteurs.

"On voit les fleurs, elles sont presque ouvertes, donc forcément il y a de l’inquiétude, confie Pierre Lecerf, producteur de pommes dans le Nord. Ça va être la cinquième année d’affilée qu’on a du beau temps en février-mars et qu’on le paye en avril."

L’arboriculteur espère que la température réelle ne descendra pas en-dessous de -2°C (seuil vital selon lui) et que d’autres épisodes ne suivront pas celui-ci, comme l’année dernière. Il a une arme, aussi : une éolienne, plantée depuis 4 ans pour protéger l’exploitation. "On aspire l’air à une dizaine de mètres pour le brasser au sol et éviter que le froid stagne", explique Pierre Lecerf.

En revanche, il ne mettra pas de bougies au pied de ses pommiers : "Je connais très peu de gens qui le font, il faudrait un stock immense et, étant en bio, si les nuits de gel se répètent, je me refuse à brûler n’importe quoi."

Dans les grandes cultures, la loterie

Les arbres fruitiers ne sont pas les seules victimes potentielles du gel. Selon l’intensité du froid, le vent, l’humidité, mais aussi la date de semi et donc l’état de croissance de la culture, des productions de blé, de lin (réputé fragile), de colza ou de betteraves pourraient souffrir.

"Nous, on ne peut pas mettre de bougies dans nos champs", pose ironiquement Vincent Guyot, agriculteur dans l’Aisne. Il craint un nouveau "coup dur pour la filière" si d’importantes surfaces, en pleine croissance, sont touchées : "Sur des jeunes pousses en train de pointer, si on a -2°C avec du blizzard et une averse de neige ou de grêle, ça peut créer un choc thermique qui aurait pour nous des conséquences identiques à l’arboriculture."

Si l’agriculteur s’inquiète peu pour ses colza (qui commencent à s’ouvrir mais qui avaient résisté au gel de l’an dernier), il craint surtout pour ses betteraves plantées le 20 mars et, boostées par les chaleurs récentes, parties pour sortir de terre "pile poil" durant l’épisode de gel. Mauvais calcul ? Il s’en défend et se désole du dérèglement climatique.

Ça risque de se jouer à une journée près, mais on n’a pas fait d’erreur. Le top départ agronomique par chez nous, c’est le 15 mars. On a attendu que les terres soient bien sèches, on savait qu’on avait du temps devant nous sans pluie… on a fait notre boulot. Mais tout est perturbé. On n’a plus d’hiver. En mars, on a eu un ciel dégagé pas du tout cohérent avec les températures. Et la gelée la plus forte de l’hiver, on risque de l’avoir maintenant ! Ça parait délirant.

Vincent Guyot, agriculteur

"Il y a toute une stratégie de risque et c’est aussi imprévisible que stressant", appuie Rémi Baudel, agriculteur en Picardie maritime, des terres moins exposées. Ses betteraves, il les a semées quelques jours après son collègue de l’Aisne. Bonne pioche. Il n’est "pas inquiet".

Idem pour son lin, qu’il a carrément préféré ne pas semer. "Trop tôt, trop dangereux", pensait-il, alors que pour ses voisins "qui ont semé il y a une quinzaine de jour, ils sont en train de lever, ça peut être très embêtant".

Quant à la neige, il note qu'elle pourrait presque être la bienvenue car, si elle couvre suffisamment le sol, elle empêchera la terre de descendre en-dessous de 0°C. Ce n'est pas l'idéal, mais c'est une forme de couverture.

Couvrir son jardin

Les particuliers, qui n’ont pas résisté au soleil de fin mars (et à la hausse des prix à la consommation) pour semer leurs propres carottes, concombres ou cornichons… ont aussi de quoi s’inquiéter.

A Creil, où 430 bouts de terrain sont mis à disposition des familles d’une association, "certains ont déjà planté des pommes de terre", constate - à regret - le président de la section locale des Jardins familiaux de l’Oise, Bernard Frémont. "Chez moi, c’est prêt, mais j’attends les Saints de Glace", confie le prévoyant jardinier, qui n’a rien semé d’autre que des oignons, de l’ail et des fèves, en janvier. 

Force est de constater que le dérèglement climatique renforce la pertinence des vieux dictons. Mais pour qui ne les aurait pas respectés, un message : jardinez couvert. "Il faut protéger et ne pas oublier de pailler", conseille Bernard Frémont. Il n’a pourtant pas prévu de le faire pour ses rosiers : "Ils sont complètement en feuilles, il y a des boutons, on peut les voiler, mais j’en ai tellement que je vais laisser faire… On espère que ça ira."

"Je vais rajouter du paillis et couvrir mes pommes de terres qui ont levé avec des arceaux et une bâche", raconte pour sa part Jean-Lou Lepousez, un passionné qui a longtemps ouvert son jardin au public à Grougis, dans l’Aisne.

La météo ne l’empêche pas de continuer à jardiner. Hier, il a semé des carottes, parce qu’elles ne lèveront pas avant un mois. Des "petits pois ridés" aussi, car "ils ne craignent pas le gel". "On sait qu’il y a des risques importants jusqu’en mai, souligne le jardinier. Pas la peine de semer des haricots par exemple, mais on peut se reporter à certains livres qui listent des variétés adaptées au climat du Nord." Un climat de plus en plus difficile à cerner.

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