PORTRAIT. "Rendre la recherche plus accessible" : Élise Verrier, femme chercheuse en écologie et podcasteuse sur son activité méconnue

Élise Verrier, une jeune chercheuse de l’Oise, fait partie des lauréates du Prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco, pour son travail sur l’étude comportementale des abeilles, et notamment sur leur mortalité en hiver. Par cette distinction, la fondation souhaite ainsi rendre visible les travaux des femmes dans la recherche scientifique.

"Permettre aux jeunes femmes et aux jeunes filles qui souhaiteraient se lancer en recherche d’avoir des modèles." C’est l’une des raisons qui a poussé Élise Verrier, originaire de Crépy-en-Valois, dans l'Oise, à candidater au Prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco, en janvier 2023. Une manière aussi de rendre la pareille aux "figures" féminines qui l’ont accompagnée dans ce parcours.

C’est d’ailleurs la volonté de ce prix, rendre les femmes chercheuses visibles et montrer leur légitimité dans ce secteur dont elles ne composent que 29 % des effectifs, en France. Pour la 17ᵉ édition, 20 doctorantes et 15 postdoctorantes ont été récompensées, parmi plus de 600 candidatures.

"Passionnée par la SVT" depuis toujours

Élise Verrier explique avoir "eu la chance d'être vraiment très bien entourée. J'ai fait une année de césure en Angleterre où j'ai eu la chance d'être encadrée par deux chercheuses qui étaient aussi mamans. Quand j'ai fait ma thèse, j'étais encadrée par deux femmes", dirigée également par une femme. "Mais je sais que c'est une situation très rare. Je l'ai compris en arrivant en thèse. J'ai fait pas mal de modélisations, un milieu quand même plus masculin."

C'est avec ce bagage qu’elle a suivi le processus de candidature au Prix Jeunes Talents, afin de montrer ses travaux sur l’étude comportementale des abeilles, notamment sur leur mortalité en hiver. "Je me disais que le sujet de recherche valait le coup d’être mis en avant."

La partie scientifique a été évaluée par un jury composé de chercheurs de l'Académie des sciences. Pour Élise, 30 ans, c’est une reconnaissance de son travail à l’université Paris-Saclay où elle a passé son master et son doctorat. Avant son arrivée en région parisienne, la chercheuse a débuté son parcours universitaire à Lille avant de passer par Amiens et Rennes.

Élise Verrier a toujours été "passionnée par la SVT" et s’est naturellement orientée vers des études scientifiques. En licence 3, à l’université Picardie Jules Verne, à Amiens, elle a eu une révélation. "J'ai eu un cours d’Aude Couty, en écologie comportementale. Et j'ai tout de suite été fascinée par cette approche. Il s'agit vraiment d'étudier le comportement des animaux dans leur environnement naturel."

Attirée depuis le début vers les insectes, elle s'est spécialisée dans un second temps sur les pollinisateurs. Sur ce monde, "il y a encore beaucoup à apprendre pour comprendre le monde qui nous entoure".

Depuis plusieurs décennies, les apiculteurs observent une forte mortalité de leurs abeilles en hiver.

Élise Verrier, postdoctorante en écologie comportementale

Depuis février 2022, elle travaille sur les indicateurs d’alerte précoce de l’effondrement des colonies d’abeilles, à partir de données récoltées dans toute l’Europe, dans le cadre du projet BeeConnected. "Ils peuvent perdre entre 25 % à 50 % de leur cheptel. Durant l'hiver, les abeilles se regroupent en grappes et elles thermorégulent, en maintenant une température entre 11 °C et 20 °C." Les apiculteurs ne peuvent donc pas ouvrir la ruche lors de cette période, ni voir ce qu'il s'y passe, au risque de tuer leurs colonies.

Son travail consiste à comprendre leur comportement durant la période hivernale, en mettant différents capteurs de poids et de température dans les ruches pour ne pas avoir à les ouvrir.

Le podcast, un moyen de "rendre la recherche plus accessible"

Le monde de la recherche est souvent vu comme quelque chose de "très vague" et difficile à expliquer. C’est pourquoi la jeune chercheuse, férue de podcasts, a décidé d’ouvrir les portes de ce monde, à travers ce média en vogue, depuis septembre 2022. Un podcast intitulé "Le journal de Tata Doc' ". "Quand je discute avec mon entourage, les personnes ont beaucoup de mal à se représenter qu'est-ce que c'est l'activité de chercheur." C'est également un moyen de montrer ce que font les chercheurs et de "rendre la recherche plus accessible".

Une action importante depuis la crise Covid où Élise Verrier estime, avec d'autres collègues, "une certaine perte de confiance dans la recherche" par certaines personnes qui remettent en cause les méthodes scientifiques. "Mon idée, c'est vraiment de descendre le chercheur tout-puissant de son piédestal, en le rendant beaucoup plus humain. C'est aussi permettre aux gens de réaliser ce qu'on fait comme recherche en France, avec l'argent qui nous est donné à partir de fonds publics."

Une dotation pour faire connaître son travail et continuer à se former

Élise Verrier aura terminé son travail dans le projet BeeConnected fin janvier 2024. Elle souhaite ensuite devenir enseignante-chercheuse. "L'enseignement, c'est quelque chose que j’ai beaucoup aimé. Je pense que c'est aussi pour ça que j'ai commencé le podcast. Transmettre ses connaissances, c'est quelque-chose qui est très gratifiant."

Concernant la dotation de 20 000 euros, elle souhaite l’utiliser afin de compléter ses connaissances et ses compétences, dans l’analyse de données et sur le terrain. Elle ambitionne également de présenter ses travaux à l'international. En attendant, elle recevra le 11 octobre prochain, à Paris, son prix, dans le cadre de la Fête de la science.

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