Tricot (60) : un homme hospitalisé après avoir été mordu grièvement par un chien

© Max PPPro
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Samedi matin, un homme handicapé âgé de 62 ans a été mordu à plusieurs reprises par un chien de race american staffordshire devant chez lui à Tricot (60). L'animal n'était ni muselé, ni déclaré en mairie. Blessée à de nombreux endroits du corps, la victime a dû être hospitalisée au CHU d'Amiens.

Par France 3 Picardie

Le déclenchement des événements n'est pas clairement établi. Encore est-il que samedi 28 septembre en milieu de matinée un american staffordshire a bien fait preuve d'une terrible fureur à l'encontre de Jean-Luc Lancelle dans une cour de la rue verte à Tricot, que celui-ci partage avec les propriétaires de l'animal. 

M. Lancelle, un homme de 62 ans, handicapé depuis plusieurs années suite à un infarctus, a été si sérieusement blessé que le médecin du SMUR a préféré le faire transporter au CHU d'Amiens. Son état a nécéssité une opération de près de six heures.

Plus de cent points de suture

« Il a des traces de morsures du cou jusqu'aux orteils, son genou est déchiré à tel point qu'ils n'ont pas pu le recoudre, il aura peut-être besoin d'une greffe de peau », explique Patrick Payrastre, gendre de M. Lancelle. Selon M. Payrastre, la main gauche a été particulièrement atteinte : « la main a eu besoin de cents points de suture : une artère a été recousue, deux doigts cassés, une broche à deux vis a été posée ».

Jean-Luc Lancelle, encore hospitalisé mercredi, pourrait sortir dès jeudi et sera hébergé par son gendre à Montdidier (80).

Qui a attaqué qui ? Cette question, les gendarmes de Saint-Just-en-Chaussée cherchent à y répondre depuis samedi. Pour les proches de la victime, c'est le chien. M. Lancelle rentrait chez lui et l'american staffordshire s'est jeté sur lui.

Ce que conteste vivement Gwendoline Dubois, 24 ans, propriétaire de Floyd, âgé de deux ans : « quand mon voisin est arrivé à la grille, je lui ai demandé d'attendre le temps que je rentre mon chien. Il n'a pas voulu. Floyd s'est approché pour lui faire coucou. Mon voisin lui alors tapé sur le dos avec sa canne, c'est pourquoi le chien l'a mordu ».

Des récits divergents

Le récit du drame diffère aussi beaucoup. Mme Dubois assure avoir tenté de s'interposer, alors que l'épouse de Jean-Luc Lancelle, descendue de son appartement au premier étage, « frappait le chien avec un plat et des pierres. Je tirais Floyd de toutes mes forces pour le retirer. Il m'a d'ailleurs mordu à la jambe. Je l'ai enfermé dans ma salle de bain. Ensuite je suis allée porter assistance à mon voisin en lui faisant un garrot ».

Elle ajoute être partie à la recherche de son autre chien, un croisé american stafferdshire, labrador et boxer, nommé Simba, qui s'était enfui pendant ce temps.

Selon Patrick Payrastre, la réalité est tout autre : « Quand ma belle-mère a été alertée par les cris de son mari, elle a voulu descendre. Mais la porte commune était fermée à clé [ndlr : les Lancelle habitent au-dessus de l'appartement de Mme Dubois] . Elle m'a appelé. Quand je suis arrivé j'ai vu mon beau-père attaqué par les deux chiens. Ils l'ont traîné sur trois mètres, alors qu'il pèse 97kg et mesure 1,85 mètre. Pendant que je lui faisais un point de compression, j'ai donné un coup de coude au second chien [ndlr : Simba] : il a alors mordu sa maîtresse, avant de partir dans les rues de la commune ».

Une certitude : Floyd n'était pas muselé, contrairement au règlement imposé par les propriétaires de l'immeuble et clairement affiché dans la cour : « je reconnais mes torts à 100% ; habituellement, il a toujours sa muselière et est attaché à ma taille. Mais samedi matin, il n'a pas voulu la mettre », reconnaît Mme Dubois.

Un chien ni castré, ni déclaré

Gwendoline Dubois et son compagnon habitent depuis le 2 janvier à Tricot. Elle affirme qu'ils avaient Simba, alors un chiot de deux mois, lors de l'emménagement. Ils n'ont adopté Floyd que fin avril. Le chien a déjà 18 mois. Il n'est ni pucé, ni déclaré : « je ne savais ni de quelle race, ni de quelle catégorie il était. Un vétérinaire m'a dit qu'il s'agissait d'un staff », admet la jeune femme.

Or, l'american staffordshire doit être déclaré à la mairie du domicile du propriétaire, être vacciné contre la rage tous les ans. De plus, s'il n'est pas inscrit au livre des origines françaises (comme Floyd), il entre dans la catégorie 1 par la loi du 6 janvier 1999 et doit être stérilisé.

Mme Dubois assure avoir commencé les procédures de légalisation : « nous l'avons fait vacciner, pucer et nous l'avons déclaré à la centrale canine. Une comportementaliste animalière est venue le voir en septembre à notre domicile ». L'animal en revanche n'est toujours pas castré : « cela coûte cher, nous mettons de l'argent de côté pour ça ».

Encore est-il que le maire de Tricot, Jacques Bocquet, n'a pris connaissance de l'existence des chiens qu'au mois de juillet, après des attaques sur d'autres chiens.

M. Bocquet, avait d'ailleurs envoyé au couple il y a quinze jours un courrier recommandé exigeant qu'ils viennent en mairie avec les documents administratifs des animaux. Sans réponse de leur part, une déclaration a été faite en préfecture la semaine dernière.

Gwendoline Dubois affirme ne pas avoir reçu le courrier : « ce courrier a peut-être été envoyé. Mais je n'ai jamais été informée. Quand nous sommes absents, le facteur laisse le courrier ou les colis aux voisins. Ici ça se passe comme ça... »

Le maire, prêt à abattre l'animal

Paradoxalement, M. Bocquet aussi risque de passer au tribunal. Prévenu que le second chien, Simba, s'était échappé, le maire, membre d'un club de tir à Noyon depuis 45 ans, avait pris son arme chargée : « je n'ai pas le droit de la sortir, mais j'avais peur qu'un enfant se fasse mordre. Si j'avais trouvé le chien, je l'aurais abattu ».

M. Bocquet a été entendu à ce sujet par les gendarmes de Saint-Just-en-Chaussée dès samedi après-midi.

Depuis samedi, Floyd est placé à la SPA de Compiègne, où il ne montre aucune agressivité, selon la directrice de l'établissement. Il sera présenté trois fois sur trois semaines à un vétérinaire pour des visites mordeur. A l'issue de ces visites, le procureur de la République devra statuer sur son cas et pourrait exiger son euthanasie. 

La sérénité est loin de revenir dans la cour de la rue verte à Tricot : chacun souhaite porter plainte contre l'autre, Jean-Luc Lancelle pour les morsures, Gwendoline Dubois pour les coups de canne.


 

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