"On est parqués comme des animaux, sans rien à manger" : un chauffeur routier dunkerquois bloqué en Angleterre témoigne 

Après 48 heures d’arrêt total, les liaisons entre le Royaume-Uni et la France ont repris dans la nuit du 22 au 23 décembre. Des milliers de camions sont toujours bloqués de l'autre côté de la Manche. Laurent Beghin, chauffeur dunkerquois, ne sera pas rentré pour Noël. Il témoigne.

Des milliers de poids lourds parqués sur le tarmac de l'aéroport de Manston, dans le sud-est du Royaume-Uni.
Des milliers de poids lourds parqués sur le tarmac de l'aéroport de Manston, dans le sud-est du Royaume-Uni. © William EDWARDS / AFP

"Cette année, il n’y aura pas de Noël pour moi." Laurent Beghin accuse le coup. Ce chauffeur routier dunkerquois, travaillant pour le transporteur Pech et Fils installé à Bierne, se veut pragmatique. Parti de Dunkerque dimanche matin sur les coups de 5 heures pour livrer des fruits et légumes dans la banlieue de Manchester, il est actuellement bloqué en Angleterre.

Dimanche soir dernier, les autorités françaises ont annoncé la fermeture des frontières avec le Royaume-Uni pour 48 heures, après la découverte d’un variant du coronavirus, dont la transmission est 40 à 70% plus importante.

Ce mercredi matin, les liaisons transmanche ont timidement repris, mais les syndicats de transporteurs routiers estiment à 11 000 le nombre de camions toujours parqués de l’autre côté de la Manche. Les chauffeurs routiers doivent présenter un test négatif obligatoire pour regagner le continent.

Amende de 70 livres pour stationnement gênant

Dans la journée de lundi, Laurent Beghin a roulé en direction du shuttle pour regagner la France. "Sur la route du retour, j’ai été bloqué sur une aire d’autoroute mais elle était surchargée, raconte le chauffeur routier. J’ai donc trouvé une place au bord d’une nationale où il y avait des centaines de camions."

Le lendemain matin, mauvaise surprise sur son pare-brise : il découvre un PV de 70 livres, lui indiquant qu’il n’avait pas le droit de stationner à cet endroit. "Mais où veulent-ils que je stationne ? Tout est surchargé" s'offusque Laurent Beghin. Comme des centaines d’autres poids lourds, il a été conduit par les forces de l’ordre jusqu’au tarmac de l’aéroport de Margate, situé à une trentaine de kilomètres de la zone d’embarcation, à Douvres. 

Illustration des files d'attente de poids lourds sur le tarmac de l'aéroport anglais.
Illustration des files d'attente de poids lourds sur le tarmac de l'aéroport anglais. © WILLIAM EDWARDS / AFP

"Il n’y a qu’un lavabo pour 7000 chauffeurs"

Cela fait désormais plus de 24 heures que le chauffeur routier dunkerquois a parqué son camion au milieu de milliers d’autres, sur le tarmac. "On n'a rien à manger, ils ne distribuent que des petites bouteilles d’eau" témoigne-t-il, ce mercredi midi. Selon lui, les conditions d’accueil sont déplorables. "Il n’y a qu’un lavabo pour 7000 chauffeurs et je ne vous parle pas de l’état lamentable des deux toilettes." 

"Imaginez vous une piste d’aviation pleine de poids lourds. Il pleut des cordes, on a aucune information (…) Je n’ai pas mangé depuis 24 heures et je ne peux pas me laver."

Laurent Beghin, chauffeur routier dunkerquois bloqué en Angleterre

Il faut s’imaginer "au moins 30 lignes de poids lourds parqués" sur le tarmac de l’aéroport, dans l’attente d’informations pour se faire tester et être ainsi autorisés à regagner le continent. "On est parqués comme des animaux, comme du bétail, résume le chauffeur routier. C’est honteux."

"Il n’y aura pas de Noël en famille pour moi cette année"

Selon lui, il ne sera pas testé avant "jeudi ou vendredi." Conséquence directe, impossible de fêter Noël en famille avec sa femme et ses enfants à Dunkerque, malgré la mobilisation annoncée par le ministre français des transports.

Et la situation commence à s’embraser. Des affrontements ont eu lieu entre certains chauffeurs et les forces de l’ordre à Douvres. Sur le tarmac de l’aéropoort de Margate, les grillages sont coupés. "En même temps, leur dire qu’ils ne peuvent pas passer les fêtes de famille avec leurs enfants, c’est terrible", résume Eric Pech, le patron de Laurent Beghin.

Eric Pech est également membre du conseil d’administration de la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers (FNTR) du Pas-de-Calais. "Je n’ai jamais vu ça, raconte-t-il. Ils sont parqués comme des animaux et ils sont traités comme tel. On est revenu au 19 siècle et on est complètement lâché par les pouvoirs publics."

La FNTR attend des nouvelles de la part du ministère. La fédération estime à 3000 le nombre de chauffeurs routiers français actuellement bloqués de l’autre côté de la Manche.

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