À Groffliers comme à Wimereux, le succès des tiers-lieux, pour partager plus que des espaces

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Un café participatif et solidaire à Groffliers près de Berck-sur-Mer, une vieille ferme à rénover à Wimereux, pour y habiter et travailler ensemble. Deux exemples parmi d'autres qui illustrent cette tendance des tiers-lieux en France et pas seulement dans les grandes villes.

Ils ont en commun le souhait de créer un lieu de vie, de partage, d'entraide et d'échanges artistiques ou professionnels. "Ces tiers-lieux, un facteur de fédération d'une société qui en a bien besoin" a déclaré récemment le Premier Ministre Jean Castex.

Les tiers-lieux, un concept qui s'est installé dans les grandes métropoles depuis plusieurs années, à travers le co-working. Aujourd'hui, c'est à la campagne que fleurissent ces nouveaux lieux où l'on partage plus que des bureaux pour travailler.

Un café solidaire et participatif à Groffliers

À Groffliers, la Maison des Faiseurs s'est installée dans une ancienne auberge, fermée depuis deux ans après le départ en retraite du patron. Une vieille bâtisse posée le long de la départementale qui relie Berck-sur-Mer à Waben, dans le Pas-de-Calais. Ouverte depuis 3 mois, ça ressemble à un café où l'on passe un moment pour discuter, faire des jeux de société mais pas seulement.

"C'est un lieu ouvert à tous, où chacun peut participer : faire la cuisine, tenir le bar ou proposer ses talents, ses compétences, en organisant des concerts, des séances de sport, de la sophrologie ou entretenir le potager" explique Sébastien Birault, co-porteur du projet.  Tout le monde est le bienvenu pour mettre la main à la pâte, une heure, un week-end, une soirée selon ses envies, ses disponibilités.

"Un lieu par et pour les habitants, animé par ceux que l'on nomme des faiseurs."

Arrivée depuis peu dans la région, Jeanne, originaire du Cameroun, a retrouvé le sourire. Hébergée dans un foyer d'accueil à Berck-sur-Mer, depuis près d'un an, elle se sentait très seule. "Ici, dans ce café, je me sens en famille, ça me fait du bien. Je jardine, je fais la cuisine bénévolement, je donne un coup de main. On cause de tout et de rien et j'adore participer aux soirées karaoké."

Un projet né de l'envie de retisser du lien social. Sébastien, originaire de la région et sa compagne Rabia Hamdani ont longtemps travaillé dans la région parisienne. Aujourd'hui, ils veulent "casser" les barrières de la solitude et créer de l'inclusion sociale.

"On est dans une société où le pouvoir de l'argent à pris le dessus et se payer un restaurant c'est devenu compliqué" soupire Sébastien. "Mais grâce à cette notion de partage, chacun peut profiter d'un repas à moindre coût, soit en payant 12 euros, soit grâce aux repas suspendus pour en bénéficier gratuitement" précise Rabia, seule salariée du collectif.

"Notre maison des faiseurs, c'est avant tout un lieu de partage qui passe par une activité économique de restauration et de petite brasserie. Une vie de famille comme à la maison, où tout le monde est le bienvenu, avec ses enfants et ses envies de faire."

Sur le visage d'Hélène, le même sourire que Jeanne. Ce matin-là, elle s'occupe de la décoration des tables avec les roses qu'elle a cueilli dans son jardin. Ancienne secrétaire, elle tient à jour pour la Maison des Faiseurs les cotisations de 10 euros par an et accueille les visiteurs. 


"Je suis arrivée la première fois dans le café  lors d'une soirée musicale et je ne suis jamais repartie. Ce concept de solidarité et de partage me convient parfaitement. Je vis seule, je me déplace en fauteuil roulant et rencontrer des personnes de toutes origines me fait un bien fou."

La Maison des Faiseurs remède à l'isolement qui a déjà séduit 200 adhérents.

Un Lieu à partager à Wimereux

Réinventer le vivre ensemble, c'est aussi la volonté de l'Association LAP à Wimereux. Un Lieu à Partager qui se construit doucement dans la campagne de Wimereux, près de Boulogne-sur-Mer (62). Depuis quelques mois, un collectif d'une dizaine de personnes a racheté la ferme de la Ronville qui était à l'abandon. 1,5 hectare à nettoyer, à dépolluer et 740 m2 de plancher à rénover. 2 bâtiments en pierres de Marquise, un puits et des champs à perte de vue.

Leur projet : réhabiliter le lieu pour en faire des habitations et des espaces de travail pour tous ceux qui auraient envie de se joindre au projet. "Un habitat et des ateliers participatifs, c'est un mélange de personnes qui vont vivre sur le lieux et de personnes qui vont travailler sur ce même lieux" explique Angélique Legrand, costumière et future habitante.

L'idée : fonder une communauté d'un nouveau genre pour ces quarantenaires qui ont longtemps travaillé sur la métropole lilloise. "C'est la volonté de mutualiser des espaces qui sont parfois sous-utilisés dans les grandes structures. Il y aura des ateliers privatifs où chacun pourra s'affairer à son art et des maisons indépendantes mais avec une ambiance de place de village disposant d'espaces collectifs, une salle commune par exemple. Un lieu ouvert pour permettre d'échanger, de créer avec les autres au sein d'un collectif."

Grâce à des chantiers participatifs, ce collectif fait appel à des bénévoles contre le gîte et le couvert. Ainsi les travaux de rénovation se font à moindre coût, dans le respect de l'environnement et pour fédérer le plus grand nombre autour du projet.

"Nous avons acheté cette ferme pour 180 000 euros. La contribution financière de chacun s'ajoute à la possibilité de faire les travaux à moindre coût grâce à ces chantiers participatifs : dépolluer, viabiliser le terrain, créer des mares, phyto-épuration et mettre à l'abri les bâtiments" précise Sylvain Huret, architecte et futur habitant.

Un  projet qui correspond à l'état d'esprit de Stéphane, jeune retraité venu de Boulogne-sur-Mer sur le chantier de débardage. "Je m'inquiète un peu du monde futur, j'ai des petits-enfants et tous les petits projets qui peuvent venir concrètement résoudre ces problème d'environnement, pour recréer des écosystèmes à des fins culturelles me semblent l'avenir."

Aprés la rénovation et la réhabilitation des bâtiments, viendra le temps de la permaculture, du maraîchage puis des ateliers de cirque ou d'apiculture. Une aventure humaine où l'on avance ensemble, selon ses compétences pour redonner une seconde vie à la ferme de la Ronville.

Les tiers-lieux, des solutions d'avenir ?

L’ampleur du phénomène des tiers-lieux et la forte croissance de leur nombre sur le territoire interpelle. Les espaces de coworking, de fablabs, ou encore de friches culturelles étaient de 1800 en 2018. Ils sont désormais 2500 !  Plus de 50% se situent en dehors des Métropoles.

Selon France Tiers-Lieux , leur nombre devrait atteindre plus de 3500 en 2022. Des lieux ouverts qui accueillent un public de plus en plus large, et notamment des jeunes et des familles qui quittent progressivement les métropoles pour les zones rurales ou péri-urbaines.

Des Tiers Lieux, une réponse possible à l'envie de lien social, une envie renforcée par la crise sanitaire du Covid-19 et qui invite à repenser les politiques d’aménagement du territoire. Par l'intérmédiaire de son Premier ministre, l'Etat a annoncé investir 130 millions d'euros supplémentaires, voyant dans ces lieux "un antidote au repli sur soi, un outil de relocalisation, de formation ou encore transition écologique."