Déconfinement : à la prison de Béthune, l'accompagnement des détenus reprend progressivement

Revoir ses enfants au parloir, emprunter des livres à la bibliothèque ou reprendre sa formation: à la maison d'arrêt de Béthune (Pas-de-Calais), l'accompagnement des détenus reprend petit à petit avec le déconfinement, mais de nouveaux problèmes apparaissent.
(Illustration)
(Illustration) © FREDERIK GILTAY - FRANCE 3 NPDC

Un peu partout dans cette prison de centre-ville, construite en 1895 et que l'AFP a visitée vendredi avec le député LFI Ugo Bernalicis, sont affichés les gestes barrière et les "modalités du lavage des mains", à l'eau et au savon dans les cellules.

Ici, on désinfecte les barreaux d'une porte en fer d'un quartier de détention; là, dans les coursives, des surveillants masqués vont chercher des détenus pour la promenade, se frottent les mains de gel hydroalcoolique quand quelques autres portent des gants.

Retour des "parachutes"

Alors que les projections avaient presque disparu pendant le confinement, ce jour-là, les surveillants ont intercepté des grammes de cannabis lancés par dessus les murs d'enceinte pour "Marabout" et "La Bête", surnoms donnés par les complices à leurs destinataires.

L'activité de la maison d'arrêt, l'une des plus surpeuplées des Hauts-de-France, reprend ainsi progressivement. Le greffe est presque au complet; les conseillers du service pénitentiaire d'insertion et de probation, qui n'ont pas rencontré les détenus de tout le confinement, recommencent les entretiens dans les quelques boxes existants.

"On a pris notre mal en patience, ça a été dur", témoigne un détenu, bipolaire. "Heureusement qu'il y avait le téléphone" installé dans chaque cellule avant le confinement, ajoute-t-il, désireux de pouvoir reprendre sa validation des acquis.

Si plus de 100 détenus sont sortis, passant de 375 au 15 mars à 253 début juin grâce à des mesures de libération anticipée, la surpopulation bute à 140%. Selon la direction, ce taux a rarement été aussi bas -le nombre de détenus (un tiers en attente de jugement, deux tiers de condamnés) frôle parfois les 400.

Pour l'heure, selon l'administration, aucun justiciable condamné à de très courtes peines n'a été incarcéré récemment, conformément à la réforme entrée en vigueur fin mars.

 

"Pas à l'abri"

Par "chance", il n'y a pas eu de cas avéré de coronavirus chez les détenus et le personnel. "La crainte va rester encore quelque temps, on n'est pas à l'abri, il faut continuer ce qu'on a entrepris", souligne le chef d'établissement, Stéphane Wallaert, masqué.

Afin de limiter les risques de contamination avec la reprise de certaines activités, plusieurs espaces ont été réaménagés: dans la salle de cours -de la lutte contre l'illettrisme jusqu'au baccalauréat- les cinq bureaux ont été espacés.

Pour les parloirs de la salle commune, dépourvue de lumière naturelle, des plexiglas sont disposés sur les 15 tables d'écoliers en bois. Dès lundi, plusieurs personnes pourront visiter leur proche et apporter du linge.

"Ce que j'attends, c'est de voir mes enfants", lâche un "auxi" (responsable d'étage), devant la télé. Son codétenu, lui, explique qu'il aurait dû avoir son rendez-vous Pôle emploi en début de semaine et s'inquiète de ne pas avoir été convoqué.

"J'ai terminé tous mes livres, j'attends que la bibliothèque rouvre lundi pour en prendre d'autres", confie timidement un autre détenu du fond de sa cellule sombre, aux murs défraîchis percés d'une petite fenêtre, qu'il partage à deux avec un lit superposé.

Les patients souffrant de maladies chroniques ou ayant besoin de soins dentaires peuvent à nouveau consulter les médecins de l'unité sanitaire, qui traitent principalement des problèmes liés à l'alcoolisme, aux stupéfiants ou troubles psychiatriques.

Les groupes de parole n'ont pas repris.

 

Quatorzaine pour les nouveaux

Si la formation d'agent de propreté et d'hygiène repart, d'autres demeurent à l'arrêt. Comme la maçonnerie, dispensée dans un sous-sol mal ventilé et qui va nécessiter des travaux - et donc un budget - pour l'aérer conformément aux normes coronavirus.

"Si on prive les détenus de choses supplémentaires parce qu'on n'y met pas les moyens, là, ça devient un problème", prévient M. Bernalicis.

Autre possible difficulté : trouver des cellules pour les arrivants, dont le nombre risque de réaugmenter et qui doivent être placés en quatorzaine. En cas de saturation, ils pourraient sortir de l'isolement Covid-19 après sept jours, si leur test est négatif.

 

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