Migrants à Calais : les distributions de repas suspendues dans le centre-ville pendant plusieurs semaines

Les associations organisent régulièrement des distributions de repas pour les migrants à Calais. Photo d'archives. / © PHILIPPE HUGUEN / AFP
Les associations organisent régulièrement des distributions de repas pour les migrants à Calais. Photo d'archives. / © PHILIPPE HUGUEN / AFP

La municipalité de Calais a pris un arrêté interdisant les distributions de repas aux migrants dans le centre-ville jusqu'au début de l'année 2020. Elle dit craindre des "troubles à l'ordre public" et des problèmes de sécurité avant les événements touristiques de l'hiver.

Par M.D.

Placardé à Calais, l'arrêté pris par la municipalité le 18 octobre affole les association d'aide aux migrants. Le texte, interdisant les "occupations abusives, prolongées et répétées" de migrants dans le centre-ville "notamment au moment de la distribution de repas", revient à "condamner la solidarité", déplore Utopia 56.

L'arrêté municipal est paru en prévision des nombreux événements qui vont se tenir à Calais dans les semaines à venir, comme l'arrivée du Dragon. Les élus craignent que "les troubles générés par la présence de migrants (fragilisent leur) bonne organisation" et "portent atteinte à la sécurité des familles et des touristes".
 

Les distributions de repas et maraudes, organisées régulièrement par Utopia 56 ou Salam, sont donc interdites dans le centre-ville jusqu'au 6 janvier 2020, notamment aux abords de la gare. Dans l'arrêté pris par la Ville de Calais, la municipalité relève des "troubles à l’ordre public" constatés lors de ces distributions de repas : "amoncellement de déchets, déjections humaines, présence de rats, rixes..."

"Encore une fois les exilé.e.s ne sont ni écoutés ni considérés", regrette encore l'association Utopia 56 à Calais, dénonçant une "stigmatisation" des migrants et une "incitation à la haine" engendrée par ce texte. Contactée par France 3, la mairie de Calais n'a pas encore donné suite à nos sollicitations.

 

"Cacher le problème migratoire"


"Ces mesures entravent notre travail auprès des personnes exilées. On ne peut plus rester aux abords de la gare donc on loupe des mineurs qui finissent dans les jungles où les conditions de vie sont très difficiles à l'arrivée de l'hiver", dénonce Antoine Nehr, coordinateur pour Utopia 56 dans la région de Calais. L'association compte "clairement continuer" ses actions, tout en sortant des zones interdites par l'arrêté.
 

Quatre bénévoles d'Utopia 56 ont déjà été verbalisés depuis l'entrée en vigueur du texte, affirme l'association. Pour Antoine Nehr, ces mesures sont un moyen de "cacher le problème migratoire qui dure depuis plusieurs années dans la région" à l'approche des événements touristiques de l'hiver.

Seules les distributions d'eau et de repas organisées par les services de l'Etat dans "des zones identifiées" restent autorisées, ayant "toujours répondu aux besoins de la population migrante", selon le texte de l'arrêté. Des mesures "insuffisantes" d'après le coordinateur d'Utopia 56 : "les services finissent tôt donc les exilés viennent dans le centre-ville pour bénéficier de nos maraudes."

 

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