Grève : les avocats de Boulogne-sur-Mer "soldent leurs robes", ceux de Saint-Omer jettent des codes juridiques

Opposés au projet de réforme des retraites, les avocats sont en grève depuis une semaine. Ce matin, ceux du barreau de Boulogne-sur-Mer ont symboliquement exposé leurs robes sur des portants, estimant leur profession "bradée". À Saint-Omer, ils ont lancé des codes juridiques en l'air.

Des robes d'avocat "soldées" pour protester contre la réforme des retraites
Des robes d'avocat "soldées" pour protester contre la réforme des retraites © I.Girardin
Les avocats du barreau de Boulogne-sur-Mer sont en grève et multiplient les actions depuis une semaine. Ils protestent contre le projet de réforme des retraites qui les ferait passer d'un régime autonome à un régime général. Conséquence : une augmentation de leurs cotisations qui pourraient être à l’origine de faillite d’un grand nombre de petits cabinets indépendants.

À Saint-Omer, les avocats se sont eux aussi réunis devant le palais de justice, et ont lançé des codes juridiques en l'air pour marquer leur désapprobation au projet de réforme des retraites. 
 

Une profession qui s'estime "bradée"

Ce matin, devant le palais de justice de Boulogne-sur-Mer, une cinquantaine d'avocats se sont réunis en chanson. Un à un, ils ont déposé leurs robes d'avocat sur un portant, organisant une vente symbolique. Par ce geste, ils protestent contre une situation qui pourrait "brader" leur profession.
 
© I.Girardin


"Nous serons obligés de vendre nos robes. C'est comme cela que nous ressentons la proposition de faire intégrer les avocats dans le régime général des retraites, car cela met en danger de nombreux confrères" rappelle maître Marie-Alice Fasquelle-Leonetti, bâtonnier des avocats du barreau de Boulogne-sur-Mer. "Notre cotisation retraite est actuellement de 14 %, elle passerait à 28 alors que notre régime de retraite, autonome, s'autofinance et de façon exédentaire ! Nous contribuons annuellement à la solidarité nationale à hauteur de près de 1 500 euros par avocat. Nous ne sommes pas des nantis, plus de 3 avocats sur 10 n'arrivent pas à poursuivre leurs activités professionnelles actuellement. C'est injuste..."

 


 

La crainte de mettre en difficulté les plus fragiles


Conséquence, les activités du tribunal de Boulogne-sur-Mer sont suspendues, y compris les gardes à vue, les permanences et les audiences. "Notre mouvement de grève est illimité. Nous sommes décidés à nous faire entendre par tous les moyens. Ce n'est pas seulement pour nous mais c'est aussi pour défendre les personnes les plus fragiles que nous sommes ici. Les avocats du barreau de Boulogne-sur-Mer travaillent dans de petits cabinets d'avocats avec une clientèle à faibles revenus. Parfois seule l'Aide Juridictionnelle constitue notre revenu, nos clients ayant peu de moyens", explique MHannah Beaugendre.

"Si on disparaît, les habitants de nos campagnes ne trouveront plus d'avocats pour les défendre. Ce sera un désert juridique, ils n'iront pas à Lille dans les gros cabinets, ils ne peuvent déjà pas se déplacer jusqu'au tribunal sans qu'on aille les chercher...."
 
Déterminés à se faire entendre de la ministre de la Justice Nicole Belloubet, les avocats de Boulogne-sur-Mer vont continuer à exprimer leur mécontentement par le biais d’actions spécifiques. Demain, mardi, leur créativité dans la lutte continue. Ils comptent monter sur un bateau, équipés de gilets de sauvetage et jeter une bouteille à la mer contenant une lettre ouverte à la Garde des Sceaux... bien décidés à refuser cette situation, qu'ils estiment être comme "un naufrage de la justice".
 

À Saint-Omer, les avocats jettent leurs codes juridiques en l'air

Même son de cloche à Saint-Omer. Ce lundi matin, le barreau audomarois s'est retrouvé devant le palais de justice. Ils souhaitent aussi exprimer leur désapprobation au projet de réforme des retraites. La mobilisation des avocats a été renouvelée ce lundi, et pour une durée indéterminée, alors que les représentants du conseil national des barreaux (CNB) sont reçus par la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, et le secrétaire d'État chargé des retraites Laurent Pietraszewski.

Dans une lettre datée de ce lundi 13 janvier, Guy Lenoir, ancien bâtonnier du barreau de Saint-Omer détaille les points de crispation des avocats avec le projet gouvernemental, détaillée dans une lettre de Nicole Belloubet, que la profession a reçu début janvier. 
 

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Le gouvernement souhaite utiliser les réserves de la caisse nationale des barreaux français pour "lisser sur une longue durée les hausses résiduelles de cotisation des avocats", expliquait la ministre de la justice. 

Mais pour Guy Lenoir, c'est une "véritable absurdité" et un moyen de "siphoner les réserves acteulles de notre caisse de retraite pour les envoyer dans le futur régime prétendument universel". La Caisse nationale des barreaux français (CNBF), le régime autonome pour lequel cotisent les avocats, est en effet largement excédentaires, avec plus de deux milliards d'euros de réserves. 

Que changerait la réforme pour les avocats ?

Tous les avocats seraient impactés par cette réforme, et c'est aussi pour ça que la mobilisation des avocats est inédites, avec 100% des barreaux mobilisés. 

Si la réforme entre en vigueur, le taux de leur cotisations pour la retraite des avocats libéraux doublera, passant de 14  à 28 % pour ceux qui gagnent jusqu'à 40 000 euros par ans, et les pensions de retraites diminueraient d'environ 30 %. La pension minimale des avocats est aujourd'hui fixée à 1450 euros par mois, et tomberait à 1000 euros après la réforme.
 
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