Trois tentatives de suicide au centre de rétention administrative de Coquelles alertent les associations

Plusieurs collectifs s'inquiètent des conditions de rétention à Coquelles : des étrangers, dont beaucoup sont en détresse psychologique, rapportent des conditions de vie insalubres. Trois tentatives de suicide ont eu lieu en une semaine en février.
Une partie du centre de rétention de Coquelles, près de Calais.
Une partie du centre de rétention de Coquelles, près de Calais. © MAXPPP
Conditions de détention "inhumaines", nourriture "malsaine", accès aux loisirs limité... Les associations d'aide aux réfugiés s'élèvent contre les conditions de rétention au centre administratif de Coquelles, près de Sangatte dans le Pas-de-Calais. Cet établissement accueille des étrangers auxquels l'administration ne reconnaît pas le droit de séjourner sur le territoire français.

En février, trois tentatives de suicide y ont eu lieu en seulement quelques jours. Une information de France Bleu Nord confirmée par la préfecture qui précise que deux ont été effectuées par la même personnes, un Erythréen père de famille d'après un collectif de citoyens. Ces actes auraient eu "pour seul but était de faciliter ensuite leur libération", ajoute la préfecture qui dit s'appuyer sur des témoignages d'autres retenus. Ce sont pourtant ces derniers qui ont alerté le personnel de l'établissement lors de ces trois drames. 

 

"Maltraitance et insultes"


Pour un collectif de citoyens en contact avec plusieurs personnes du centre, le problème est bien plus profond : "La nourriture [est] malsaine, pas de distraction ni livres ni rien, des sanitaires sans intimité, pas d'accès à l'air libre, pire qu'une prison". Le Comité des sans-papiers du 59 parle même de cas de "maltraitance verbale" et "d'insultes" dont des réfugiés auraient été victimes de la part du personnel du centre. Les membres ont adressé une lettre ouverte au préfet pour dénoncer ces agissements et n'ont à ce jour reçu aucune réponse.
 

Comité des Sans Papiers 59

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Une personne retenue à Coquelles, qui préfère rester anonyme, fait également état de problèmes majeurs : "On est beaucoup trop nombreux au centre, on dort entassés dans des couchettes. Je pense même qu'ils mettent des somnifères dans la nourriture". Le Comité des sans-papiers 59 a reçu une dizaine d'appels relatant des faits similaires : plusieurs personnes retenues affirment dormir plusieurs heures et sentir des effets secondaires après chaque repas.
 
Des accusations que la préfecture dément."La nourriture est préparée dans une cuisine centrale avec des plats équilibrés, étudiés par des nutritionnistes, livrée trois fois par semaine", assure le service communication. Même chose pour les conditions d'hygiène : les sanitaire qui font l'objet "de travaux chaque année" seraient en bon état.

 

Un problème global


Selon les associations, ces tentatives de suicide à répétition seraient également le fruit d'un suivi psychologique quasi-inexistant. Elles questionnent l'efficacité de l'équipe mobile psychiatrique : trois infirmiers sont présents tous les jours ainsi qu'un médecin urgentiste, mais pas de psychologue spécialiste.

La préfecture ajoute qu'"une convention avec le centre hospitalier de Calais permet une prise en charge des retenus malades", ce qui serait dans les faits très compliqués d'après plusieurs sources. "Quand les détenus réclament un suivi psychologique, ils ne sont pas pris au sérieux. Les soins ne se mettent jamais en place", affirme le porte-parole du Comité des sans-papiers du Nord.
 
Les conditions de vie et particulièrement d'hygiène dans les centres de rétention en France sont souvent dénoncés par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL). Dans son dernier rapport, il précise que "les constats révèlent une grande hétérogénéité des pratiques au sein des centres". D'autant plus que la durée maximale de rétention dans ces centres est passé de 7 à 90 jours au maximum depuis le 1er janvier 2019, ce qui préoccupe le milieu associatif. Les cas d'insalubrité concerneraient "la majorité des centres en France", selon la Cimade qui aide les réfugiés à s'informer sur leurs droits.

 
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