Pass vaccinal, consommation debout, réouverture des discothèques : les professionnels entrevoient "le bout du tunnel"

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Le Premier ministre Jean Castex a annoncé jeudi soir la levée progressive des mesures sanitaires anti-covid. Pass vaccinal, réouverture des discothèques, consommation debout autorisée dans les bars, les professionnels de la restauration se montrent satisfaits.

"On est contents. On va pouvoir retravailler." Christophe Duprez, propriétaire d'un restaurant et d'un bar de nuit à Amiens, ne cache pas son soulagement après les annonces de Jean Castex. "On a un calendrier et une visibilité et peut-être une épidémie derrière nous."

Des restaurateurs entendus par le gouvernement

A partir du lundi 24 janvier, Christophe Duprez, comme tous les professionnels du secteur, devra appliquer le pass vaccinal : "On est habitués depuis le pass sanitaire. La bonne nouvelle, c'est que le pass vaccinal ne se double pas d'un test obligatoire [ndlr : comme en Allemagne]. La profession s'est battue sur ce point et nous avons été entendus par le gouvernement".

La deuxième échéance évoquée par le Premier ministre dans son intervention jeudi soir est le 2 février. A cette date, le télétravail ne sera plus obligatoire trois jours par semaine, mais seulement recommandé.

Une bonne nouvelle pour de nombreux restaurateurs à l'image de Giuseppe Bifarella, propriétaire de deux établissements à Arras et d'un hôtel-restaurant à Fresnes-lès-Montauban dans le Pas-de-Calais. "Nous avons une clientèle d'affaires et administrative. L'activité s'est effondrée. Normalement, nous faisons entre soixante et quatre-vingt couverts par jour, mais désormais entre cinq et quinze".

La consommation debout représente jusqu'à 70% de chiffre d'affaires dans les bars d'ambiance comme les pubs.

Délégué général de l'Umih des Hauts-de-France

Autre mesure très attendue par les professionnels, la consommation debout dans les bars et les restaurants : elle sera à nouveau possible dès le 16 février.

Un bol d'air pour les établissements : "La consommation debout représente jusqu'à 70% de chiffre d'affaires dans les bars d'ambiance comme les pubs. Par exemple, les soirées devant les matchs de football étaient hyper encadrées, ce qui causait des baisses de chiffre d'affaires", explique Maxime Tonnoir, délégué général de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) des Hauts-de-France.

Si Christophe Duprez a connu des semaines difficiles dans son bar, il a moins souffert dans son restaurant : "Nous n'avons pas eu de perte de chiffre d'affaires en décembre grâce au maintien du marché de Noël d'Amiens. Janvier a été plus compliqué, mais ce n'est jamais un gros mois pour notre activité".

Les prestations annulées sont définitivement perdues

Celui qui porte également la casquette de vice-président de l'Umih des Hauts-de-France s'estime plutôt épargné par rapport aux traiteurs qui "n'ont pas travaillé".

C'est ce qui est arrivé à Giuseppe Bifarella dans son restaurant de Fresnes-lès-Montauban, dont l'activité repose à 70% sur les séminaires : "Début décembre, tout a été annulé, on a dû fermer. On a gardé ouvert uniquement l'hôtel avec un réceptionniste et un gardien de nuit". 

Une décision à laquelle Sébastien Clairé a aussi été contraint. En raison des annulations en cascade des comités d'entreprise et des clubs du troisième âge, son cabaret situé dans le village de Briquemesnil-Floxicourt dans la Somme est fermé depuis six semaines.

"Nous avons perdu treize dates rien qu'entre le 7 et le 31 décembre". A la clé, une perte de chiffre d'affaires de 85 000 euros. "Nous toucherons des aides fin février, 9000 euros de charges fixes prises en charge par l'Etat".

Sébastien Clairé espère accueillir à nouveau son public dès le 1er mars. Pas avant. "J'ai beaucoup de clients qui veulent revenir. Mais un dîner-spectacle réclame deux mois de travail".

Les discothèques satisfaites, mais méfiantes

Fermées depuis le 9 décembre, les discothèques pourront enfin remplir leurs pistes de danse à partir du 16 février. Un soulagement pour les professionnels du secteur qui n'ont pu accueillir leurs clients que quelques semaines en deux ans.

"On voit le bout du tunnel. Mais Olivier Véran est resté flou", se méfie Morgan Dalle, fondateur du collectif SOS CHRD en détresse qui réunit, selon lui, 4500 professionnels de la restauration et de la nuit (cafés, hôtels, restaurants, discothèques).

Selon ce patron d'une discothèque béthunoise, les interrogations sont encore trop nombreuses : "Dans quelles conditions allons-nous reprendre ? Le port du masque sera-t-il obligatoire à l'intérieur ? Et pour combien de temps ? Le 9 juillet dernier, on nous avait rouverts pour faire vacciner les jeunes et refermés dans la foulée. On craint une décision électoraliste".

Le Maire maintient les aides au secteur de la nuit

Morgan Dalle s'inquiète enfin de l'accompagnement économique des entreprises de la nuit : "Nos établissements sont dans un état calamiteux. Quand vous fermez pendant deux ans, votre activité ne vaut plus rien. Sans bilan, les banques ne suivent pas".

Sur ce point, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a assuré vendredi matin que les boîtes de nuits bénéficieraient "de l'intégralité des aides : les coûts fixes, l'activité partielle, les mesures qui ont été annoncées sur la masse salariale" tant que les mesures de restrictions sanitaires seraient maintenues. 

Un nouvelle annonce gouvernementale qui laisse le fondateur du collectif SOS CHRD sceptique, rappelant que les patrons de boîtes de nuit n'avaient "même pas encore été remboursés du chômage partiel de décembre."