L'étonnante histoire d'Iris XVI, le cheval du capitaine picard de Hautecloque fusillé par les Allemands pour rébellion

Cheval de bataille, cheval de course, cheval rebelle... Il fût la monture du capitaine de Hautecloque, futur maréchal Leclerc, durant la Seconde Guerre mondiale, avant d'être fusillé par les Allemands pour rébellion. Jean-Paul Delance vous raconte son histoire des plus étonnantes.

Peinture du cheval Iris XVI, fusillé en 1940 par les Allemands pour "rébellion"
Peinture du cheval Iris XVI, fusillé en 1940 par les Allemands pour "rébellion" © Collection personnelle de la famille de Hautecloque
C’est sans nul doute le seul cheval exécuté au cours du second conflit mondial. Évidemment, une guerre est avant tout une tragédie humaine. Mais, n’est-il pas singulier que le martyre d’un animal puisse en être aussi un symbole d’absurdité, d’arbitraire et de cruauté. À mes yeux, les circonstances de la mort du cheval Iris XVI, en sont une bien triste confirmation.
 
Le capitaine de Hautecloque sur son cheval Iris XVI
Le capitaine de Hautecloque sur son cheval Iris XVI © Musée de la Libération de Paris - Musée du général Leclerc - Musée Jean Moulin

L’histoire commence en 1936. Elle a pour décor le Quartier de Cavalerie de la prestigieuse École Militaire de Saint-Cyr, près de Versailles.
 
Le lycée militaire de Saint-Cyr, près de Versailles
Le lycée militaire de Saint-Cyr, près de Versailles © Henry Salomé - Architectes : François Michel Le Tellier de Louvois et Jules Hardouin-Mansart

À chaque début de printemps, il est d’usage d’attribuer aux élèves-officiers de l’escadron, un cheval de 5 ans à peine débourré. Charge reste alors aux jeunes militaires, d’en assurer le dressage. Le choix du binôme homme-cheval revient au capitaine de l’escadron, un certain Philippe de Hautecloque, Picard qui a la réputation d’être un incorrigible "pète-sec".

Trente élèves attendent donc sans mot dire, la décision du chef. Parmi eux, François d’Ussel, brillant élément et l’un des mieux classés. Lui, aimerait qu’on lui confie une belle jument anglo-arabe repérée dans les écuries. Un rêve bien vite évanoui lorsque le capitaine de Hautecloque lui dit d’un ton sec : "Vous ! Prenez celui-ci !" Joignant le geste à la parole, il lui désigne un grand cheval pas très bien conformé dénommé Iris XVI.

Pour toute réaction, un "Bien mon Capitaine" rappelle que dans l’armée, on ne discute pas les ordres.


Miser sur le bon cheval

Trois mois plus tard, le dressage semble bien avancé. Mais un incident survient lors d’un exercice. Les élèves et leurs montures doivent galoper derrière le chef de groupe, un cavalier sous-officier du Cadre Noir de Saumur. La consigne est simple, ne jamais tenter de le dépasser.

Pourtant, cinq-cents mètres après le départ, François d’Ussel file vers la ligne d’arrivée qu’il atteint avec plus de vingt longueurs d’avance sur le reste du groupe. De quoi rendre à la fois furieux et songeur, son capitaine qui n‘a rien perdu de la scène.

Une semaine s’écoule. L’école se prépare à partir en manœuvre dans l’Aisne, au camp de Sissonne. Le matin du départ, François d’Ussel ne se doute pas qu’une mauvaise surprise l’attend à l’écurie. Iris VXI a disparu, remplacé par un cheval inconnu. Mais qui donc a bien pu avoir l’audace de lui substituer son animal ? La réponse le laisse sans voix, c’est le capitaine de Hautecloque, lui-même ! Bis repetita, pour la seconde fois, il faut serrer les dents et se soumettre.

Les hommes sont rassemblés. Direction la gare de Versailles où l’escadron doit embarquer. Mais au moment où de Hautecloque passe la porte de l’écurie, Iris XVI fait un écart, se couche et écrase son cavalier. À l’hôpital, on diagnostique une mauvaise fracture du tibia. L’officier en gardera toute sa vie des séquelles qui l’obligeront à s’appuyer sur une canne bien visible sur la plupart des photographies.
 
Philippe Leclerc de Hautecloque avec sa canne
Philippe Leclerc de Hautecloque avec sa canne © Musée de la Libération de Paris - Musée du général Leclerc - Musée Jean Moulin

Le temps passe. Pas rancunier, le capitaine désormais affecté à l’École de Guerre de Paris, ne rate jamais une occasion de venir à Saint-Cyr pour monter son cheval. Le quadrupède, véritable crack des champs de courses, est devenu célèbre en remportant quantité d’épreuves. Une notoriété qui le rend trop précieux et lui offre le privilège de ne pas être "mobilisé" lorsque la guerre éclate en 1939.


Iris XVI le cheval rebelle

Hélas, après la ruée allemande sur la France en Mai 1940, les événements vont se précipiter. Le 14 Juin, quelques heures après le défilé des premières troupes nazies dans Paris, un détachement de cavalerie allemande investit l’école de Saint-Cyr. L’officier qui commande cette unité fait une demande dès son arrivée : "Vous avez dans vos écuries un cheval excellent nommé Iris XVI. Ce cheval a battu le mien lors d’une course. Allez me le chercher !"

Un vieux palefrenier se contente de désigner le box. Un soldat allemand s’empare alors d’un licol et tente d’entrainer le cheval hors de l’écurie. Au moment où il franchit la porte, Iris XVI lui décoche un magistral coup de sabot. L’homme s’écroule, tué net.

Fou de rage, l’officier ordonne : "Mettez ce cheval au mur et amenez douze hommes ! Ce cheval sera fusillé pour rébellion". Quelques minutes plus tard, un peloton est formé. L’ordre est exécuté. Ainsi meurt le cheval du futur Maréchal Philippe "Leclerc" de Hautecloque. Apprenant la disparition de son cher compagnon, celui-ci aurait déclaré : "Il était aussi patriote que moi".

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En Novembre 1944, le capitaine de la Horie, officier de la deuxième DB commandée par Leclerc, est tué devant Strasbourg. La Jeep dans laquelle il avait pris place portait, inscrit sous son pare-brise, le nom d’Iris XVI.
Jamais notre héros picard n’oubliera son cheval.
 
Peinture représentant Iris XVI, dans le cabinet de travail du château de la famille de Hautecloque
Peinture représentant Iris XVI, dans le cabinet de travail du château de la famille de Hautecloque © Jean-Paul Delance - famille de Hautecloque

Un tableau peint l’année même de l’entrée en guerre, le représente. Il figure encore aujourd’hui en place d’honneur dans le cabinet de travail du château familial de Tailly-l’Arbre- à- Mouches, près d’Amiens.
 
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