Un hêtre de 432 ans abattu à Eu

Ce hêtre planté par le Duc de Guise avait plus de quatre siècles. L'abattage va prendre plusieurs jours. / © J. ROESER/FTV
Ce hêtre planté par le Duc de Guise avait plus de quatre siècles. L'abattage va prendre plusieurs jours. / © J. ROESER/FTV

Rongé par un champignon, le Guisard, un hêtre de 432 ans planté à Eu (76) va être abattu ce mardi : cet arbre de 35 mètres de haut menace en fait de tomber. 

Par Jennifer Alberts et Baptiste Cogitore

Un abattage et un crève-coeur
Il est ainsi nommé en hommage au bâtisseur du château voisin, le Duc de Guise. Le Guisard a été planté en 1588 près du château de Eu (76). Ce hêtre a donc aujourd'hui 432 ans. C'est une institution dans la commune, un membre à part entière de la communauté.

Mais depuis plusieurs années, un champignon le ronge de l'intérieur. Jusque là rien de grave. Mais le 2 février dernier, des observateurs ont remarqué que son tronc se fissurait : les 35 mètres de haut du Guisard ne devraient pas tarder à s'effondrer. 

Trop dangereux pour le maire d'Eu, qui a décidé de prendre les devants et de le faire abattre. Mais c'est la mort dans l'âme qu'il a dû opter pour cette solution. L'abattage commence ce mardi et devrait se poursuivre jusqu'à jeudi. Une cérémonie d'hommage était organisée ce matin en présence de nombreux Eudois et Eudoises. Une gerbe a même été déposée au pied du chêne.

La municipalité envisage la construction d'un mémorial à l'emplacement qui a vu le Guisard prospérer pendant 432 ans. Des morceaux de l'arbre pourraient également être distribués à la population.

Abattage d'un hêtre de 432 ans à Eu (76)
Avec : Quentin Bigot, arboriste Grimpeur - Le savoir Vert ; Yves Derrien, maire de la commune d'Eu - M-Ch. Perrier / J. Roeser /N. Duchet

Le label "Arbre remarquable"
Depuis l’an 2000, l’association « ARBRES » attribue un label pour tenter de protéger et de valoriser au mieux des arbres particulièrement importants. Leur histoire, leur âge, leur rareté ou encore leurs dimensions sont autant de critères. En partenariat avec l’Office national des Forêts (ONF) et les conseils départementaux, l’association tente de tenir à jour les inventaires de ce patrimoine vert. Elle ne distingue pas les arbres se trouvant sur les parcelles privées de ceux qu'on croise dans les forêts domaniales.

« Ce label n’a pas de valeur juridique à ce jour », nuance toutefois Francis Caquineau, correspondant de l’association en Picardie. Pourtant, la loi tente depuis longtemps de protéger les beaux arbres anciens : en 1930, une loi sur les paysages et les sites pittoresques les « classait » en tant que « monuments naturels », comme on classe aujourd’hui les monuments historiques. Mais elle fut assez vite abandonnée, devant les difficultés que représentait la préservation d’objets vivants. « C’était trop contraignant », résume Francis Caquineau.

Forêts publiques et forêts privées
Aujourd'hui, c'est l'Office national des Forêts (ONF) qui gère pour l'Etat les forêts publiques du pays. L'ONF est chargé de la surveillance et de la conservation des arbres remarquables des forêts domaniales, communales, ou encore des collectivités. De fait, l'Office protège ces arbres précieux et ne les fait abattre qu'en cas de nécessité : pour éviter les accidents ou la propagation de maladies. En revanche, sa mission ne concerne pas les arbres qui se trouvent sur les quelque 11 millions d'hectares de forêts privées du pays, régies par un autre organisme : le Centre national de la propriété forestière (CNPF), décliné en centres régionaux. La protection des arbres remarquables privés est alors régie par le code de l'urbanisme, qui contrôle les abattages. 

Le plus vieil arbre de France
La Picardie peut prétendre détenir le plus vieil arbre de France. Dans la forêt de Compiègne, la troisième plus grande forêt domaniale de France et l'une des plus anciennes, se trouve un chêne qui fut planté par les moines de l’abbaye de Saint-Jean sous le règne de Saint Louis. Il aurait donc entre 750 et 800 ans. La forêt de Compiègne compte en outre une douzaine d'arbres remarquables labelisés par l'ONF.
Le chêne Saint-Jean, dans la forêt de Compiègne, en 2014. / © Eric Thiefine /CC-Wikimedia
Le chêne Saint-Jean, dans la forêt de Compiègne, en 2014. / © Eric Thiefine /CC-Wikimedia

Le tilleul de Frémontiers (80) lui aussi menacé
Rongé par des champignons, ce tilleul date de 1848 et est en train de dépérir « de façon irrémédiable », selon Francis Caquineau, de l’association ARBRES. Il s’agit d’un « arbre de la Liberté », qui fut planté lors de la IIe République, à la fin de la Restauration. Cette tradition française remonte à la Révolution, qui fit de l’arbre l’un des symboles du régime républicain. On le trouve toujours sur les pièces de monnaie de deux euros.

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