"Pour un #MeToo politique" : 286 femmes politiques refusent de voir des agresseurs sexuels aux élections 2022

Publié le Mis à jour le
Écrit par Yacha Hajzler
Une session de Questions au Gouvernement, en juillet 2019.
Une session de Questions au Gouvernement, en juillet 2019. © ALEXIS SCIARD / MAXPPP

Elues, collaboratrices, militantes... 286 femmes signent dans le Monde une tribune refusant de faire de la place pour les agresseurs sexuels lors des élections présidentielle et législatives de 2022. Parmi elles, 14 personnalités politiques des Hauts-de-France.

Le cinéma, la musique, le journalisme... A quand un #MeToo politique ? C'est la question que posent 286 femmes engagées en politique dans une tribune parue lundi 15 novembre dans le Monde"Elues, collaboratrices, fonctionnaires, responsables associatives, militantes" : toutes celles qui côtoient régulièrement les hommes politiques appellent à un profond changement de mentalité. 

"Qu'est devenue la grande cause du quinquennat ?"

Laurence Rossignol, ancienne ministre, sénatrice de l'Oise et vice-présidente PS, connue pour son engagement féministe, a apposé sa signature au bas du texte. "Les femmes signataires de cette tribune se connaissent, ont l'habitude de travailler ensemble et connaissent la nécessité de s'exprimer et de se soutenir. Il n'y a que des femmes qui partagent la nécessité de lever l'omerta sur les violences sexuelles, partout d'ailleurs."

Rédigée par Fiona Texeire, conseillère à la mairie de Paris, le texte demande aux partis de regarder la réalité en face. "Au sein du Parlement, des mairies, des conseils départementaux et régionaux, des hommes mis en cause, parfois condamnés, pour viol, pour agression sexuelle, pour atteinte sexuelle sur mineur, pour violences conjugales sont élus, malgré les discours affichés sur la lutte contre les violences faites aux femmes, malgré nos alertes répétées. Qu’est devenue la grande cause du quinquennat ?".

Marine Tondelier (EELV) est conseillère régionale des Hauts-de-France, conseillère dans l'opposition municipale à Hénin-Beaumont et signataire de la tribune. "Plus on en parle, plus on aide les victimes à savoir qu'elles ne sont pas seules. Les femmes qui pourraient les subir à l'avenir auront peut-être les bons réflexes. Mais l'idée, c'est surtout que les hommes changent : cela ne repose pas sur le comportement des femmes. Il s'agit de faire vivre ce sujet dans le paysage médiatique, de continuer à dire que c'est un problème, de ne pas se taire. Ceux qui choisiront en dernière instance, ce sont les électrices et électeurs, et il me semble d'autant plus important de faire vivre le débat."

Députés, candidats : loin d'être exemplaires

Le texte le souligne : déjà trois candidats à l'Elysée sont cités dans des témoignages d'agressions sexuelles. "Cela ne les empêche pas, loin de là, de considérer qu’ils sont dignes d’occuper la magistrature suprême. C'est dire à quel point la condition des femmes et des victimes leur est indifférente."

C'est le cas par exemple de Jean Lassalle, également député, accusé d'agression sexuelle par une ancienne attachée parlementaire. De nombreuses femmes ont ensuite dénoncé auprès de Médiapart des comportements inappropriés. C'est également le cas de François Asselineau, mis en examen pour harcèlement et agressions sexuelles. Eric Zemmour est également accusé d'agression sexuelles par plusieurs femmes. Aucun de ces candidats n'a encore atteint les 500 parrainages nécessaires à une candidature officielle.

"Est-ce qu'il est logique qu'ils puissent se présenter ? Il est important de poser la question sur la place publique, en tout cas. Ce devrait être une casserole accrochée en permanence à leur veston, qui fait du bruit chaque fois qu'il font un pas", cingle Laurence Rossignol.

Du côté des députés, les cas les plus médiatisés ont été celui de Christophe Arend, accusé en 2017 d'agression sexuelle par son ancienne assistante parlementaire, et celui de Benoît Simian. L'élu est depuis plusieurs mois sous le coup d'une enquête pour "harcèlement moral par conjoint". En décembre 2020, le bureau de l'Assemblée Nationale avec refusé la levée de l'immunité parlementaire demandée par le parquet de Bordeaux.

"Des agresseurs parmi ceux qui écrivent la loi"

Plus préoccupant encore : en 2017, Marine Tondelier révèle l'existence d'une "liste noire" de députés. Ce n'est pas un document écrit, mais des conseils qui circulent entre les collaboratrices de l'Assemblée. "On savait qu'il ne fallait pas prendre l'ascenseur avec eux", disait celle qui a exercé comme assistante parlementaire.

"A quand une libération de l’écoute, une réelle prise en compte dans les partis politiques ? Quand les directions, les commissions d’investiture écouteront-elles les élues, les collaboratrices, les militantes, les citoyennes qui dénoncent des insultes sexistes, des mains au fesses, des “gros lourds tactiles”- doux euphémisme pour évoquer des agresseurs sexuels (...) ?" interrogent en réponse ces 286 femmes engagées en politique. 

Aujourd'hui signataire de la tribune, Marine Tondelier abonde. "La politique a un devoir d'exemplarité. On parle beaucoup dans cette tribune des élections législatives, ce sont ces personnes élues qui écriront nos lois. On sait que nos lois sont problématiques : ce n'est pas un hasard si seulement 12% des victimes de viol déposent plainte et que seuls 1% des agresseurs sont condamnés. Si on désigne des agresseurs parmi ceux qui écrivent la loi, c'est forcément un problème."

Laurence Rossignol le confirme : les législatives, plus que la présidentielle, constitue le véritable enjeu. "Le but de cette tribune c'est qu'avant les désignations auxquelles les partis procèderont aux élections législatives, ils intègrent dans leurs critères de choix les accusations ou condamnations pour les violences faites aux femmes, comme on exige la probité financière."

Le sexisme, cette vieille tradition politique

Dans son "état des lieux du sexisme en France" 2020, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes consacre un chapitre au sexisme en politique, domaine identifié comme une "chasse gardée masculine". Les chiffres, d'abord, sont parlants : 84 %  des maires et 92 % des présidents d’intercommunalités sont des hommes. Idem pour les présidents de conseils régionaux (83%) et les sénateurs (68%). 

"La parité ne doit pas se limiter à une parité comptable. Elle doit également permettre de s’interroger sur les conditions de travail, sur le partage des tâches, sur les stéréotypes sexistes, et sur l’ensemble des obstacles structurels qui empêchent les femmes de pouvoir pleinement exercer les fonctions à responsabilités pour lesquelles elles sont aussi compétentes que les hommes" exhorte le rapport.

Marine Tondelier confirme. "Le milieu politique envoie encore 'image d'une atmosphère très masculine. Pour nos enfants, pour nos filles, est-ce que c'est ce qu'on veut leur montrer ? Dans le conseil de défense, le bureau des Assemblées, la parité n'existe pas. On fait de la place aux femmes sur les postes moins prestigieux, parce qu'on est bien obligé. Les partis préfèrent payer des milliers d'euros d'amendes plutôt que d'appliquer la parité. En termes d'éducation civique, de signal envoyé à la société, ce n'est pas l'idéal."

En effet, le rapport étrille le "fratriarcat politique" et liste des dizaines de fonctions qui n'ont jamais été à ce jour occupés par une femme : la présidence de la République, la présidence de l’Assemblée Nationale, du Sénat, Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE),  de la cour des comptes, la direction de l'INSEE, la vice-présidence du Conseil d’État, et la préfecture d’Ile-de-France. Ce n'est que la liste qui concerne les institutions publiques. 

"Il y a 30 ou 40 ans, quand une femme était victimes de violences conjugales, c'était une affaire privée. Et c'était un peu la même chose pour les rapports entre un parlementaire et une collaboratrice : quand la porte du bureau était fermée, ça ne regardait plus personne. Tout cela évolue considérablement, mais lentement, et à quel prix ?" presse la vice-présidente du Sénat Laurence Rossignol, engagée en politique depuis les années 1980. 

Pour autant, "le seuil de tolérance a considérablement diminué. Les femmes qui dénoncent des comportements sont davantage prises au sérieux, et les comportements déplacés - quand il ne s'agit pas d'infractions pénales - font plus souvent l'objet de rappels à l'ordre. Heureusement que toute cette énergie, cette souffrance pour les femmes qui parlent, font évoluer les comportements !" Avec elle, les 285 autres signataires de la tribune ont fait le même voeu.

Liste des signataires dans les Hauts-de-France : 

Karima Delli députée européenne ; Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise et VP du Sénat ; Sandrine Rousseau, membre d’EELV et vice-président de l’université de Lille ; Marie-Christine Blandin, ancienne sénatrice du Nord ; Virginie Ardaens, maire de Fayet (Aisne) ; Nathalie Bernard, militante Génération.s (Nord) ; Sophie Desreumaux, conseillère municipale à Caudry et secrétaire fédérale à l'égalité femme/homme du PS Nord ; Marianne Duvoux, conseillère de quartier à Lille ; Aneth Hembert, membre du bureau exécutif fédéral chez les Jeunes écologistes à Lille ; Marie Caulette, conseillère municipale à Arras ; Anne Mikolajczak, conseillère départementale à Lille ; Evissi-Kouva Okiemy coordinatrice de comité Génération.s dans le Valenciennois ; Marine Tondelier conseillère régionale et trésorière EELV ; Caroline Varlet-Chénot, conseillère départementale de l’Aisne ; Laty Vuylsteker, conseillère régionale. 

 

 

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