À Amiens, la façade de l'usine Cosserat classée Monument historique s'effondre durant les travaux de réhabilitation

À la place de l'ancienne usine de textile Cosserat à Amiens, un vaste projet de logement et commerces est en cours. Alors que les ouvriers procédaient au démontage de la toiture, une partie de la façade, classée Monument historique, s'est effondrée.

Lors des travaux de la toiture, une partie de la façade de l'usine Cosserat à Amiens, classée Monument historique, s'est effondrée
Lors des travaux de la toiture, une partie de la façade de l'usine Cosserat à Amiens, classée Monument historique, s'est effondrée © Joël Ibled

C'est en rendant visite au patron de l'usine voisine que Joël Ibled s'est arrêté par hasard devant l'ancienne entreprise textile où il travaillait. "J'ai vu qu'ils étaient en train de démonter ce qu'on appelle la salle des 500 métiers, il n'y avait déjà plus de toit et une partie du mur s'est effondrée", raconte-t-il. 

Aujourd'hui, l'usine Cosserat, une institution à Amiens, connue pour la fabrication du velours et fermée en 2012, est en pleine réhabilitation. Une partie du site, propriété d'industriels allemands, la famille Criegee, a été vendue à un promoteur en 2019. Un vaste projet de logements, commerces et activités multiples est en cours. 

Les travaux en cours dans la salle des 500 métiers
Les travaux en cours dans la salle des 500 métiers © Joël Ibled

Des travaux délicats à mener sur ce site chargé d'histoire et dont plusieurs bâtiments sont classés aux Monuments historiques depuis 2001. "Ce sont quand même des bâtiments qui sont plus que centenaires, avec des constructions de l'époque, donc si on commence à toucher à quelque chose, c'est comme un château de cartes", déplore Joël Ibled.

Dans la salle des 500 métiers, l'une des plus grandes de l'usine, la toiture classée Monument historique a été démontée. Et c'est durant ce démontage qu'une partie de la façade s'est effondrée. "La Conservation régionale des Monuments historiques a été informée de cette situation depuis l’effondrement du mur la semaine dernière, affirme les services de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Les architectes ont été saisis pour la mise en sécurité du site qui doit intervenir rapidement."

Les travaux sous contrôle

Ceci étant, d'anciens salariés de l'usine s'inquiètent pour l'ensemble des autres structures. "C'est vrai qu'il fallait faire quelque chose de ces bâtiments, parce qu'ils sont en très mauvais état, mais bon il ne faut pas faire n'importe quoi. Ce qui me fait peur, c'est la continuité du mur, s'ils ne font rien et s'ils ne protègent pas, ça va tomber surtout avec les intempéries que l'on a en ce moment", alerte l'ancien responsable maintenance et travaux, salarié durant 34 ans à l'usine Cosserat. 

Sur cette partie du site, subsiste la salle des machines."C'est une salle de 18 mètres de haut qui est magnifique, il y a des décorations en staff. C'est un bijou !, décrit-il. Cette salle est prévue pour être transformée en loft. Je pense que c'est dommage, il aurait fallu la laisser dans son intégrité avec la verrière devant qui est superbe."

Devant l'entrée, existent également deux baraquements en bois. "J'ai fait des recherches, ce sont deux baraquements en bois américains qui datent de la Première Guerre mondiale, indique Louis Teyssedou, professeur d'histoire géographie au lycée professionnel Edouard Gand à Amiens. Ils sont très endommagés, mais c'est la dernière trace de la présence américaine à Amiens. Ce serait dommage de les voir détruits."

Contactée, la mairie assure que l'ensemble des travaux est sous le contrôle de l'Etat. "Comme ce sont des bâtiments classés, les travaux sont surveillés par la DRAC et sous le regard de l'architecte des bâtiments de France, donc tout est encadré", affirme Annie Vernier, adjointe au maire responsable de l'urbanisme et des espaces urbains. 

200 ans d'histoire

Avec ces travaux, c'est surtout une page de l'histoire de l'usine qui se tourne. "Cette partie de l'usine a été rachetée par un promoteur, il va y avoir un nouveau quartier. Le site va être transformé, c'est une réutilisation et c'est comme ça, le seul souci que l'on a c'est que culturellement, il ne se passe pas grand chose", regrette Louis Teyssedou. 

En fin d'année dernière, le professeur histoire géographie a eu l'idée de monter un projet pédagogique avec ses élèves de Première : partir à la découverte de l'usine Cosserat et de son passé industriel. Leurs recherches ont été par la suite regroupées dans un livre édité en décembre. "Il n'y a tellement à dire sur cette usine, affirme Louis Teyssedou. C'est un des cinq sites européens industriels les plus importants au niveau patrimoine. Et il y a ça à Amiens !"

L'usine Cosserat, fondée en 1794, a construit sa renommée grâce à la production de velours durant plus de 200 ans. Les bâtiments du site, construits au XIXe siècle, demeurent les vestiges de cet essor industriel. Au plus haut de sa productivité, elle employait 1100 personnes sur le site d'Amiens et 300 sur le site de Saleux. Mais avec la concurrence venue des pays asiatiques, l'entreprise n'est pas parvenu à maintenir sa production. "Ils se sont redressés dans les années 80-90 en allant vers le luxe et puis après ça a été racheté et c'est tombé comme beaucoup d'usines", indique Louis Teyssedou. 

Placée en redressement judiciaire en 2004, une partie du site a été rachetée par la famille Criegee. L'autre appartient à la mairie. L'usine fermera définitivement ses portes en 2012. "J'y suis retourné, confie Joël Ibled, je suis rentré dans des bâtiments où j'ai retrouvé des massifs en béton de machines que j'avais installées. C'est vrai que cela fait mal au cœur parce que c'est une page importante de la vie qui s'est tournée."

Lors du bicentenaire de l'usine, en 1994, l'ancien salarié se souvient d'une grande fête avec des expositions et des visites guidées. "Énormément de gens sont venus, même des gens de loin. On avait donc continué à proposer des visites, tous les ans lors des journées du patrimoine. C'est la preuve que ça intéresse les gens, affirme-t-il. L'entreprise a malheureusement fermé, comme d'autres. Mais il faut tout faire pour garder ce patrimoine-là. Un jour, il n'existera plus."

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