Amiens : le vendeur de matelas ambulant ne dormira pas en prison

Il s’exposait à 3 ans de prison, une amende salée et la confiscation de ses biens pour des montants dépassant le million d’euros. Finalement, le vendeur de matelas ambulant évite la prison, mais la justice reconnaît ses méthodes musclées.

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © Thomas Samson / AFP Photo

Un coffre-fort contenant plus d’un million d’euros, des matelas et des armes. Voilà les ingrédients qui vont faire de l’interpellation de M. François, en 2015, une affaire sensible. Lui, se présente comme un vendeur ambulant de matelas, membre de la communauté des gens du voyage, "un travailleur", répète-t-il.

Un peu trop au goût des enquêteurs qui vont découvrir un patrimoine considérable pour une famille au RSA. Entre les terrains, les véhicules, les comptes en banque et les liquidités, leur fortune patrimoniale s’établit à 2 millions d’euros.

Les terrains sont au nom de la femme. Le coffre-fort et une moto, au nom de la fille. Les enquêteurs y voient une escroquerie familiale. Au final, à l’audience du 11 juin, les mots claquent, le vendeur de matelas et sa famille doivent répondre de : "blanchiment, escroquerie et association de malfaiteurs". 
 

Que leur reprochait-on ?

C’est une plainte d’un octogénaire qui va mettre les enquêteurs sur la piste. Deux hommes se seraient présentés chez lui comme des agents de la préfecture, en charge de vérifier l’état des literies. Evidemment, c’est une couverture bidon. Ils vont imposer au vieil homme un changement de matelas, et le facturer sur le champ. À partir de cette alerte, plus de 800 clients vont être contactés, entre l’Aisne et la Somme. 151 d’entre eux iront jusqu’à déposer une plainte.

Tous décrivent des méthodes "musclées". Un jour, le père de famille et son fils se présentent chez une dame. Six mois plus tôt, ils lui ont déjà vendu un matelas. Mais le marchand est formel : il se creuse, il faut le changer. Contre argent. Ils iront jusqu’à repasser quatre ou cinq fois chez des personnes qui semblent vulnérables.
 

Un ciblage des victimes ?

À l’audience, un des avocats des plaignants parlera de stratégie : "Vous repérez les personnes diminuées, les infirmes, vous les ciblez. En prétendant que leur literie est néfaste pour la santé et que seule la vôtre peut les soigner." Plus c’est gros, plus ça passe. Plusieurs témoins affirment que les vendeurs se vantaient d’avoir des matelas recommandés… par la NASA, l’agence spatiale américaine.

Ils sont nombreux à se dire victime d’une expérience traumatisante. Sans leur accord, les vendeurs se seraient introduits dans les chambres, et auraient manu militari jeté leur matelas par la fenêtre. En imposant le leur, contre rémunération immédiate. Une pratique interdite. Les démarchages à domicile doivent respecter un délai pour encaisser une vente, à l’époque, il était de 7 jours. Les réquisitions du procureur sont lourdes : trois ans de prison dont un an ferme à l’encontre du père de famille, ainsi que des amendes de 15.000 et 5.000 euros pour sa femme et sa fille. Et une interdiction à vie de gérer une activité commerciale ambulante.

 

L’affaire se dégonfle

Ce jeudi 2 juillet, revirement total au palais de Justice d’Amiens. Les juges ont une autre lecture des faits. D’abord, il n’est plus question d’escroquerie, de blanchiment et d’association de malfaiteurs. Les faits sont pour l’essentiel requalifiés en "pratique commerciale trompeuse". Un changement de terme qui change toute la peine.

La fille et la mère sont relaxées pour l’essentiel. Seule va rester une déclaration mensongère, pour avoir perçu le RSA. Pour le père de famille, une condamnation à 18 mois d’emprisonnement, avec les aménagements et du sursis, il échappe à la détention. L’équivalent de 300 000 euros sera saisi, le reste de son patrimoine lui est rendu. Un jugement qui lui rend une partie de son honneur. Mais ne lui évite pas un contrôle de l'administration fiscale qui s'intéresse d'ores et déjà à son cas.

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