Braquage du casino de Cayeux-sur-Mer : le "clan Faller" comparaît devant la justice

Six personnes comparaissent jusqu'au 30 mars devant la cour d'assises d'Amiens pour le braquage du casino de Cayeux-sur-Mer (Somme) en septembre 2016. Mis en cause, quatre membres de la même famille de gens du voyage, dont la cour s'est employée à comprendre les liens pour cette première journée d'audience, ce 23 mars.

Pour la première journée du procès du braquage du casino de Cayeux-sur-Mer (Somme), la cour d'assises de la Somme s'est attachée à définir le "clan Faller". Parmi les six accusés se trouvent en effet quatre membres d'une même famille de gens du voyage, sédentarisée dans le Vimeu, dans la Somme : les frères et sœur Anthony, John et Cynthia Faller, ainsi que leur cousin Frédéric.

"Je parle de clan car ils ont l'air très soudés entre eux, j'ai eu des difficultés, chez les proches que j'ai interrogé, à avoir des éléments négatifs sur la personnalité de chacun d'entre eux. Ils semblent faire preuve de protection les uns les autres", explique une enquêtrice de personnalité entendue en visio-conférence depuis Lille. Elle souligne le fait que les Faller ont évolué en relatif isolement et considèrent que les femmes ne doivent pas avoir d'activité professionnelle.

"Qu'est ce qui vous fait parler de « clan » ? Frédéric et Anthony habitent sur des terrains proches, mais les visites n'étaient pas nombreuses pour autant avant les faits," corrige le conseil de Frédéric Faller. "Ce que vous appelez « clan », c'est la vision qu'on a de la famille," se défend son client, 47  ans, tatouage de croix sur l'avant-bras.

Une vie isolée ?

"On me fait passer pour un féministe... Non, un macho, excusez-moi, se corrige Anthony Faller, 42 ans et l'aîné de sa fratrie, recouvert d'une imposante veste en cuir, les cheveux tirés en arrière. J'acceptais que ma compagne fasse des gardes d'enfant à domicile, mais elle a compris que ça ne me plaisait pas. Je suis dans la protection, je suis très inquiet lorsque ma femme rentre tard. Alors oui, je lui mets des coups de pression pour qu'elle rentre," raconte l'accusé de 42 ans, père de cinq enfants.

"À l'école, c'était difficile de s'adapter. Il y avait cette étiquette de gens du voyage – dès qu'il y avait un truc volé, on nous accusait – mais aussi le fait qu'on déménage tout le temps, on suivait pas le programme à l'école. Du coup j'ai pris l'habitude de ne pas m'attacher aux gens", explique John, son petit frère qui, comme les autres hommes Faller, a abandonné l'école rapidement puis connu une instabilité professionnelle.

Au volant en pyjama

"C'est un malentendu," résume Cynthia Faller, sixième et dernière accusée entendue par la cour, qui est accusée d'avoir convoyé les braqueurs. "J'ai pris la route en pyjama et en peignoir Snoopy. J'ai une voiture orange fluo en plus. (…) Je les ai emmenés, mais je savais pas pourquoi," ajoute-t-elle. Aujourd'hui âgée de 35 ans et enceinte de son quatrième enfant, elle comparaît sous contrôle judiciaire.

Les hommes du "clan Faller" sont accusés, avec Aurélien Segard, d'extorsion par arme, séquestration des employés du casino, destruction par incendie de la voiture d'un d'eux et association de malfaiteurs. Pour ces faits, qui datent du 19 septembre 2016, ils encourent 30 ans de réclusion criminelle. Placés un an en détention provisoire entre 2018 et 2019, ces quatre braqueurs comparaissent aujourd'hui libres sous contrôle judiciaire. Cynthia Faller et Arnaud Lepère, ex-salarié de la salle de jeux, doivent répondre de complicité pour l'extorsion et la séquestration. 50 000 euros avaient été dérobés ce soir-là.

Les externes au clan

Puis la cour s'intéresse au rôle d'Aurélien Segard, seul braqueur extérieur au "clan Faller". Âgé de 35 ans, piercing au septum et vêtu d'un large sweat à capuche khaki, l'accusé a la voix étouffée par l'émotion. "Il a passé un an en détention et a subi des pressions de la part de la famille. Il est terrifié de la décision que va donner la cour à l'issue du procès," confie son avocate, Me Messaouda Yahiaoui. Après une enfance chaotique due à un père violent, il a lui aussi connu des échecs professionnels successifs et souffrait de problèmes financiers de dépendance à l'ecstasy au moment des faits.

Aurélien Ségard a connu John Faller car leurs compagnes respectives sont sœurs. Le voyant continuer à pleurer à la barre, le président s'impatiente. "J'ai eu peur de dire non," souffle-t-il entre deux sanglots. Je sais pas ce que je fais dans cette affaire, je suis pas comme ça, moi," ajoute-t-il en réponse à l'avocat général.

La "peur du gitan"

Arnaud Lepère, grand homme de 36 ans vêtu d'un polo vert clair, s'avance ensuite à la barre. L'ex-employé du casino est accusé d'avoir aiguillé l'équipée dans son braquage. D'une voix rauque et empreinte de confiance, il adopte un discours d'empathie vis-à-vis des ses ex-collègues, les faisant parfois lever les yeux au ciel. « Ils m'ont sauvé la vie, » confie celui qui a vécu une période de toxicomanie après une enfance marquée par un père schizophrène qui s'est ensuite donné la mort.

L'accusé explique qu'il a toujours vécu "dans la peur du gitan" et qu'il a agit sous contrainte des frères Faller, dont il a fait connaissance grâce à leur jeune sœur qui venait jouer au casino de Cayeux. "C'est passé à ça qu'on se mette ensemble avec Cynthia, signale Arnaud Lepère, mimant un geste de la main. Mais j'étais pas prêt à me remettre avec quelqu'un. Mais je savais que si je lui brisais le cœur, je suis sûr qu'on allait me briser la tête," souligne-t-il, provoquant un rictus d'exaspération chez John Faller.

"Je pense à ces gens à qui j'ai fait du mal, à mes enfants à qui j'impose des parloirs. Je mérite ce qu'il m'arrive," confie le doyen des accusés en s'excusant, lorsque la cour évoque ses tentatives de suicide en milieu carcéral. « Mon client a subi un gros choc psychologique et tente encore aujourd'hui de se reconstruire. Il a tout de même eu un pistolet braqué sur la tempe pendant une demi-heure, au milieu de braqueurs amateurs qui parfois paniquaient. On se demande à tout moment si ça va déraper, décrit Me Gabriel Attia, conseil de Romain Gillard, responsable du casino le soir des faits. Aujourd'hui, c'est un grand soulagement pour lui que ce procès s'ouvre, plus de six ans après les faits."

La deuxième journée du procès, vendredi 24 mars, se concentrera sur le soir des faits, par le témoignage des accusés dans la matinée puis des enquêteurs l'après-midi. Le procès se poursuit jusqu'au 30 mars 2023.