Coronavirus : la nature reprend-elle vraiment ses droits ? L'avis de l’ornithologue picard Philippe Carruette

Des oies cendrées dans le parc du Marquenterre (photo d'illustration). / © Benoît Henrion
Des oies cendrées dans le parc du Marquenterre (photo d'illustration). / © Benoît Henrion

L'homme, contraint par la crise sanitaire à rester chez lui, a disparu d'une partie des espaces naturels dont la faune peut désormais disposer librement. Pour autant, il n'est pas certain que le monde animal en tire profit sur le long terme.

Par Boris Granger

Depuis un peu plus d'une semaine, la France est en confinement. Cela n'aura échappé à personne, pas même aux animaux qui, profitant de cette baisse d'activité inattendue, pourraient bien se satisfaire de la disparition de l'homme d'une partie de leur habitat. Pas sûr, nous dit Philippe Carruette, ornithologue et responsable pédagogique du suivi naturaliste du parc du Marquenterre, en baie de Somme. Ce passionné d'éthologie et de gestion des milieux naturels s'explique :

Le confinement va-t-il permettre aux animaux de nos régions de reprendre leurs droits ?

"C'est une question qu'on m'a beaucoup posée ces derniers jours. Mais il est encore trop tôt, après une semaine de confinement, pour y répondre. Globalement, je ne pense pas que cette baisse d'activité humaine change la donne, sauf si elle devait se prolonger de manière importante.

Après un mois de confinement, je doute que les changements soient significatifs. Ils pourraient même s'avérer négatifs à court terme, car de nombreuses espèces vont s'habituer à la baisse de fréquentation des routes qu'elles traverseront plus souvent. Mais en baissant leur niveau de vigilance, elles s'exposent à un risque accru d'accident lorsque l'activité reprendra et que les véhicules se remettront à circuler comme avant.
"

Cette absence temporaire de l'homme dans les milieux naturels ne sera donc pas particulièrement bénéfique à la faune ?

"De manière générale, ce n'est pas vraiment la présence de l'homme qui gêne les animaux mais plutôt son comportement. En fait, on constate qu'il suffit d'une personne perturbatrice pour causer un dérangement important de la faune.

Au parc du Marquenterre, on accueille environ 180 000 visiteurs par an et on le voit bien : la majorité des personnes essaient de se comporter correctement. Les individus qui ont l'attitude la plus anti-nature en sont conscients et je doute qu'ils soient arrêtés par le confinement.

Ce qui m'inquiète davantage, c'est plus l'absence de l'homme dans ses comportements positifs. L'agriculture est notamment un point clé dans la survie des écosystèmes et il est primordial qu'elle tienne bon.
"

Quels enseignements cette crise nous permettra-t-elle de tirer ?

"La pandémie n'aura de conséquences positives sur l'environnement que si elle nous permet de réfléchir à notre comportement vis-à-vis de la nature. Aujourd'hui, on constate que plus de la moitié des maladies émergentes proviennent de la faune sauvage - du pangolin par exemple - qui est souvent victime de braconnage et dont il est urgent de stopper le commerce.

Par ailleurs, il va falloir être très vigilant lorsque l'activité reprendra et, potentiellement, redoublera pour rattraper le retard accumulé, afin de ne pas polluer deux fois plus. Au niveau local, je pense que les gens seront prêts à encourager une agriculture raisonnée et respectueuse de l'environnement mais j'ai plus de doute quant à la mémoire collective à l'échelle mondiale.
"

Cette crise sanitaire mondiale est peut-être le bon moment pour une remise en question de nos modes de consommation. Mais seul l'avenir nous permettra d'observer les changements qu'elle aura produits chez l'homme.
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus