Coronavirus – "On va crever, c'est sûr" : le cri d’alerte des restaurateurs et patrons de bars en Picardie

L'hôtellerie et la restauration sont particulièrement touchées par la crise du Covid-19. Avec le confinement, 85% des professionnels du secteur ont complètement arrêté leur activité. Et à ce jour, ils n'ont aucune perspective de réouverture. Beaucoup sont très pessimistes et craignent la faillite.

À la mi-journée, les terrasses du quai Bélu à Amiens, habituellement bondées de touristes par beau temps, restent désespérément vides. Confinement oblige.
À la mi-journée, les terrasses du quai Bélu à Amiens, habituellement bondées de touristes par beau temps, restent désespérément vides. Confinement oblige. © Camille Di Crescenzo

Restaurateur et patron de bars depuis plus de 20 ans, Thierry Martin est pessimiste. Propriétaire ou gérant du Ad'hoc Café, du Baobar et du My Goodness, 3 établissement situés à Saint-Leu, le quartier touristique et festif d'Amiens, il voit l'avenir de la profession très menacé.

"5 mois de fermeture à 4000€, c'est déjà 20 000€ de dettes et ça, ce n'est que le loyer" déplore le propriétaire du Ad'hoc Café, place du Don à Amiens.
"5 mois de fermeture à 4000€, c'est déjà 20 000€ de dettes et ça, ce n'est que le loyer" déplore le propriétaire du Ad'hoc Café, place du Don à Amiens. © C. Di Crescenzo


Au point d'écrire au président de la République et au ministre de l'Economie : "Je leur ai envoyé un courrier parce qu'on va crever, c'est sûr ! Bruno Le Maire est tout le temps en train de dire 'il n'y aura pas de faillites'. Si, il y aura des faillites. Pas cette année mais il y en aura. Dans un an, 50% de notre profession sera sur le dos", prédit le restaurateur.

Thierry Martin poursuit : "Quand les petits auront tout perdu, des grands groupes opportunistes vont arriver et vont racheter les meilleures enseignes, les meilleurs endroits. Le consommateur lambda ne verra rien. Il ne se sera même pas rendu compte que là-dedans, il y aura des gens qui auront perdu de l'argent et fait faillite. Je ne pleure pas sur moi mais je n'ai pas envie de ça."
 

"Je ne suis pas sûr de pouvoir rouvrir"

Illustration, toujours à Amiens, avec Kristiyan Banchev qui a ouvert son restaurant, le Cheers, en novembre 2019. Il comptait sur les premiers mois de 2020 pour attirer les clients et commencer à rembourser son crédit. Mais la crise sanitaire a bouleversé ses plans.

"Je comptais faire du bénéfice à la fin de l'année mais là, comme on sera fermé pendant 5 mois, j'aurais travaillé toute l'année pour 0€" explique le patron du Cheers, place Parmentier à Amiens.
"Je comptais faire du bénéfice à la fin de l'année mais là, comme on sera fermé pendant 5 mois, j'aurais travaillé toute l'année pour 0€" explique le patron du Cheers, place Parmentier à Amiens. © C. Di Crescenzo


Fermé depuis le 15 mars, il a dû demander un fonds de solidarité qui se monte à 1500€ et contracter un prêt garanti par l’État : "On a eu 40 000€ accordés par la banque. J’ai pris ce crédit pour payer mes charges : le loyer, l’assurance et les frais bancaires. Mais  je ne vais tenir que jusqu’à fin mai. Pour juin-juillet, je n’ai pas de solution. Je me suis endetté mais je ne suis pas sûr de pouvoir rouvrir", explique le restaurateur.
 

"Ma trésorerie est au plus bas"

Co-gérant du Green Corner, un bar éco-responsable ouvert à Amiens en septembre 2019, Pierrick Bachelet vit lui aussi dans l'angoisse. Comme beaucoup de ses confrères, il comptait sur la belle saison pour faire tourner son établissement.

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📢 Suite à la décision de fermeture des cafés et restaurants, nous maintenons la vente de nos produits à emporter. Rendez-vous à partir de mardi, le midi entre 12h et 14h et le soir entre 18h et 21h. Vous retrouverez le croque-monsieur, la lunch box, les planches de fromages / charcuterie, les patisseries mais aussi toutes nos boissons avec ou sans alcool. Passez le message et à très vite ! 🥪🥯🧁🍺🥤

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Aujourd'hui, l'argent ne rentre plus mais les charges, elles, continuent de tomber : "Ma trésorerie est au plus bas. Les plus fortes charges sont le loyer qui est de 2500€ et l'Urssaf. J'ai avancé le salaire de mon employé. A ce jour, le chômage partiel du mois de mars n'a pas encore été remboursé. On ne creuse pas notre découvert mais les mois de juillet et août devront être exceptionnels pour pouvoir payer nos charges d'avril à septembre."
 

"L’objectif, c'est de tenir"

Si la plupart des commerces savent qu'ils vont pouvoir bientôt retrouver progressivement leurs clients à partir du 11 mai, les propriétaires de restaurants et de cafés ne savent toujours pas quand ils rouvriront. C'est cette incertitude qui inquiète Charles-Edouard Barbier, propriétaire de L’auberge Les Tilleuls, située à Heilles dans l’Oise.


Egalement vice-président départemental de l'Umih, l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie, il explique : "On est un secteur qui pèse presque 8% du PIB en France et pour autant on n'a aucun horizon de réouverture. On a été les premiers à fermer, on a bien peur d'être les derniers à rouvrir. L’objectif, c’est de tenir.

Charles-Edouard Barbier regrette que "le gouvernement ne propose que des aides sous forme de prêts. Des emprunts que nous devrons rembourser avec du chiffre d'affaire qu'on n'aura pas fait. La casse, c'est dans trois mois, quand il faudra payer les charges sociales."
 

Un peu d’optimisme

Une petite note d’optimisme dans ce tableau bien sombre ? Elle vient de Christophe Duprez, président de l'Umih dans la Somme et propriétaire du restaurant Le Quai et du bar Le Nelson à Amiens. Selon lui, "la prise en charge du chômage partiel a été remboursée pour un grand nombre de professionnels, et pour les autres, ce ne sera qu'une question de temps." 


Il reste d’ailleurs confiant pour les mois qui viennent : "On peut être tous inquiets, je peux l'entendre mais pour l'instant, l'accompagnement n'est pas si mal que ça. On ne pourra pas laisser tout le monde au bord du chemin. Je pense qu'il y aura des aides." 

Le président de l’Umih 80 se risque même à prédire une annulation totale des charges pour les professionnels du secteur : "Même si ce n'est pas encore officiel aujourd’hui, les charges ne seront pas à payer, selon moi. Aujourd'hui, on demande une année blanche complète au niveau des taxes. J'ai confiance en nos élus nationaux pour plaider cette bonne parole" avant de conclure : "dans tous les cas, il est clair que le plus dur reste à venir."

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