Cours en anglais : l'école et le collège Sagebien à Amiens, lauréats de la Journée nationale de l’innovation pédagogique

Lancé en 2015 à l’école Sagebien puis en 2018 au collège du secteur à Amiens, le projet "Je pense, j’apprends, j’enseigne en anglais en toutes disciplines" a remporté ce mercredi 7 avril le concours national de l’innovation pédagogique.

Des disciplines comme les maths, l'Histoire ou la physique-chimie sont enseignées en anglais. (illustration)
Des disciplines comme les maths, l'Histoire ou la physique-chimie sont enseignées en anglais. (illustration) © Bertrand Bechard / Maxppp

En septembre 2018, tous les élèves de 6e du collège Sagebien à Amiens bénéficiaient du dispositif "immersion en langue anglaise". À la rentrée 2021, tous les niveaux seront concernés, soit les 800 collégiens.

"C’est ce qui fait l’originalité de notre dispositif, explique Marie-Pascale Baronnet, principale du collège. On est monté en puissance progressivement. Pour 25 classes cette année, tous les élèves ont au moins deux professeurs qui peuvent faire de l’anglais dans leurs enseignements".

agebien Amiens

L’immersion consiste à donner des cours exclusivement en anglais aux élèves dans certaines disciplines en plus des heures d’anglais habituelles, soit 5h30 par semaine en sport, mathématiques, musique, physique-chimie, SVT et histoire-géographie.

Ce dispositif vient de remporter le concours de la 11e édition de la Journée nationale de l’innovation, organisé mercredi 7 avril 2021.

"Ce prix, c’est une reconnaissance du fait que les enseignants ont accepté de réfléchir à leurs pratiques et de les faire évoluer et c’est en ça qu’ils ont innové" explique Marion Dubois-Pager, l’inspectrice pédagogique régionale d’anglais.

Ce projet innovant est surtout la prolongation de l’immersion linguistique anglaise mise en place à l’école élémentaire Sagebien en 2015. Après six ans d’expérience, la directrice en tire un bilan plus que positif.

"C’est devenu complètement naturel pour les enfants. Ils sont toujours aussi motivés" constate Sophie Daire qui accompagnait à l’époque les enseignants dans leur Certification DNL (Discipline Non Linguistique) en anglais pour se mettre à niveau. Au fil des ans, ils ont pris en autonomie et affinent leur technique.

"Il y a eu des changements de pratique pour que ce soit plus ludique. Certains domaines nous paraissent plus compliqués. On se dit qu’on va peut-être aussi explorer d’autres disciplines, l’enseignement moral et civique pour le cycle 2 par exemple".

Dès 2015, le choix a été fait de répartir les élèves de l’école Sagebien dans toutes les classes du collège.

"Ils sont une cinquantaine sur 210" précise Marie-Pascale Baronnet. "Ce n’est pas une classe euro avec les petits de Sagebien. Ils sont moteurs au début et après, ça prend tout le monde".

"Quand ils arrivent en classe, ils ne savent pas toujours si le cours sera en anglais ou en français, poursuit Marion Dubois-Pager. Ça dépend de là où ils en sont dans les chapitres. Pour les élèves, ça a très vite été ordinaire voire banal et c’était l’objectif. On a plutôt tendance en France à faire du cours en anglais, c’est-à-dire la section européenne, une exception et l’idée c’était que l’exception devienne la règle".

Toutes les disciplines peuvent être abordées en anglais, pourvu qu’il y ait du sens à ce que les élèves apprennent. "Par exemple, certaines parties de l’histoire de France, il n’y a aucun intérêt à le faire en anglais. À chaque fois, on essaie de faire en sorte qu’il y ait un ancrage culturel. La conquête spatiale en sciences physiques, avec les États-Unis, on a beaucoup de documents très intéressants".

Des résultats encourageants

Le fait est que "les progrès sont là" affirme Sandrine Risbec, professeure d’anglais et coordinatrice du projet.

En mars dernier, les élèves de 4e ont été évalués sur leurs compétences linguistiques écrites et orales devant un jury d’intervenants extérieurs. Les résultats sont encourageants.

"Chez bon nombre d’élèves, on constate un niveau proche du niveau A2, voire B1 du cadre européen, détaille Marion Dubois-Pager. Le niveau A2, c’est le niveau qu’a un élève en fin de 3e s’il a 20 sur 20 et le niveau B1, c’est le niveau qu’on a en seconde ou en première mais là aussi quand on a 20 sur 20. Les élèves ne sont pas bilingues. Ce n’est pas l’objectif mais ils osent parler et se lancer. C’est un réel point positif ".

Les secrets de cette réussite sont peut-être liés au mode de fonctionnement. Le collège use de thèmes fédérateurs pour impliquer les élèves. Harry Potter pour les 6e, les détectives pour les 5e, les sportifs pour les 4e et "l’an prochain pour les 3e, ce sera le thème de l’engagement" annonce Marie-Pascale Baronnet. "Ce qui est important, c’est que ce n’est pas un fonctionnement figé. C’est tout le temps en expérimentation".

Avant la crise sanitaire, les 6e ont eu l’opportunité d’aller visiter les studios d’Harry Potter à Londres. Cette année, comme les élèves de 4e ne peuvent pas sortir, ce sont des sportifs qui viennent au collège. "Il y a eu la visite d’un joueur de cricket afghan, des hockeyeurs canadiens de l’équipe des Gothiques, un rugbyman sud-africain".

Donner du sens

Ouverture sur les autres, ouverture à l’international, à la culture anglophone, à toutes les cultures du monde. Avec ce projet, c’est toute une dynamique qui s’est créée au cœur de l’équipe enseignante. De 5, elle est passée à 11 professeurs qui ont relevé le défi. "Ça ne peut fonctionner que si l’équipe est en bonne concertation" souligne Marie-Pascale Baronnet.

"C’est une vraie prise de risques qu’ils ont su relever, constate Marion Dubois-Pager, en terme de maîtrise de l’anglais mais aussi de maîtrise des gestes professionnels. Un professeur devra préparer le cours en amont. Il se recentre sur l’essentiel de la discipline".

L’idée n’est pas de dupliquer Sagebien partout mais de s’en inspirer.

Marion Dubois-Pager

Le projet d’immersion en anglais fait des émules dans l’académie d’Amiens. 41 écoles, collèges ou lycées ont souhaité mettre en œuvre un dispositif d’immersion linguistique en langue anglaise en tenant compte des spécificités et de l’organisation de terrain de chaque établissement.

"Le jour où on n’en reparlera plus, on aura gagné" conclut Marion Dubois-Pager.

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