Le portrait de la semaine : Sophie de Butler, pédiatre et madone de l'allaitement

Sophie de Butler nous rassure. Rester calme en toutes circonstances est dans sa nature. Cette pédiatre amiénoise a vu le pire comme le meilleur, dans sa vie professionnelle comme privée. Elle est un modèle de résilience et un guide pour les familles qui la croisent sur le chemin de la maternité.

Sophie de Butler, Pédiatre, directrice médicale, consultante en allaitement à la maternité Victor Pauchet à Amiens
Sophie de Butler, Pédiatre, directrice médicale, consultante en allaitement à la maternité Victor Pauchet à Amiens © Sophie de Butler

Toujours en blouse blanche, jupe ou robe en dessous, question de féminité. Cela lui tient à cœur d’être "mignonne". Pédiatre, directrice médicale, consultante en allaitement à la maternité Victor Pauchet à Amiens, Sophie de Butler a trois métiers passion. Adolescente, elle voulait être sage-femme. Raté. "Cela ne tient à rien, dit-elle, c’est mon professeur principal qui pensait que le métier de médecin m’irait comme un gant." Ce n’est donc pas un hasard si aujourd’hui, avec ses gants de pédiatre, lors des accouchements difficiles, elle attrape les bébés pour les aider à vivre.

Modeste, elle parle de "réussite collective"

Quand je la rencontre pour la première fois, Sophie de Butler me salue avec une grande douceur. Sa voix est feutrée pour ne pas importuner les familles et leurs bébés, hébergées à l’étage où nous discutons. C’est la garante en chef du bien-être de tous ici, équipes comme patients. Jamais elle ne dira qu’elle est la principale actrice de la labellisation "Amis des bébés" de la maternité Victor Pauchet. Modeste, elle parle de "réussite collective". "Il a fallu la volonté sans faille de quelques personnes pour entraîner tout le monde. Ce fut une remise en question totale de nos pratiques pour mieux respecter le rythme des bébés, donner de meilleurs conseils aux mamans allaitantes..."

Décembre 2019, Sophie de Butler, entourée de son équipe, fête le résultat de deux ans et demi de travail. La maternité Victor Pauchet obtient le label "Amis des bébés"
Décembre 2019, Sophie de Butler, entourée de son équipe, fête le résultat de deux ans et demi de travail. La maternité Victor Pauchet obtient le label "Amis des bébés" © Sophie de Butler

"L’important avant tout, c’est le bien-être des nouveaux nés"

Vous l’aurez compris, son leitmotiv : faciliter la vie des familles. Pour celle qui a vécu un drame, cela est devenu vital. Son mari est décédé sous ses yeux alors qu’il n’avait que 29 ans. La jeune trentenaire se retrouve seule avec ses deux enfants en bas-âge. "J’ai eu une vie difficile, c’est pour cela que j’ai envie de me battre." Son tempérament dynamique, elle le tient de son père très entrepreneur. Ainée d’une fratrie de trois filles, Sophie de Butler a grandi dans une famille aimante. Elle n’aurait jamais pensé quitter son Pas-de-Calais natal pour la Picardie mais le destin professionnel et personnel en a décidé autrement.

Au concours de médecine, elle a le choix entre Amiens et une ville du sud de la France, elle choisit Amiens pour ne pas être trop éloignée de sa famille. Plus tard, alors qu’elle travaille à Saint-Omer dans le Pas-de-Calais, elle accepte de revenir vivre à Amiens pour suivre son deuxième mari, Président de la clinique Victor Pauchet. Ensemble, ils ont deux enfants et la maternité est un peu leur dernier-né. "Vous pensez bien que j’ai soufflé à mon mari l’intérêt du label "Amis des bébés". L’important avant tout, c’est le bien-être des nouveaux nés."

Sophie de Butler avec trois de ses quatre enfants.
Sophie de Butler avec trois de ses quatre enfants. © Sophie de Butler

Le premier confinement, "un déchirement"

Quand on lui demande ce qui a été parmi le plus dur à vivre dans sa carrière, elle nous répond sans hésiter : "le premier confinement". La maman de quatre enfants n’aurait jamais imaginé accoucher sans le papa, alors, voir les mamans pleurer l’absence de leurs conjoints durant leur séjour, "c’était déchirant".

Quand elle n’avait que deux ans, elle a été hospitalisée plusieurs semaines. Ses parents n’avaient pas le droit de rester avec elle la nuit. "C’est peut-être pour cela que je le vis mal dans mon for intérieur. Je suis très heureuse car maintenant au service néonatologie, nous avons créé des chambres parent/enfant. C’est fini les séparations !" s’exclame-t-elle, soulagée. 

Sophie de Butler en consultation de pédiatrie
Sophie de Butler en consultation de pédiatrie © Charlène Lecomte Photographie

Consultante en lactation par vocation

Cette femme bienveillante s’est lancée dans une nouvelle activité. Elle a suivi deux formations en allaitement reconnues par la profession. (diplôme international de consultant en lactation IBCLC et diplôme inter universitaire "lactation humaine et allaitement maternel"). Grâce à cela, elle donne des consultations médicales dédiées à l’allaitement remboursées par la sécurité sociale. En post-partum,  les mères peuvent expliquer et montrer leurs difficultés en  allaitant leurs bébés devant son regard expert et empathique.

Elle examine notre manière de proposer le sein à notre enfant. Elle vérifie si le bébé déglutit correctement. Sa voix posée apaise ses deux patients. Sophie de Butler avoue, dépitée, ne pouvoir communiquer autant qu’elle le voudrait sur ses consultations, car elle ne pourrait pas accueillir toutes les mamans en demande de soutien. "Les spécialistes en lactation ne sont pas assez nombreuses dans le département de la Somme. Et le gros problème, c’est que les consultations réalisées par les puéricultrices hors PMI ne sont pas remboursées par la sécurité sociale. Cela n’encourage pas les professionnels à s’installer en libéral et c’est un frein économique pour les mamans."

Sophie de Butler en consultation allaitement
Sophie de Butler en consultation allaitement © Crédit Charlène Lecomte Photographie

Une professionnelle à la fois rigoureuse et douce

Certains pourraient accuser Sophie de Butler de faire du prosélytisme pro-allaitement. "Pas du tout ! réplique-t-elle, je donne toutes les informations objectives pour qu’elles puissent faire un choix éclairé. Je ne leur cache pas les difficultés. Allaiter à la demande, 8 à 12 fois par jour, c’est un don de soi."

Cette maman qui a allaité tous ses enfants (quelques mois pour ses deux premiers, 9 à 19 mois pour ses deux derniers), se veut patiente et optimiste. "J’espère bien que l’on arrivera à une meilleure prise en charge en France ! J’y crois, à partir du moment où il y a des pionnières !"

Comme la Marianne du tableau d’Eugène Delacroix, Sophie de Butler, nous guide vers plus de fraternité. À 48 ans, elle n’a pas fini de se battre pour la cause des mères ! Mais un jour, quand il sera l’heure de ranger sa blouse blanche au placard, elle souhaite retourner dans le Pas-de-Calais de son enfance et vivre au bord de la mer. "C’est le deal avec mon mari !" Elle est à la fois déterminée et douce, Sophie de Butler. De l’avis de tous : "Une main de fer dans un gant de velours."

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