PORTRAIT. Thérèse et René Nowak, 47 ans d'amour au cœur des hortillonnages d'Amiens

Publié le
Écrit par Thibaut RYSMAN .

Thérèse sans René c’est un peu comme Amiens sans sa cathédrale ou la baie de Somme sans ses phoques ! Depuis 1978, le duo Thérèse et René Nowak cultive un amour indéfectible l'un pour l'autre, tout autant que pour les hortillonnages dans lesquels ils travaillent tous les jours de l’année. Nous les avons rencontrés à l’occasion du tournage de l’émission Le Grand Rapporteur.

La première chose qui frappe quand on rencontre Thérèse et René c’est d’abord le sens de l’accueil. Toujours un petit café chaud, toujours un beau légume fraîchement récolté et surtout un immense sourire de bienvenue. Thérèse parle dans sa langue ! Celle de la Somme, celle de la tourbe et de ses racines qu’elle aime tant.

"Avec René c’est que d’l’amour ! On les aime nos hortillonnages, avec nos beaux légumes, notre belle terre ! C’est plein de vitamines ici avec c’qu’on fait pousser on est en bonne santé !"

Thérèse Nowak

Thérèse, honnêtement, c’est difficile de la décrire tant qu’on n’a pas eu la chance au moins une fois de l’avoir rencontrée. Ce mélange de "petite bonne femme" avec ses yeux si bleus et ses mains si marquées par la terre. Et puis ce parler. Ce langage. Cette énergie dans le débit qui fait sourire au départ tant on ne sait pas si c’est de la comédie. Certes, il y a sûrement un peu d’exagération quand on met une pièce pour la faire parler de ses légumes mais ce qui ne trompe pas avec elle c’est le fond.

Une vraie grande dame de la binette qui donne envie de la serrer dans les bras au moment de se dire au revoir

Thérèse parle de ses légumes comme s'ils étaient humains. Mais pas autant (ouf !) que l’amour qu’elle a pour son tchô René. Lui, c’est l’homme de l’ombre et donc l’homme d’action. Toujours en embuscade derrière sa Thérèse. Avec lui rien n’est impossible. Il est capable de déplacer des montages. J’en veux pour preuve ce grand musée des hortillonnages qu’ils ont bâti eux-mêmes sur leurs fonds personnels et sur leur propre terrain. Dans ce hangar de la taille d’au moins deux courts de tennis, vous y trouverez toute l’histoire des hortillonnages et donc, l’histoire de leur vie.

Pendant des mois, ils ont collecté, réuni, acheté, récupéré, retapé, restauré plus de 1 000 objets en lien avec le métier d’hortillon. De l'histoire d’un clou à celle d'une barque à cornet tout est raconté à l’ancienne mais avec cœur. Des petites étiquettes écrites à la main, des photos décolorées, des cartes anciennes, ce lieu est devenu une référence. Un seul musée pour mettre en avant tout un savoir-faire qui fait la renommée internationale de la ville : il fallait le faire ! (comprenez : il était temps...) Les Nowak l’ont fait !

Et puis quand on se promène sur leur parcelle, René raconte comment les topinambours sortent de terre.

"Tu vois les grandes tiges qui sortent eud’terre, on a l’impression que c’est mort parce que c’est tout jaune et marron. Vas donc tirer d’ssus !"

René Nowak

Je m’exécute, je tire franchement en pensant arracher une mauvaise herbe et vlan : un énorme topinambour est accroché à peine 5 cm sous terre. Il est magnifique et rejoint le panier de leur récolte du jour. Il me montre aussi comment les navets poussent hors de terre, ou comment il organise aussi ses parcelles en fonction de ce qui a poussé la saison précédente.

Il faut dire que la terre est tellement travaillée, aérée, labourée et binée que quand on marche dessus on s’enfonce comme dans du sable mou. Elle est là leur richesse.

Alors l’avenir, quand on lui pose la question Thérèse décolle direct.

"Je vois plein de jeunes qui achètent des petites parcelles et qui font pousser des légumes. Quand je suis au Marché sur l’eau (à Amiens tous les samedis matin face au Quai Bélu) les jeunes viennent me voir et me demandent des conseils. Ils posent plein de questions. Suis sûre que c’est un métier d’avenir"

Thérèse Nowak

En 2019 Thérèse reçoit la médaille du Mérite Agricole qui est une reconnaissance certaine de son métier et de ses valeurs. Et quand je dis SON métier et SES valeurs, il faut le mettre au pluriel bien-sûr car Thérèse sans René, rien de tout cela ne serait possible. 47 ans de mariage ce n’est quand même pas rien...

En pratique donc : vous pourrez retrouver Thérèse tous les mercredis au marché de Villers-Bocage, tous les vendredis matin au marché de Dury, et à Amiens au marché sur l’eau tous les samedis matin.

Le musée des hortillonnages (Impasse Marcel à Rivery) se visite à partir du samedi 1er avril 2023, il est aussi possible de louer une petite barque électrique à bas prix pour aller se promener en solo dans les hortillonnages.

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