Arbres renversés, voitures éventrées : ce décor de chaos est en réalité un exercice de la sécurité civile

Une tornade vient de balayer Saint-Valéry-sur-Somme, en quelques minutes. Arbres renversés, voitures éventrées, camping dévasté et de nombreuses victimes en attente d’être secourus. Ce scénario, organisé par la préfecture de la Somme, lundi 18 mars, a rassemblé tous les services de sécurité et de secours. Un exercice grandeur nature.

Lorsque nous arrivons sur les lieux, au camping le Walric, à Saint-Valéry-sur-Somme, les blessés sont en train d’affluer vers le point de rassemblement. Des blessés légers qui peuvent se déplacer par eux-mêmes. Ce sont des blessures au visage, aux bras, aux jambes, des nez ensanglantés, des plaies ouvertes. Plus loin, d’autres blessés arrivent dans des brancards, accompagnés par des soignants du Samu. Les blessés en urgence absolue sont évacués vers les hôpitaux de la région.

Priorité absolue : sélectionner les victimes

La priorité absolue pour les services de secours : "trier" les victimes en fonction de la gravité de leurs blessures. Des tables ont été installées à l’entrée du camping. Ici, un médecin coordinateur s’affaire pour orienter chaque victime, avec l’aide de ses collègues du Samu. "On détermine les destinations des blessés et on les répartit en fonction de leurs pathologies. La plus grande difficulté est d’avoir une vision globale parce que nous devons associer les patients pour pouvoir les faire partir ensemble dans les véhicules de secours et ainsi potentialiser les évacuations", explique Carole Amsallem, médecin responsable des évacuations.

On est là parce qu’on sait faire, mais c’est toujours compliqué dans la première phase de mise en place.

Carole Amsallem, médecin responsable des évacuations.

Nous sentons la tension monter avec l’afflux des victimes. Les blessés légers sont pris en charge dès leur arrivée, après quelques minutes d’attente pour certains, le temps d’identifier leurs blessures. "On est là parce qu’on sait faire, mais c’est toujours compliqué dans la première phase de mise en place. Au début, on balbutie et une fois que c’est rodé, ça va", ajoute Carole Amsallem. La coordination entre tous les secours doit être orchestrée pour éviter les erreurs. Sur place, 180 pompiers de la Somme, du Pas-de-Calais et de Seine maritime, 103 personnels du Samu et 88 gendarmes et la Croix rouge sont sur le pied de guerre.

Un exercice grandeur nature

Plus loin, dans les allées du camping, nous sommes frappés par le décor. Un mobile home est retourné, une caravane et une voiture écrasées par des troncs d’arbre, des tentes éventrées. Des victimes gisent au milieu de ce spectacle. Les scènes paraissent réelles mais le scénario a été monté de toutes pièces. Trois jours ont été nécessaires pour mettre en place le décor.

Pour l’exercice,110 figurants jouent les victimes. Ils sont, pour la plupart, étudiants en formation dans différentes professions médicales et paramédicales. L’un d’eux est évacué du mobile home en brancard, par les pompiers. Minerve au cou, il est conscient. Nous en profitons pour le questionner sur l’évènement. "J’ai mal. J’ai été projeté, j’ai reçu un objet dans le dos. Je ne me souviens plus", marmonne l’acteur qui prend son rôle très à cœur. Il revient à la réalité lorsqu’il s’agit d’expliquer l’intérêt d’un tel exercice. "C’est très instructif. Pour nous, étudiant, on voit comment les secours interviennent".

À quelques mètres de là, un homme blessé est coincé dans une caravane. Pour chaque victime, le scénario est précis. Lui fêtait son enterrement de vie de garçon avec des amis. La tornade s’est abattue sur la commune et la caravane s’est retournée. Il a les symptômes d’un pneumothorax et d’un traumatisme crânien. C’est une urgence absolue pour les services de secours. Autour de lui, des traces de sang et des morceaux de bois, les décombres du véhicule. Mais l’homme peut encore parler. "Cet exercice est important pour tous les participants. Ça permet aux professionnels de s’exercer et pour nous, les étudiants, ça nous permet de tous les moyens mis à disposition", indique David Boudt, élève brancardier et sapeur-pompier à Péronne.

Nous sommes dans les conditions du réel. On découvre, on analyse et on fait le tri entre les urgences absolues et relatives

Claude Barray, et responsable de l’évacuation des blessés SDIS 80

Au milieu de ce désordre, véhicules de secours, brancards et personnels tentent de se frayer un chemin. Ici, pour porter secours, là, pour évacuer au plus vite. Parfois, c’est l’embouteillage. Les visages sont sérieux mais restent décontractés. Pour les personnels des différents services de secours, il faut rester concentrés sur la mission. "Je ne connaissais pas le scénario avant d’arriver sur place. Nous sommes dans les conditions du réel. On découvre, on analyse et on fait le tri entre les urgences absolues et relatives. Nous devons ensuite évacuer les personnes vers le centre de rassemblement des victimes", explique Claude Barray, capitaine et responsable de l’évacuation des blessés SDIS 80.

Quarante-cinq personnes ont été blessées au camping et sept autres sites de la commune ont été concernés par l’exercice. Les pompiers et les soignants du Samu et de la Croix-Rouge ont dû secourir des randonneurs coincés sous un arbre, des travailleurs qui ont chuté d’un échafaudage, des victimes dans leur voiture, des personnes sur la digue dans les arbres alors qu’ils faisaient de l’accrobranche et des cyclistes.

Se préparer au pire

Sur les hauteurs de la vieille ville de Saint-Valéry, la mairie a accueilli, pour l’occasion, le poste de commandement des opérations. Tous les services, engagés dans l’exercice, étaient regroupés, ici, pour coordonner les actions de secours, avec la préfecture de la Somme. Cet exercice dit "Novi" par la préfecture, "Nombreuses victimes", est organisé chaque année et permet de tester les capacités opérationnelles de département.

Des opérations qui devraient se développer dans les prochaines années. "Ici, c’était un événement météo limité à la commune de Saint-Valéry mais il y a de plus en plus de catastrophes climatiques. Le Ministère de l’intérieur et des Outre-Mer prépare activement cette montée en puissance des enjeux climatiques. C’est pour cette raison que nous réalisons cet exercice en condition réelle", explique Victor Jozon, directeur de cabinet de la préfecture de la Somme et directeur des opérations de secours pour l’exercice.

Bilan de cet exercice grandeur nature : parmi les 110 victimes, 6 personnes sont décédées. Un retour d'expérience sera prochainement effectué pour en retirer tous les enseignements utiles mais la préfecture se dit déjà prête si ce scénario catastrophe devenait un jour réalité. 

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