Caen : les photos de nus d'une artiste “censurées” par Facebook

Tas de filles en extérieur... "C'était le 19 juin. Nous étions 17 : 15 modèles en extérieur, une assistante lumière et moi dans un jardin en Suisse Normande et nous avons profité des derniers rayons à la tombée du jour", écrit anXiogene sur son site internet. Cette image ainsi que toutes celles de la série Golem ne peuvent pas être publiées sur Facebook. / © anXiogene 2013
Tas de filles en extérieur... "C'était le 19 juin. Nous étions 17 : 15 modèles en extérieur, une assistante lumière et moi dans un jardin en Suisse Normande et nous avons profité des derniers rayons à la tombée du jour", écrit anXiogene sur son site internet. Cette image ainsi que toutes celles de la série Golem ne peuvent pas être publiées sur Facebook. / © anXiogene 2013

Il y a quelques jours, la page d'Annliz Bonin a été supprimée du célèbre réseau social après la publication de photos représentant des femmes nues. Facebook juge ce type de contenu "inapproprié". L'artiste caennaise y voit une attitude "arbitraire", allant à l'encontre de la liberté de création.

Par Pierre-Marie Puaud

Au téléphone, Annliz, alias anXiogene est dépitée. Certes, elle n'ignorait pas que Facebook est par nature allergique aux contenus "montrant la nudité ou à connotation sexuelle". Mais elle avait envie de publier sa dernière série de photos intitulée Golem, parce qu'elle en est "très contente". Ironie du sort, c'est via ce même réseau social qu'elle avait recruté ses modèles, quinze femmes, toutes volontaires pour participer à une séance de pose collective dans un jardin en Suisse Normande. 

Dans les dernières lueurs du jour, Annliz a leur demandé de s'enchevêtrer. "Dans la mythologie, le golem est un être artificiel, humanoïde. Le golem femelle, c'est aucune femme et toutes les femmes à la fois, c'est une femme sauvage, c'est une puissance féminine". Peu après la séance de pose, elle publie une photo sur Facebook. Très vite, la page est suspendue. Elle reçoit un avertissement écrit. "J'ai essayé de faire appel, mais mon compte a été supprimé vendredi dernier".

 / © Capture d'écran France 3 Basse-Normandie
/ © Capture d'écran France 3 Basse-Normandie


L'art, et la pudeur de Facebook.


La mésaventure de l'artiste caennaise n'est pas un cas isolé. Le 20 mai dernier, ainsi que le racontait le Huffingtonpost, des amateurs d'art ont d'ailleurs organisé une "journée du nu sur Facebook" afin de protester contre "ces censures ridicules qui bafouent les règles élémentaires de notre liberté d'expression au nom d'un puritanisme ou de règles morales d'un autre âge". Interrogés par l'AFP, les responsables de Facebook se sont bornés à répondre que "la nudité fait partie des conditions d'utilisation" que tout titulaire d'un compte s'est engagé à respecter. Les standards de la communauté Facebook précisent que "les contenus pornographiques" sont interdits. "Nous imposons également des limites à l'affichage de certaines parties du corps. Nous respectons le droit de publier des contenus de nature personnelle, qu'il s'agisse de photos d'une sculpture telle que le David de Michel-Ange ou de photos avec un enfant au sein de sa mère".

"Le problème, renchérit Annliz, c'est qu'on met tout dans le même panier : le nu, l'érotisme, la pornographie. Or, il faut admettre qu'un corps nu n'est pas érotique en soi. Un corps nu peut être beau sans être excitant ! Mes photos ne sont pas érotiques, elles parlent d'enchevêtrement, de perte d'identité. Si on suit leur logique, Il y a un moment où ils vont devoir censurer les musées !" Sur son site internet, France Info relate justement la mésaventure vécue par le musée du jeu de Paume à Paris. Au début du mois de mars, sa page a été suspendue pendant 24 heures après la publication d'une photo de l'artiste Laure Albin Guillot datant de 1940. "Facebook ne fait pas la différence entre une oeuvre d'art, une oeuvre pornographique, entre ce qui est communication, contenu ou information, déplorait alors la directrice du jeu de Paume. On est dans un contexte où il y a très peu de critères, finalement les jugements critiques disparaissent pour arriver à une sorte de jugement formel" ajoutait-elle.

A Caen, Annliz redoute que les règles de pudeur imposées par le réseau social californien finissent par déteindre sur notre société. "Cela fait dix ans que je travaille sur le corps humain et que je fais du nu, dit-elle. Et je sens actuellement comme une régression. On est en train de devenir pudibond". Mais elle n'entend surtout pas renoncer à son projet. D'autres prises de vues sont programmées, cette fois sur la presqu'île de Caen. Son travail sera exposé à l'automne dans le cadre du festival Nordik Impakt.

Pour aller plus loin, cliquez sur les liens suivants :

Le site de l'artiste anXiogene
Sa série de photograhies Golem
Le site du festival Nördik Impakt





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