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75 ans après le D-Day, l'infirmier amérindien d'Omaha beach a posé ses valises en Normandie

Selon l'un de ses biographes, Charles Norman Shay est "très probablement" le dernier des 500 Amérindiens ayant débarqué en Normandie. / © LOIC VENANCE / AFP
Selon l'un de ses biographes, Charles Norman Shay est "très probablement" le dernier des 500 Amérindiens ayant débarqué en Normandie. / © LOIC VENANCE / AFP

Charles Norman Shay avait à peine 20 ans quand il a débarqué aux côtés de ses camarades de la "Big red one", la première division d'infanterie, sur la plage d'Omaha. L'ancien infirmier s'est installé en Normandie, non loin de ses frères d'armes tombés au combat.

Par CM et AFP

"J'ai essayé d'oublier. Même si je n'y arrive pas. C'est une expérience très bouleversante." Et pourtant, au crépuscule de sa vie, Charles Norman Shay, natif du Maine, a choisi voilà un an de poser ses valises non loin de la plage où sont tombés ses frères d'armes. Le 6 juin 1944, le jeune Amérindien débarque sur Omaha beach dans première vague au sein de la Big Red One, la première division d'infanterie américaine. L'infirmier va durant des heures porter secours aux nombreux blessés sur cette plage qui sera surnommée "Bloody Omaha'" (Omaha la sanglante).
 
75 ans après le D-Day, l'infirmier amérindien d'Omaha beach a posé ses valises en Normandie
Reportage de Erwan de Miniac et Patrick Mertz

Un surnom prémonitoire

Enfant, Charles Shay fut surnommé "Petit rat musqué", un animal qui sauva le monde d'après une légende de sa tribu, les Pentagouets. Sur Omaha, le jeune homme n'était pas là pour donner la mort mais pour sauver des vies. "J'ai trouvé un endroit et j'ai commencé immédiatement à soigner les blessés derrière des débris parce que j'avais ainsi une protection", se souveinte le vétéran de bientôt 95 ans, "Et pendant que je faisais ça, j'ai j'ai jeté un regard en arrière sur la mer et j'ai vu de nombreux blessés étendus alors que la marée remontait très vite. Alors, je suis retourné sur la plage." Charles passa près de 10 heures à porter secours aux soldats qu'il pouvait encore sauver. Sans toujours y parvenir.

Le 6 juin 44, le jeune soldat a perdu bien plus qu'un camarade. C'est dans ses bras qu'Edward, son ami et collègue infirmier, rendit son dernier souffle. A chaque fois qu'il se rend au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, sur les hauteurs d'Omaha, Charles Shay n'oublie pas de se recueillir devant sa tombe. 

Nous étions considérés comme des citoyens de seconde zone dans notre propre pays


Sur sa veste, Charles Shay arbore de nombreuses décorations, dont la Silver star et la Légion d'honneur. En 1945, il faut fait prisonnier en Allemagne. De retour aux Etats-Unis, il s'engage dans l'armée comme infirmier, de son plein gré. Quelques années plus tôt, on ne lui avait pas laissé le choix. En 1943, Charles et ses trois frères sont des conscrits parmi les 44 000 Amérindiens de l'armée américaine. "A ce moment là, nous n'avions pas le droit de vote, ça signifie que nous étions considérés comme des citoyens de seconde zone dans notre propre pays", explique ce fils d'une militante des droits des Amérindiens.
 

Des citoyens de seconde zone, les Amérindiens l'ont été aussi longtemps dans les mémoires. Leur contribution, notamment dans les transmissions, fut pourtant essentielle. Les "code-talkers"ne reçurent la médaille d'or du Congrés, la plus haute distinction civile, qu'en 2013. A titre posthume. En 2017, a été inauguré à Saint-Laurent-sur-Mer une stèle en hommage aux soldats amérindiens ayant débarqué en Normandie. Le mémorial porte le nom de Charles Shay. Selon Harald Prins, professeur émérite de la Kansas State University, coauteur d'une biographie de cet ex-infirmier militaire, il est "très probablement" le tout dernier des 500 Amérindiens du débarquement normand encore en vie.



 

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