"C'est notre arbre !" Ce fabuleux hêtre de Bayeux en lice pour devenir l'arbre de l'année

Cet imposant monument végétal trône au beau milieu du jardin botanique de Bayeux (Calvados). Il est aujourd'hui le candidat de la Normandie au concours de l'arbre de l'année. Le public peut voter jusqu'au 18 décembre, mais pour les Bayeusains, c'est déjà tout vu : ce hêtre n'a pas d'égal.

Quand ils étaient gamins, Arnaud Tanquerel et son frère avaient fait de cet arbre un inépuisable terrain de jeux. "On habitait à deux pas. C'était un peu notre jardin". Les branches sont tortueuses. Le tronc a quelque chose d'irréel.

Combien d'aventures imaginaires ce hêtre pleureur a-t-il fait naître dans les têtes des enfants ? Pour le récompenser de toutes ces années de présence, il représente la Normandie au concours du plus bel arbre de l'année.

"C'est notre arbre, on l'a vu grandir"

"On a aujourd'hui tous un sentiment d'appartenance", raconte Arnaud Tanquerel, qui est aujourd'hui adjoint au maire de Bayeux. L'été dernier, il nous avait reçus à l'ombre de son feuillage. "C'est notre arbre. On l'a vu grandir". À moins que ce ne soit l'inverse...

Ce hêtre pourrait avoir été planté lors de la création du jardin botanique en 1864, mais les spécialistes sont circonspects. Sur le site de l'arbre de l'année, sa notice de présentation précise que "la circonférence de son tronc (3,37 mètres) et la comparaison avec plusieurs hêtres d’âge connu montrent que cela pourrait correspondre à un âge de plus de 200 ans..."

Ce concours est organisé chaque année depuis 2011 par le magazine Terre Sauvage et l'Office National des Forêts (ONF).

Un arbre est sélectionné dans chaque région pour ses "caractéristiques naturalistes, esthétiques, historiques mais aussi pour le lien" qu'il a pu tisser avec les êtres humains. C'est indéniable, le monument du jardin botanique de Bayeux coche toutes les cases.

1 250 m² de surface !

Ses dimensions en font déjà un arbre hors du commun. La couronne mesure 40 mètres de diamètre. Il couvre une surface de 1 250 m². Ce qui le rend unique, c'est son apparence trapue : ce hêtre pleureur n'en est peut-être pas tout à fait un. 

"Il semblerait que cet arbre soit le résultat d’un greffage entre deux variétés distinctes de hêtre. En effet, son tronc est celui d’un hêtre commun Fagus sylvatica alors que ses branchages s’apparentent à une variété très singulière dite Faux de Verzy. Cette variété, dont l’origine est mal définie (...), est constituée d’arbres monstrueux dont les branches tordues forment un amas confus", précise la fiche de présentation.


Pour soutenir ses branches interminables, les jardiniers se sont fait un devoir d'intervenir. Une première armature métallique a soulagé la ramure en 1913. Elle a été remplacée par une ossature "composée d’une cinquantaine de piliers reliés par des barres horizontales sur lesquelles reposaient les branches". 

En 2001, quatre mâts ont été plantés pour servir de support à un système de haubans. Les branches sont suspendues à un réseau de 600 mètres de câbles et 1000 mètres de cordage. "Sans cela, les branches toucheraient le sol, et nous ne pourrions pas marcher dessus", justifie Arnaud Tanquerel.

Ce hêtre est depuis longtemps habitué aux honneurs. En 1932, il était déjà classé monument naturel et en 2001, il a été répertorié parmi les "arbres remarquables de France". Aujourd'hui, a-t-il vraiment besoin de se mesurer aux plus beaux spécimens des autres régions de France ? La Ville de Bayeux encourage les citoyens à prendre part au vote. Il est ouvert jusqu'au 18 décembre. Elle semble tenir au prix du public qui n'est jamais une simple récompense : c'est d'abord une preuve d'amour.