Portrait. Pierre Salzmann-Crochet, le géant ténor qui anime le basket français

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Écrit par Boris Letondeur
Le Caennais Pierre Salzmann-Crochet, dit le speaker fou, lors d'un match entre Lyon ASVEL et Fenerbahce en Euroligue.
Le Caennais Pierre Salzmann-Crochet, dit le speaker fou, lors d'un match entre Lyon ASVEL et Fenerbahce en Euroligue. © JOEL PHILIPPON / MAXPPP

Depuis près de dix ans, la voix de Pierre Salzmann-Crochet résonne dans les sonos des salles de basket de l'agglomération caennaise. Sa personnalité attachante, ses facéties et surtout son talent pour l'animation l'ont même propulsé hors des frontières de Normandie, micro en main au bord des parquets des meilleures équipes de France.

Sa voix grave est reconnaissable parmi mille. La légende raconte qu'elle serait capable de recouvrir le boucan d'un panier victorieux au buzzer dans une salle comble un soir de finale. Cet organe de ténor qui est aujourd'hui son gagne-pain, Pierre Salzmann-Crochet le détient depuis aussi longtemps qu'il est de ce monde. A la maternité, les sages-femmes l'avaient surnommé "Pavarotti" tellement les premiers sons émanant de sa bouche étaient graves.

En classe, facile pour les enseignants de capter le moindre bavardement. Petit Pierre est souvent le premier entendu, le premier pris, le premier puni. Il faut dire que dans les rangs, il détonne également. Car "Big Salz", ce n'est pas qu'une voix hors norme, c'est aussi un physique atypique, depuis toujours. 2,08 m sous la toise, davantage lorsqu'il laisse ses cheveux devenir crinière afro. Une allure de géant gentil, voire de gentilhomme lorsqu'il se coiffe d'un haut de forme, façon Papa longues jambes. 

S'il a aujourd'hui apprivoisé son double mètre, Pierre Salzmann-Crochet a longtemps souffert de ce physique exceptionnel. Pour réparer les malformations osseuses liées à son développement fulgurant, il a dû subir 13 opérations, qui lui ont laissé 33 cicatrices.

J'ai été opéré une fois par an entre 10 et 21 ans. Au collège, j'ai passé la plupart de mon temps en fauteuil, avec des béquilles ou en me déplaçant plié en deux. C'était très dur à l'époque, j'ai même fait une dépression. Mais ça m'a rendu plus fort, m'a forgé un caractère et m'a donné de la détermination.

Pierre Salzmann-Crochet

Avant ces douleurs au corps et à l'âme, il y a le plaisir de la découverte du sport.
Avant le basket, il y a le volley, le judo, le football. D'ailleurs, le n°15, son dossard fétiche, n'est pas une référence à un basketteur mais au numéro porté par Lilian Thuram en équipe de France, notamment lors de son doublé contre la Croatie en demi-finale de la coupe du Monde 1998, une des premiers grandes émotions du futur speaker, celle qui lui inocule le virus de la passion du sport.  

La flamme du basket, elle, s'allume à l'été 2002. Plâtré de la tête au pied, il reçoit de sa marraine son premier magazine de basket. Les Los Angeles Lakers viennent d'être sacrés champions, avec notamment deux futures légendes du ballon orange : Kobe Bryant et Shaquille O'Neal. 

Une métamorphose forcée mais salvatrice

Ce dernier, au physique hors norme, 2,16 m - 147 kg, fait comprendre à Pierre que toute morphologie peut avoir sa place sur un parquet, pour autant qu'on sache la maîtriser et s'en servir à bon escient. Le Caennais se plonge alors dans l'analyse méticuleuse de son sport préféré. Fini l'éparpillement sur le terrain, il se focalise sur le rôle idoine des joueurs de son gabarit : pivot. "J'ai commencé à prendre des rebonds, à faire des contres. J'ai compris que je pouvais aider, et je suis devenu un peu mois nul", raconte-t-il avec beaucoup d'autodérision. 

Mais à cette époque, Pierre Salzmann-Crochet est régulièrement éloigné des parquets, contraint par son corps à regarder jouer ses coéquipiers depuis les tribunes. Il dévore alors les revues de basketball, au point de prendre goût à l'écriture, au récit de sa pratique favorite. A 15 ans, il devient rédacteur du journal de son club, Caen Nord. L'impossibilité de jouer le mène aussi à devenir officiel à la table de marque, une expérience qui l'aide à appréhender les règles et à les connaître sur le bout des doigts. 

Lors d'un weekend de tournoi, à Tours, il accompagne son équipe et prend le micro pour présenter ses copains à l'entrée sur le terrain. Habitué à faire le pitre autant que le show, Pierre s'éclate à imiter Michael Buffer, le légendaire speaker américain connu pour son célèbre "Let's get ready to rumble". Il s'inspire aussi des "entertainers US", entendus dans les jeux vidéo de basket qu'il pratique avidement, lorsqu'on lui propose d'animer le traditionnel tournoi de la Pentecôte de son club. 

Son indéniable talent d'ambianceur tape alors dans l'œil de Jimmy Yamba, créateur de Quartier Ouest, le grand tournoi de street basket de fin de saison à Hérouville-Saint-Clair. 

A l'issue du tournoi, deux personnes du club de Douvres, Richard Castel et Yann Achard, viennent me voir et me proposent de venir animer les matchs de leur équipe fanion. J'ai commencé à être payé. C'était un petit dédommagement. A l'époque, je ne pensais pas que ça pouvait être un métier.

Pierre Salzmann-Crochet

On est en 2013, Pierre a 21 ans et il s'éclate en cumulant les petits boulots en lien avec le sport. Correspondant de presse pour Sport à Caen, chroniqueur sur la radio TSF98, il s'imagine un temps journaliste mais l'animation ne cesse de prendre de la place dans son agenda. On le sollicite pour un remplacement à Rouen. Il doit suppléer Alain De Senne, "le meilleur speaker de France", pour un match. Il en fera sept.  

Quelques semaines plus tard, lors d'une animation au club d'Ifs, il rencontre Jamil Rouissi, autre référence du métier, qui le conseille et le prend sous son aile. Parmi ses modèles et mentors, Big Salz cite aussi Vincent Royet, l'actuel speaker du Mans et de l'équipe de France. Il apprend à ne pas les copier. "Ce qui a fait que ce sont les trois meilleurs speakers de France, c'est qu'ils avaient trois styles différents. Certains jouent avec les lumières, d'autres sur les musiques, d'autres sur le côté "street".... Moi, c'est NBA, l'humour, le côté sportif et ma grosse voix", analyse le Normand. 

Combinaison gagnante. Chaque saison, Pierre grimpe d'un échelon, se rapproche du haut du panier. En septembre 2014, l'USO Mondeville (Ligue Féminine) fait appel à ses services. Un an plus tard, au tour du Caen Basket Calvados (N1, puis Pro B) de le recruter pour animer ses matchs. Mondeville, Caen, Douvres : avec la confiance de trois clubs, il décide de monter sa société. 

Pierre est vraiment dans un show à l'américaine. Il est un peu fou, il se lâche vraiment, y met toute son âme. Ca a peut-être surpris au début, surtout les habitués, mais le spectateurs ont très vite adhéré. Les gens avaient besoin de ça. En Normandie, on n'est pas un public extraverti, alors heureusement qu'il est là ! Il a cette faculté d'emmener les gens avec lui, de retourner un gymnase. Parfois, on a l'impression de jouer à 6 contre 5. 

Romain Lhermitte, entraîneur de l'USO Mondeville

En 2018, les choses deviennent encore plus sérieuses lorsqu'il est contacté par Bourges, "le meilleur club féminin de l'histoire, Top 3 des plus grands clubs français", pour devenir l'ambianceur des soirées d'Euroligue. Il y vit le plus beau match qu'il ait jamais animé lors... d'une défaite des Tangos face à Ekaterinbourg. Alors qu'il n'en revient encore pas d'avoir décroché pareille opportunité, un coup de téléphone fait passer sa vie dans une autre dimension.

"Salut Pierre, c'est Tony Parker !"

A l'autre bout du fil, la légende du basket français lui propose d'être le speaker des matchs de Coupe d'Europe du LDLC Lyon ASVEL, le club qu'il a racheté en 2014. Si l'ancien meneur des Spurs contacte le Caennais, c'est qu'il l'a subjugué lors d'un match organisé par Nicolas Batum à Pont-L'Evêque. 

Une opportunité formidable doublée d'une petite revanche sur la vie pour Pierre Salzmann-Crochet. En 2003, un vigile lui avait barré la route d'une séance d'autographes de Parker réservée aux enfants, à cause de sa taille. "Il ne me croyait pas quand je lui disait que je n'avais que 11 ans."  

Entre temps, le Caennais réalise un autre rêve : rencontrer Kobe Bryant. En 2017, le Black Mamba vient à Paris pour un tournoi de jeunes organisé par son équipementier. Trois jours avant l'évènement, Pierre est sollicité pour l'animer. Le jour-J, il reste dans son rôle, sans profiter de l'occasion pour prendre une photo ou demander un autographe à son idole. "Il était là pour les gamins, se justifie-t-il avant d'ajouter : "Certains ont pu avoir une photo, d'autre sa signature, mais d'avoir pu le présenter, l'annoncer au micro, ce n'est pas une opportunité donnée à tout le monde". 

Paris 2024, les Bleus et la D4

Humble, Pierre Salzmann-Crochet l'est resté. S'il espère animer lors des Jeux Olympiques de Paris en 2024 ou aspire à devenir un jour le speaker attitré de l'équipe de France, il n'en oublie pas qu'il vient du basket d'en bas. Pour preuve, son objectif de fin de carrière est d'avoir "speaké" à chaque niveau du basket français, jusqu'en D4. De temps en temps, il prend d'ailleurs le micro pour des matchs de basses divisions, comme récemment à Saint-André-sur-Orne. 

Mais Big Salz entend bien voir toujours plus haut. D'abord, pour ses clubs de toujours, Mondeville et Caen, qu'il espère bien rapidement voir remonter en Ligue Féminine et en Pro B. Et pour sa carrière où il souhaite perdurer en Euroligue, vivre une victoire en Eurocoupe avec l'ASVEL féminin, continuer son implantation dans le Basket 3 contre 3 (nouvelle discipline olympique), et pourquoi pas un jour animer un match de NBA. Qui sait ? Il semblerait que tous les rêves soient permis pour Pierre Salzmann-Crochet. Le géant au micro n'a pas fini de grandir. 

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