Précarité étudiante. Une épicerie solidaire refuse des étudiants : "en 1 mois, on a eu autant de demandes qu'en 1 an"

Après à peine un mois d'ouverture, l'AGORAé, épicerie sociale et solidaire située sur le campus 1 de Caen, est contrainte de bloquer les inscriptions. Submergée de demandes, elle alerte les pouvoirs publics sur une précarité estudiantine grandissante.

"Pour continuer à accueillir les étudiants dans le besoin, on aurait besoin d'un nouveau local, d'un nouveau réfrigérateur, de plus de bénévoles, de plus de stocks de denrées alimentaires et de produits d'hygiène. C'est un crève-cœur de devoir fermer nos inscriptions alors que les demandes continuent d'affluer", souffle Benjamin Debart, vice-président de l'AGORAé à Caen, une épicerie sociale et solidaire accessible sur critères sociaux.

Devant les portes du local, à proximité du campus 1, une file d'étudiants se presse chaque jour pour acheter des denrées à 10% du prix réel du marché. Certains sont prêts à patienter plus de deux heures dans le froid pour accéder à des produits qu'ils ne pourraient s'offrir ailleurs.

"Nos prix sont les mêmes depuis 2015. Pour trois euros, les étudiants repartent avec un panier pour la semaine : des produits secs, des serviettes hygiéniques, des fruits et légumes que nous fournit la banque alimentaire. Ils y trouvent également du soutien pour leurs démarches administratives, un accompagnement social" ajoute Benjamin Debart, qui jongle entre ses courts de L2 en sociologie et l'épicerie solidaire de la Fédération Campus Basse Normandie (FCBN).

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Pourtant, l'association a dû bloquer les inscriptions, lundi 27 novembre 2023, après seulement un mois d’ouverture. Une première depuis son lancement, fin 2014. "Nous déplorons notre incapacité à subvenir aux besoins primaires des étudiants bas normands, mais si nous souhaitons maintenir une aide efficace et qualitative, nous ne pouvons pas accueillir plus d'étudiants", poursuit le responsable de l'épicerie.

La précarité étudiante en forte hausse

Depuis le 23 octobre, date de la réouverture de l'épicerie sociale et solidaire, l'association a reçu plus de 335 dossiers. C'est presque autant que le nombre de bénéficiaires enregistrés à la fermeture estivale l'an passé (370 étudiants). "À titre de comparaison, l'année dernière, à cette même période, l'épicerie comptabilisait 145 dossiers", expose la Fédération Campus Bassse-Normandie (FCBN).

"Nous nous alertons que l'AGORAé, conçu comme un dispositif palliatif, est devenu vital pour la majorité de ses bénéficiaires. Nous sommes profondément déçus que les politiciens et politiciennes amenés à traiter de ces sujets soient si éloignés des réalités de terrain. [...] Nous n'existons qu'à cause de l'inefficacité et l'inaction du gouvernement pour éradiquer la pauvreté étudiante ", poursuit le communiqué.

"Nous sommes le dernier rempart à la misère et à la rue pour des étudiants qui ont juste envie d’étudier correctement"

Benjamin Debart, vice-président de l'AGORAé

France 3 Normandie

Au cœur de cet appel à l'aide, la FCBN appelle au déblocage de moyens financiers et humains pour "garantir un accompagnement réel de la population estudiantine". L'épicerie, qui relève d'un réseau national chapeauté par la FAGE, ne repose en effet que sur ses bénévoles, deux services civiques, les dons de la banque alimentaire et de quelques particuliers, une subvention de la faculté et une enveloppe de l'association nationale de l'Association Nationale de Développement des Epiceries Solidaires (ANDES). 

"On pourrait encore trouver de l'aide ailleurs, mais trop de limites sont atteintes, ajoute dans un souffle Benjamin Debart. On n'a plus les moyens humains de suivre. On est des étudiants, des bénévoles, et on se retrouve à gérer la misère sur notre campus parce que les politiques sont en échec. Nous sommes fatigués". Un appel au secours que le jeune homme espère faire remonter jusqu'aux institutions. À noter que l'AGORAé de Caen est la seule épicerie sociale exclusivement estudiantine sur le territoire bas normand.

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