Procès Peronne Cup. Lemarié, sorte de Kerviel normand ?

Une trentaine d'avocats ont plaidé au cours de cette affaire hors-norme de la "Peronne Cup". / © France 3 Normandie
Une trentaine d'avocats ont plaidé au cours de cette affaire hors-norme de la "Peronne Cup". / © France 3 Normandie

Le procès de la Peronne Cup s'est achevé mardi soir au terme d'une journée consacrée aux plaidoiries de la défense. Me Sibout, l'avocat du principal prévenu Sébastien Lemarié, a fait valoir la jurisprudence Kerviel dans le but d'atténuer la peine de l'ex-contrôleur de gestion de Maxiviande. 

Par Boris Letondeur

Présenté comme le Rocancourt du football normand au début du procès, le principal prévenu Sébastien Lemarié a fini par être comparé à un autre délinquant ayant défrayé la chronique : Jérôme Kerviel. On doit ce parallèle à Me Gabriel Sibout, avocat de l'ex-contrôleur de gestion de l'entreprise MaxiViande d'Hérouville-Saint-Clair (14). 

Dernier à plaider au terme de quatre jours d'un procès hors normes, le conseil caennais a écarté toute ressemblance dans le profil des deux hommes, mais a invoqué la jurisprudence Kerviel, du nom de l'employé de la Société Générale qui avait fait perdre 5 milliards d'euros à la banque française en 2008 mais ne fut condamné à en rembourser qu'un million. L'objectif de la manoeuvre de l'avocat caennais était d'atténuer la peine de S. Lémarié en prouvant qu'à l'instar de la banque, la société de boucherie avait laissé les coudées franches à son employé. 

Lemarié, juge et partie

Une différence de taille tout de même. Kerviel le trader était employé pour prendre des risques, pas Lemarié, qui devait juste contrôler les finances de l'entreprise. Le hic, c'est que dans les faits, il faisait bien plus que ça et qu'il s'occupait également des mouvements de fonds. En simplifié, il avait l'aval de sa direction pour éditer et signer des chèques. 

Les ex-collègues du fraudeur n'étaient pas cités à comparaître, au grand dam des avocats de la trentaine de prévenus. Cependant, leurs témoignages avaient été consignés lors de l'enquête de police. S'ils sont accablants pour le principal prévenu, ils le sont tout autant pour l'entreprise de boucherie, et son mode de fonctionnement.
 

"Faille énorme", "farce" et "défense mal à l'aise"

L'objectif principal de la défense du fraudeur était de pointer les erreurs aberrantes de ses supérieurs hiérarchiques "qui ne se sont pas rendus compte des agissement de S. Lemarié pendant dix ans", ajoutant que sans l'intervention du Fisc, ils n'auraient peut-être jamais décelé la supercherie. Le raisonnement de Me Sibout l'amenant à brandir la jurisprudence Kerviel, en insitant sur "un partage de responsabilités". Dans l'affaire de la SocGen, il avait été reconnu que les fautes multiples de la banque avaient eu "un rôle majeur dans le préjudice subi".

L'avocat de S. Lemarié a été très offensif et critique vis-à-vis de la société de boucherie, tout comme ses confrères défendant la trentaine d'autres prévenus. Me Ygouf, conseil du SM Caen, a qualifié "d'absurdes" les procédures de gestion financière d'une entreprise "où le contrôleur était aussi le payeur". Avocate de Claude Peronne, président de l'US Thaon, Me Corbel a fustigé une "faille énorme" dans la société plaignante. Me Revel va plus loin, parlant d'une "instrumentalisation de la procédure pénale au profit d'une partie civile qui s'est sentie flouée pour ne pas avoir vu l'intégralité des sommes qu'elle s'est fait détournées. C'est une farce !"

Particulièrement chahuté par ses confrères et consoeurs, l'avocat de MaxiViande Me Belot a été "attaqué personnellement et vigoureusement". Une férocité à son encontre qu'il attribue à "une défense mal à l'aise parce qu'elle sait qu'elle a tort, parce que l'argent a bien été détourné et que les prévenus cités en ont bien profité". 

Quatre ans de prison, dont 18 mois avec sursis ont été requis à l'encontre Sébastien Lemarié, principal prévenu. Le tout assorti d'une mise à l'épreuve, d'une obligation de remboursement et d'une interdiction d'exercer un métier en lien avec les faits qui lui sont reprochés. Le procureur adjoint Alain Zakrajsek a réclamé un an de prison avec sursis  pour quatre sociétés qui auraient bénéficié des détournements de fonds "en connaissance de cause". Le président du tribunal a mis son jugement en délibéré au vendredi 22 novembre, à 14h. Il est d'ores et déjà fort probable qu'un appel soit interjeté après le rendu de la décision. 

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