Que faut-il retenir du procès de la Peronne Cup ?

Une trentaine d'avocats ont plaidé au cours de cette affaire hors-norme de la "Peronne Cup". / © France 3 Normandie
Une trentaine d'avocats ont plaidé au cours de cette affaire hors-norme de la "Peronne Cup". / © France 3 Normandie

Clap de fin sur quatre jours d'audience dans le procès de "la Peronne Cup", du nom de ce tournoi de football financé par de l'argent détourné de l'entreprise MaxiViande par Sébastien Lemarié. Quatre ans de prison sont requis contre le fraudeur, ex-contrôleur de gestion de la société hérouvillaise. 

Par Boris Letondeur

Du blanc et du rouge. On ne parle pas là des millésimes qu'aurait ingurgité le principal prévenu avec l'argent détourné, mais des variations de couleurs de son teint au cours des quatre jours du procès. Au gré des questions, plaidoiries et réquisitions, Sébastien Lemarié a vécu un début de mois d'octobre sous les feux des projecteurs, qui ne s'étaient plus portés sur lui depuis trois ans. 2016 fut l'année yin-yang de ce presque quinquagénaire, du zénith de la Peronne Cup au nadir de son hospitalisation dans un établissement spécialisé le jour de la découverte du pot-aux-roses. 

Comment s'est comporté S. Lemarié ? 

Difficile de jauger l'honnêteté d'un individu qui a menti à tout son entourage pendant dix ans. Cependant, Sébastien Lemarié a reconnu d'emblée "les fautes, le délit, la fraude", admettant avoir tout orchestré "tout seul, sans aucune aideet ainsi berné tous ceux qu'il approchait. Durant les quatre jours d'audience, il n'a, à aucun moment, cherché à se dédouaner ou à rejeter la faute sur d'autres, même lorsqu'il y était incité. Présenté aujourd'hui comme un homme "en reconstruction", celui qui s'était "créé un personnage qui a de l'argent" durant une décennie a plusieurs fois demandé "pardon", notamment en ouverture et en cloture du procès.

Pour les interlocuteurs qu'il trompait, Sébastien Lemarié se présentait comme "le numéro 3 de MaxiViande, millionaire après avoir vendu ses parts de la société". Il cherchait en fait à exister socialement et pensait que seul l'argent pouvait le lui permettre. Stressé lors de la première matinée d'audience, coopérant lors du reste du procès, il aura été mal à l'aise lorsque sa vie privée était abordée, et son profil psychologique énoncé. 

Où est parti l'argent détourné ?

En premier lieu au club de football de Thaon, au nord de Caen. C'est d'ailleurs pour fournir des survêtements aux jeunes footballeurs, dont l'un de ses fils, que Sébastien Lemarié se rend coupable de son premier détournement de fond. En dix ans, le contrôleur de gestion va payer tour à tour des équipements pour les joueurs, le car du club et même l'éclairage du terrain. 

L'US Thaon sera aussi mis en lumière via la Peronne Cup, compétition de football internationale qui avait rassemblé une quinzaine d'équipes prestigieuses en août 2016. Son organisation et ses à-côtés auraient coûté environ 1,2 millions d'euros à MaxiViande qui a décidé de pousuivre pour recel toutes les entreprises ou personnes impliquées dans l'évènement, autant de parties vraisemblablement dupées par le faussaire.  

Plus de 422 000 euros auraient atterri dans les caisses d'EurekApps, une société créée pour développer l'application Vizzi. Le réseau social n'a jamais fonctionné mais il est pourtant apparu sur le maillot du SM Caen lors de la saison 2014-2015. 421 000 euros sont arrivés sur le compte d'AK Managament, une entreprise créée dans le cadre de la Peronne Cup. 

Pour "blanchir" la plupart des flux financiers détournés, Sébastien Lemarié les faisaient transiter via la SCI de la Mancellière, qu'il détenait avec trois amis d'enfance. La société permettait au quatuor de gérer des biens immobiliers à Bayeux et Lisieux. Elle avait été créée en 2007, après les premiers méfaits et recevait régulièrement des virements suspects provenant de MaxiViande.  

Les 35 prévenus tous condamnés ? 

Tout au long du procès, les avocats de la trentaine de prévenus ont jeté l'opprobre sur leur confrère de la partie civile Me Belot. Ses adversaires lui reprochaient tantôt le "procédé chevaleresque, à l'américaine" de citer autant de prévenus "sans fondement", tantôt d'instrumentaliser la juridiction pénale à des fins purement pécuniaire. 

A défaut de laver l'affront et le déshonneur causé par son ex-contrôleur de gestion, MaxiViande veut récupérer ses 4 millions d'euros, à tout prix. Preuve en est, la société de boucherie a déboursé plus de 200 000 euros pour faire citer la trentaine de témoins. Suivant l'adage sportif stipulant que la meilleure défense est l'attaque, l'entreprise spoliée a donc parié sur la grande fermeté du tribunal dans sa future décision. Le but étant qu'un maximum de prévenus soient jugés coupables de recel, et forcés à rembourser les virements perçus.

Le procédé est très risqué. Il parait très probable que les trois quart des prévenus seront relaxés. Le procureur de la République s'est d'ailleurs bien gardé de statuer sur les peines à prononcer pour la grande majorité des sociétés et personnes amenées à comparaître. En revanche, Sébastien Lemarié, ses associés de la SCI de la Mancellière, ainsi que la société AK Management (non représentée au procès) auront du mal à échapper à des sanctions. Au delà des remboursements et amendes, il a été requis un an de prison avec sursis pour ces derniers cités.  

Quelles sanctions pour S. Lemarié ?

La grande question est de savoir si le fraudeur ira derrière les barreaux. Poursuivi au départ pour vol ou abus de confiance, il encourait 3 ans de prison et 75 000 euros d'amende. Mais le procureur a sollicité la requalification des faits : escroquerie, blanchiment, corruption, faux et usage de faux. Dans ses réquisitions, il est d'ailleurs allé plus loin que la peine "normale", exigeant 4 ans de prison dont 18 mois avec sursis. En matière de délits financiers, les peines sont aménageables, et un condamné n'est pas envoyé en prison en dessous de 2 ans ferme, d'où cette sévérité particulière pour que S. Lemarié passe au moins quelques mois en cellule. 

Une obligation de remboursement a également été demandée même si tout le monde sait pertinement que le principal prévenu ne pourra jamais rembourser l'intégralité des 4 millions d'euros détournés. Se pose alors la question de l'exercice de son métier. Malgré ses malversations, le prévenu a retrouvé un emploi de contrôleur de gestion. Le ministère public souhaite l'interdire d'occuper des fonctions en lien avec les faits reprochés mais dans ce cas, comment pourrait-il rembourser son ex-employeur ?

Le Tribunal s'est donné quasiment deux mois pour statuer sur l'affaire. Il rendra sa décision le 22 novembre, en début d'après-midi.  

Les phrases marquantes du procès

"Je ne suis pas un Robin des Bois, juste un homme qui ne peut pas dire non", Sébastien Lemarié, principal prévenu

"M. Lemarié, c'est un génie des chiffres !", Me Belot, avocat de Coop Service-Coop saveur (ex MaxiViande)

"Y'a peut-être pas beaucoup de boucheries MaxiViande Faubourg Saint-Honoré", Erick Tamion, président du Tribunal s'adressant à deux avocats d'une société parisienne organisatrice de la Peronne Cup

"On ne sait pas pourquoi on est là, c'est kafkaïen !", Me Picard, avocat de trois prévenus

"Il m'a fait beaucoup de mal, me disait que j'étais son père", Claude Peronne, président du FC Thaon (ex-US Thaon)

"C'est une farce, une instrumentalisation de la procédure pénale au profit d'une partie civile qui s'est sentie flouée pour ne pas avoir vu l'intégralité des sommes qu'elle s'est fait détourner", Me Revel, avocat de plusieurs prévenus


 

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