Michel d’Ornano, entre Paris et la Normandie, retour sur un parcours hors norme

Il y a 30 ans, le 8 mars 1991, fauché par une camionnette, Michel d’Ornano disparaissait brutalement. Figure politique française et locale, le "Duc de Normandie" a laissé un héritage toujours profondément ancré, porté par des oeuvres comme des individus. Retour sur un parcours hors du commun.

Le ministre de l'Industrie et de la Recherche, Michel d'Ornano lors du congrès "Génération Sociale et Libérale" à Paris, le 26 octobre 1975.
Le ministre de l'Industrie et de la Recherche, Michel d'Ornano lors du congrès "Génération Sociale et Libérale" à Paris, le 26 octobre 1975. © AFP

Il est un stade, une avenue, un parc ou encore une promenade. Pour les nouvelles générations, millennials de la fin du 20e siècle comme la génération Z du début du 21e siècle, il n’est parfois que cela. Un nom aussi familier que lointain sur lequel on ne saurait esquisser un visage. Pour ceux dont la curiosité a été piquée après un détour au stade d’Ornano de Caen ou par un passage sur les planches de Deauville, il est sûrement plus -et encore bien plus s’ils sont Deauvillais.

Pour leurs parents et leurs grands-parents à travers l’Hexagone et la Normandie il est une figure. De celle qui traverse les âges et les générations, marquante par sa personnalité et son oeuvre, passée à la postérité par son héritage. Voilà 30 ans, ce 8 mars 2021, que Michel d’Ornano, affectueusement renommé le Duc de Normandie, est décédé.

Michel avait trois grands rêves : l’industrie, la politique et la presse. Il a réussi les trois.

Anne d’Ornano, veuve de Michel d'Ornano

Sa disparition, saluée par des funérailles dignes d’un chef d’Etat le 8 mars 1991 où s’était massées nombre de personnalités et pas moins des 3000 habitants devant la petite église de Saint-Augustin, avait bouleversé la France entière. Rien ne prédestinait le natif de Paris, à inonder les Unes nationales le jour de sa mort, encore moins à marquer au fer blanc l’histoire normande où son héritage perdure toujours.

De la Normandie à l’Elysée

Car Michel d’Ornano a débarqué un peu par hasard dans la région en héritant à la mort de sa mère d'une maison à Deauville. En 1962, l’entrepreneur dans l’industrie du parfum, plébiscité par les habitants notamment pour ses origines parisiennes, devient maire suite au décès de l’ancien édile.

Sa carrière politique est lancée. S’il revêt le costume de député de 1967 à 1991, il laisse longtemps sa place à ses suppléants pour endosser le rôle de ministre sous la présidence de son ami, Valéry Giscard d'Estaing. Au côté de ce dernier, il a posé les fondations de la famille politique centriste grâce à la création des Républicains Indépendants en 1966, puis de l'UDF en 1978.

Françoise Giroud, Michel Poniatowski, Olivier Guichard, Raymond Barre, Michel d'Ornano, Christian Bonnet et le journaliste Alain Trampoglieri, le 03 janvier 1977 dans la cours du palais de l'Elysée à Paris, à l'issue du conseil des ministres.
Françoise Giroud, Michel Poniatowski, Olivier Guichard, Raymond Barre, Michel d'Ornano, Christian Bonnet et le journaliste Alain Trampoglieri, le 03 janvier 1977 dans la cours du palais de l'Elysée à Paris, à l'issue du conseil des ministres. © AFP

Michel d’Ornano, dont l’on vante les qualités de droiture, la courtoisie et le travail, creuse en parallèle son nid en Normandie. Il devient membre (1976) et président (1979) du conseil général du Calvados et enfin président du conseil régional de Basse-Normandie en 1983.

"La confiance d’un homme comme lui, c’était un trésor"

Tant son parcours que son comportement imposent le respect tant dans la vie publique que dans la vie privée. Ses proches sont unanimes sur la question. Michel d’Ornano avait ce précieux don pour entraîner les autres avec lui, non pas en les forçant à épouser sa ligne, mais en les accompagnant pour qu’ils s’accomplissent. "De ce que me disait les gens, ils le trouvaient un peu intimidant, mais en réalité il était un peu timide. Il ne montrait pas trop ses sentiments. Il était très facile à vivre, je ne l’ai jamais vu vraiment en colère. Il essayait toujours de comprendre, respectait et comprenait la liberté de chacun", relate Anne d’Ornano.

La confiance d’un homme comme lui c’est un trésor, un cadeau de la vie immense et il faut en être digne. C’était un homme qui avait une vision politique, un sens éthique et un humanisme profond.

Nicole Ameline, ancienne ministre de la parité et de l’égalité professionnelle et suppléante à l'assemblée nationale de Michel d'Ornano

Parmi les proches qu’il aura profondément marqué se trouve Philippe Ogier. L’actuel maire de Deauville, adjoint d’Anne pendant six ans à la mairie et souvent présenté comme son héritier, en garde un souvenir précieux : "C’était un politique engagé sur la base de convictions qu’il n’abandonnait jamais. Un entrepreneur qui avait particulièrement réussi dans une entreprise multinationale et qui avait la même envie de faire en politique. Il avait une profonde bienveillance à l’égard des jeunes."

Une bienveillance dont se souvient avec nostalgie, son fils, Jean-Guillaume d’Ornano. "C’était un chef de famille, une personne très aimante nous offrant un amour inconditionnel", débute-t-il. "C’est un honneur de pouvoir porter ce nom et de rencontrer des gens qui vous disent que vos parents ont fait des choses formidables. On a une certaine responsabilité de ne pas abîmer ce qu’ils ont fait dans la région. Ce n’est pas un poids, mais une chance", conclut-il dans un sourire.

L’éveil de Deauville

Je ne cherche pas à être populaire, je cherche à faire des choses. Quand je faisais de la philo, j’apprenais la différence entre l’ambition d’être et l’ambition de paraître. Moi j’ai l’ambition d’être, de faire des choses.

Michel d’Ornano

Et il est peu de dire que Michel d’Ornano en a fait des choses à Deauville. Sous le mandat du couple qui s’étire sur 39 années, Deauville passe d’une station balnéaire estivale prisée des Parisiens à un endroit où il fait bon vivre et où se pressent les figures incontournables de Jacques Chirac en passant par Simone Veil ou encore Jacques-Yves Cousteau.

Anne d'Ornano entourée de son époux, Michel d'Ornano alors ministre et du président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, le 6 septembre 1986 lors du Festival du cinéma américain de Deauville.
Anne d'Ornano entourée de son époux, Michel d'Ornano alors ministre et du président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, le 6 septembre 1986 lors du Festival du cinéma américain de Deauville. © Mychele Daniau / AFP

Un changement qui ne s’opère pas du jour au lendemain, mais repose sur les victoires du Duc de Normandie. Outre l’implantation du Grand Accélérateur National d'Ions Lourd (Ganil) et de la passerelle entre le port de Ouistreham et Portsmouth, Michel d’Ornano obtient la construction de l’autoroute A13, le turbotrain et l’électrification de la ligne Paris-Caen-Cherbourg.

Dans un premier temps, il était important de rendre Deauville accessible. Il en a fait une ville où on pouvait arriver sans trop de difficultés. Ce n’était plus trop loin de Paris. Ensuite, c’était à mon tour de rendre Deauville plus accueillant, avec la possibilité d’hébergement, de recevoir des congrès, de rendre la ville plus belle. Je crois qu’à nous deux, on a bien réussi.

Anne d’Ornano

"Quand Michel est arrivé, Deauville était totalement endormie, grâce à lui, puis à sa femme, elle revivait", atteste Philippe Ogier. "Deauville avait une passion pour Michel et la famille d’Ornano et il faut reconnaître que c’était réciproque" emboite, Hubert Moisy, ancien adjoint à la mairie. Les bustes en bronze du couple d’Ornano installés dans les locaux de la mairie en sont une preuve supplémentaire. Les planches de Deauville, immortalisées par le film de Claude Lelouch "Un homme une femme" et situées sur la promenade Michel d’Ornano, en sont une autre.

En permettant à la ville d’accueillir le premier festival de film américain, ce dernier a offert à la commune du Calvados un rayonnement qui dépasse les frontières. Une addition à un héritage déjà riche dont Philippe Ogier veut se faire le garant : "Je prépare les équipes pour l’avenir à ce que cet esprit, l’esprit des d’Ornano, perdure." Difficile d’imaginer qu’il en soit autrement.

REPLAY. Emission spéciale Michel d'Ornano, le Duc de Normandie

Présentée par Franck Besnier

Produit par France 3 Normandie

Diffusion : dimanche 7 mars à 11h00 sur les départements du Calvados, de l'Orne et de la Manche

Durée : 26'

À revoir en intégralité ici :

durée de la vidéo: 26 min 59
Michel d'Ornano, le Duc de Normandie

Cette émission retrace le destin exceptionnel de cette grande figure de la politique, partant de la mairie de Deauville pour devenir pendant 7 ans, un des ministres les plus influents sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Au cours de l’émission, vous reverrez les grands moments de sa vie et découvrirez un homme très attaché à sa famille. Franck Besnier rendra hommage à Michel d'Ornano avec ses invités : Anne d'Ornano, ancienne épouse de Michel d'Ornano et Présidente du département du Calvados de 1991 à 2011, Philippe Augier, Maire de Deauville.

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