Ouistreham : le Saga, voilier solidaire et héritage familial, vogue enfin quarante ans après

L’une des plus belles histoires de l’été s’est probablement déroulée samedi après-midi au port d’Ouistreham dans le Calvados. Entre secret soigneusement gardé, retrouvailles familiales, rêve exaucé quarante ans après et actions solidaires. Retour sur un moment précieux.  
 

Florentine a finalisé avec l'aide de son père et dans le plus grand secret, le projet lancé par son grand-père quarante ans plus tôt.
Florentine a finalisé avec l'aide de son père et dans le plus grand secret, le projet lancé par son grand-père quarante ans plus tôt. © FTV
Leur histoire est aussi touchante qu’improbable. Digne d’un scénario de film. Une histoire qui transcende et rassemble les générations. A l’image des vagues qui vous chatouille les pieds, avant de se retirer un temps et de se rappeler à vos beaux souvenirs quelques secondes plus tard, ce rêve d’un bateau sur lequel ils pourraient enfin naviguer les a titillé longtemps, de générations en générations. Le projet lancé par Jean-Pierre, désormais arrière-grand-père, a été finalisé par l'un de ses fils et ses petits-enfants. Le tout sans que le patriarche n’a été mis dans la confidence.

Pour comprendre un peu mieux l’émotion qui s’est emparée de la famille et des partenaires présents pour cette aventure samedi après-midi lors de la découverte du bateau enfin navigable, il faut remonter le temps et plonger en 1981 aux côtés de Jean-Pierre. Le jeune homme se lance alors un projet fou : construire son bateau et prendre la mer. "Mon grand-père a commencé à construire ce bateau de A à Z par passion, expose Florentine, sa petite fille. C’est une passion qui lui avait été transmise par son père et quelque chose qui est restée dans la famille."
 
Archives du chantier mené en 1981 par Jean-Pierre.
Archives du chantier mené en 1981 par Jean-Pierre. © Association Le Saga


"C'était quelque chose que je devais faire"

Le projet prend forme. La construction se poursuit pendant huit ans, mais Jean-Pierre ne peut la mener à son terme. Il est grièvement blessé sur le chantier et perd l’usage de ses deux jambes. Ne pouvant accomplir son rêve, mais souhaitant tout de même que d’autres puissent profiter de son bateau, il s’en sépare. Malgré tout, jamais il n'oubliera. Il distillera au fil des années des anecdotes de cette époque à ses enfants, puis à ses petits-enfants.

Un jour, le hasard ou le destin –question de point de vue- ramène ce bateau, qui n’a pas cessé d’hanter les lèvres de Jean-Pierre, sur la route de son fils, Eric. "On ne le cherchait pas spécialement et on l’a découvert via une petite annonce sur internet, raconte-t-il. De là, tout s’est enclenché. C’était quelque chose que je devais faire. Heureusement, ma fille, Florentine s’est greffée sur le projet parce que je n’aurai pas pu réussir seul."

 

Au début, je trouvais le projet un peu fou. Je n’avais pas tort (rires). Le bateau était quand même en mauvais état. Il a fallu acheter beaucoup de matériel et ça a demandé beaucoup d’heures d’investissement personnel. Le projet me semblait inaccessible, que ce soit financièrement ou en terme logistique. C’était très compliqué à organiser d’autant que je vis au Canada. Même s’il n’est pas entièrement terminé, on va pouvoir en faire quelque chose et en faire profiter. On ne voulait surtout pas que ce bateau reste au port.

Eric Meunier, fils de Jean-Pierre

 
Le Saga avant et après rénovation.
Le Saga avant et après rénovation. © Association Le Saga


Un voilier au soutien des agriculteurs et des personnes handicapées


Le voilier, aménagé pour être accessible aux handicapés et permettre à l'arrière grand-père de naviguer, se veut également solidaire. S’il est le fruit d’une histoire de famille, il est avant tout celui d’une volonté de partage. C’est pourquoi le Saga étendra son utilisation hors du cercle familial.

"Il y a un volet qui concerne les agriculteurs qui sont les premiers soutiens du projet, expose Hubert Marin, dirigeant de Fairefrance et mécène de l’initiative. L’idée va être de faire le lien entre la terre et la mer. D’aider des éleveurs qui ont un problème technique ou financier, de les sortir de leur cadre pour prendre une bouffée d’oxygène, de les aider à prendre du recul et à ne pas rester enfermés dans leur bulle. On va également travailler avec des associations qui accompagnent particulièrement des enfants handicapés pour qu’ils puissent vivre des moments qu’ils n'ont pas forcément l'occasion de vivre chez eux."  
   
Après un an et demi de travaux qui se sont tenus à Bordeaux, Eric a pris la mer pour la première fois vendredi soir avec le bateau pour rejoindre le port d’Ouistreham où s’est retrouvée la famille ce samedi. Là, le grand secret a été révélé. Une situation qu’appréhendait un peu Florentine : "Ce n’était pas facile de laisser papi en retrait parce que je le voyais souvent et qu'il en parlait de son bateau, appuie-t-elle. Il racontait des anecdotes du chantier, il en parlait à ses amis en disant qu’il avait vu le voilier dans une petite annonce. Il l’avait quand même à l’esprit… ça me démangeait un peu parfois de ne rien lui dire.

Ce samedi, la boucle est enfin bouclée. "C’est beaucoup de travail qui s’achève, mais c'est surtout le début d’une nouvelle étape", conclut-elle. Le début d'une nouvelle saga.
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