Zoo de Jurques : secrets et coulisses

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Écrit par Amandine Pinault .

Le printemps pour un zoo rime avec renouveau : des naissances sont attendues chez les animaux et les visiteurs affluent. Le zoo de Jurques a rouvert ses portes au public 7 jours sur 7 depuis le 9 avril. Mais en coulisses, l’équipe s’active toute l’année pour prendre soin des 750 pensionnaires du parc. Bienvenue dans les coulisses du zoo de Jurques.

Tous les matins, les animaux les attendent : pas de grasse matinée le dimanche, pas d’excuse météo qui tienne. Au zoo de Jurques, six personnes s'occupent de nourrir 750 bouches et becs.  

Les carnivores, les végétariens, les omnivores : chaque espèce a son régime alimentaire.  Chaque année, le zoo écoule 13 tonnes de poulet, 10 de bœuf, 4 de poisson, 7 de pommes, 3 de bananes,… souvent en provenance de filières locales.  

Ces tonnes de fruits légumes viande graines et poisson pèsent lourd dans le budget du zoo. Les plans anti gaspi, comme les invendus de supermarchés, sont donc les bienvenus.

En fruits et légumes on passe une tonne par semaine. On fait des commandes chez des primeurs une fois par semaine et le reste provient de surplus de supermarchés

Guillaume Ourry directeur du zoo de Jurques

Pour tous les animaux, le repas est important, mais dans chaque enclos le cérémonial est différent. Chez les lémuriens par exemple, c’est le sexe féminin qui se taille la part du lion.

Souvent quand j’entre dans l’enclos la matriarche du groupe vient sur mon épaule manger directement dans la gamelle que je tiens dans les mains. Chez les lémuriens l’organisation est matriarcale : ce sont les femelles qui décident. Les mamans et les petits mangent en premier, les mâles attendent. S’ils viennent dès le début du repas, ils vont se faire chasser par les femelles

Océane Thomas, soigneuse au zoo de Jurques

Pendant ce temps-là, de l’autre côté du parc, Noémie distribue elle aussi des fruits et des légumes, mais dans une ambiance plus mystérieuse. En mode « promenons-nous dans les bois », elle cache des morceaux de pommes dans l’enclos des loups à crinière. Contrairement à leurs cousins complètement carnivores, ces loups là mangent en effet autant de fruits et de légumes que de viande.  

Dans la nature, chercher leur alimentation leur demande beaucoup de temps. Au zoo, ils ont des cuisiniers privés, ils n’ont pas besoin de chercher ! Donc on va stimuler leur comportement en cachant la nourriture, afin qu’ils s’exercent à chercher par eux-mêmes.

Noémie Rolot, soigneuse au zoo de Jurque

Pour être sûr que le régime alimentaire est adéquat, que les quantités sont bien calculées et que l’un des deux loups ne s’octroie pas la part de l’autre, les animaux sont régulièrement pesés. « Cela permet d’avoir un suivi sur les animaux, d’être sûr qu’ils s’alimentent correctement, qu’il n’y a pas un problème de santé qu’on aurait loupé par exemple » explique la soigneuse Noémie Rolot.

Surtout que ces 2 loups sont encore jeunes et en phase d'adaptation. Amalia la femelle est arrivée récemment d'Allemagne et le mâle Boss du zoo de Moscou. S'ils se plaisent ils pourraient bientôt offrir à la Normandie des louveteaux à crinière.

Les naissances rythment la vie des parcs zoologiques. A Jurques en ce mois de mai, les bébés kangourous sont dans les poches, des bébés sont prévus incessamment chez les manchots, les cigognes, les suricates, les lémuriens et peut être les mandrills. Des carnets roses toujours très attendus des visiteurs comme des membres de l’équipe du parc.

 Le lion est mort

Mais cette année, le printemps a aussi emporté Kéfir. Le lion brun âgé de 17 ans est mort le 25 avril dernier. Un décès dû à une hémorragie qui a attristé toute l’équipe. Kéfir était né au zoo de Jurques en 2005. Il vivait avec sa sœur Sophie, 19 ans, et sa mère Salima, bientôt 23 ans. « Nous avons été très surpris, c’est venu brutalement » raconte Guillaume Ourry.  

C’est le Dr Romain Potier, vétérinaire spécialisé en médecine zoologique, qui a du euthanasier le lion. Pour les soins autres que les bobos du quotidien ou l’administration d’antiparasitaires, le parc fait en effet appel à un spécialiste extérieur. Le cabinet Faunevet situé à Nantes intervient dans plusieurs zoos de France, car seuls les plus grands parcs (un quart de la totalité) peuvent embaucher des vétérinaires à demeure.

Le vétérinaire se déplace avec des équipements mobiles, afin de pouvoir réaliser le maximum de soins dans l’enclos des animaux pour ne pas les perturber par des transports. En mars, le docteur Romain Potier est venu à Jurques au chevet de Mangou, un tigre de 15 ans, dont on suspectait une arthrose du genou. L’animal a été endormi dans son enclos pendant une heure et demie afin de réaliser des radios de sa patte. Suite à ce diagnostic, un traitement a pu être trouvé pour soulager le vieux tigre.

Mangou a encore au moins 5 belles années à passer au zoo de Jurques. Grâce à la nourriture et aux soins, l’espérance de vie d’un animal est plus longue en captivité que dans la nature. Le lion brun est mort à l’âge de 17 ans, mais sa sœur en aura bientôt 23… Les lions blancs eux sont âgés de 15 ans.  

Les zoos n’achètent pas les animaux

Suite au décès de Kéfir, l’équipe envisage de faire venir un, voire plusieurs nouveaux lions. Ils n’auront pas de mal à en trouver : Tonga terre d'accueil, un refuge près de Lyon, en accueille plusieurs centaines. Ces animaux ont été saisis en France dans des cirques, des laboratoire, ou chez des particuliers,  suite à une détention illégale ou à de mauvais traitements.

Les zoos sont également des sanctuaires pour des espèces victimes de trafic. A Jurques, une quinzaine de macaques ont par exemple été recueillis. Ils avaient été achetés illégalement en Afrique du Nord par des touristes européens alors qu’ils n’avaient que quelques mois.

Un bébé singe, c’est mignon… Mais quand un macaque mâle atteint l’âge de 5-6 ans, il va vouloir devenir dominant au sein de son groupe. Donc les personnes qui ont acheté ces singes-là se retrouvent souvent démunies : soit le singe s’échappe de chez eux, soit il est saisi par la justice.

Guillaume Ourry, directeur du zoo de Jurques

Recueillir des animaux saisis par la justice ne permet toutefois pas d’avoir un large panel, et surtout une diversité suffisante au sein d’une même espèce. 

Or, les 750 animaux du zoo de Jurques ont tous un point commun : ils n’ont pas été achetés. L’association européenne des zoos et aquariums, à laquelle adhère la plupart des parcs français, leur interdit en effet le commerce des animaux.  

Pour trouver des pensionnaires et éviter la consanguinité, les parcs s’échangent des animaux entre eux, par le biais de programmes d’élevages européens. L’objectif de ces programmes est de sauver des espèces menacées.

Retour à la vie sauvage à Madagascar 

Dans certains cas, les espèces sont même réintroduites dans leur milieu naturel. Une femelle maki vari roux s'apprête ainsi à quitter Jurques, direction Champrepus, avant un retour à la vie sauvage, à Madagascar !  

La femelle maki vari roux va rencontrer un mâle à Champrepus et potentiellement se reproduire avec. Ensuite, toute la famille repartira à Madagascar. C’est plus facile de réintroduire un groupe parce qu’il y aura une cohésion et ils vont mieux s’adapter à leur nouvel environnement.

Guillaume Ourry, directeur du zoo de Jurques

S’intégrer, trouver sa nourriture, éviter les prédateurs : la vie sauvage est un énorme défi pour qui est né en captivité. Le zoo de Jurques travaille depuis 10 ans sur ce programme. Une fois relâchée dans la nature, la famille maki sera suivie de très près pendant plusieurs mois, pour s'assurer du succès de cette opération.

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