Coronavirus : ces salariés contraints de poursuivre leur activité

Alors que les Français sont appelés à limiter au maximum leurs déplacements à cause de la pandémie du Covid-19, certaines professions qui ne se jugent pas indispensables continuent leur activité. Au grand déserroi de certains salariés. 

Certains employeurs refusent que leurs salariés soient se mettent à l'arrêt.
Certains employeurs refusent que leurs salariés soient se mettent à l'arrêt. © Maxppp/L'Est Républicain

Le Président Emmanuel Macron a appelé à « la responsabilité civique des entreprises pour poursuivre leur activité lorsque cela est possible » et sur « l'importance pour les salariés des entreprises qui se sont mis en conformité avec les règles sanitaires d'aller travailler sur les sites de production ».

Des règles qui ne semblent pas encore tout à fait respectées dans certains secteurs, provoquant l'incompréhension des salariés. Voici leurs témoignages : 

« Pas de gel hydroalcoolique, ni de gants »

« Je peux comprendre l’état de crise actuel, c’est quelque chose d’inhabituel, mais il n’y a pas les moyens appropriés pour les techniciens. », explique Stéphane Leprevost, délégué syndical CGT dans l'entreprise Schindler Normandie Centre, société qui conçoit et répare les ascenseurs. 

« On nous dit que nous sommes un métier d’urgence et donc obligés d’aller travailler. Sauf que les techniciens n’ont pas de gants, pas de gel hydroalcoolique, ni de masques, alors qu’on intervient dans les hôpitaux, dans des maisons de retraites, dans des immeubles où il y a beaucoup de passages. »

« On avait demandé à ce que les techniciens interviennent uniquement sur les urgences, donc les pannes d’ascenseur, mais on nous demande de continuer la maintenance traditionnelle, des choses qui ne sont pas urgentes. La plupart des techniciens ne veulent pas faire ce genre d’intervention pour éviter de croiser trop de monde.», poursuit-il.

La direction nous dit : « vous pouvez y toucher, ne mettez pas les doigts à votre bouche et tout ira bien »

S'il n'existe jusqu'ici aucune preuve de contamination par les objets, le coronavirus résiste sur certains supports, jusqu'à 3 jours sur les surfaces en aciers. Cela concerne notammant les poignées de porte, mais aussi les boutons d'ascenseur.
 
© Maxppp

« La direction propose aux gens qui ne veulent pas travailler dans ces conditions, de se mettre en chômage technique. Dans cette situation, les employés ne sont pas payés dans leur totalité, ne bénéficient plus des primes d’astreinte, etc. Donc à la fois du mois il y aura une baisse de salaire considérable », conclu le et Délégué Syndical CGT Stéphaner Leprevost.
 

« On va tous l’attraper de toute façon », dit un responsable à ses employés

Sur le centre Renault d’Aubevoye (Eure), consacré aux essais des véhicules, certains employés travaillent toujours sur place. « Nous sommes trois prestataires de service. Tous les employés Renault ont été renvoyés chez eux, sauf nous, les conducteurs qui essayent les voitures », raconte une employée. « Je ne vois pas l’intérêt de continuer les essais de voiture et de nous mettre en danger. Ce n’est pas un emploi vital »

« Notre employeur continue de nous faire travailler alors qu’il ne propose aucune mesure sanitaire barrière, mise à part un spray avec lequel les 3 chefs d’équipes aspergent dans la voiture. Nous n’avons aucun chiffon mis à disposition pour nettoyer le volant, ni de gants. », poursuit-elle.
 

Centre technique d'essai Renault Aubevoye
Centre technique d'essai Renault Aubevoye © Google Maps



« On est 25 voire 30 dans une salle de roulage, sans aération. Quand on en parle à notre chef, il nous répond « si on l’attrape, on l’attrape. Tant que le roulage pourra rouler vous allez rouler », c’est un dialogue de sourd. Il nous a dit qu’on pouvait exercer notre droit de retrait, mais si je l’utilise j’ai peur d’être renvoyée. »


La colère des salariés d'usines

Toujours dans le secteur automobile, à Mondeville, la fille d’une employée de l’usine Valeo, qui fabrique des commutateurs et capteurs pour l'industrie automobile, s’insurge : « Comment se fait-il que ma mère de 61 ans travaille encore sur sa chaîne avec ses collègues alors qu’elles touchent aux même pièces de fabrication les unes et les autres, sans maques ni gants ? »
 
© Maxppp/Olivier Arandel

Une information confirmée par la CGT dans un communiqué : « la CGT estime qu’il est inadmissible que des salariés de VALEO prennent des risques pour leur santé et celle de leurs proches, juste pour produire des pièces de voitures. En effet, l’activité automobile n’est pas un bien essentiel comme la santé, l’énergie, l’agroalimentaire, la sécurité, les pompiers… »

Le syndicat demande au PDG du groupe de prendre des dispositions nécessaires pour protéger les salariés, « c’est-à-dire fermer les sites ».

La soif d’argent de certains dans la course aux profits ne peut se faire sur la santé de ses salariés. 

« Le gouvernement et l’ARS doivent impérativement imposer à tous les employeurs dont l’activité ne fait pas partie des besoins essentiels de mettre les usines de production à l’arrêt. », revendique le communiqué.
 

« Il est essentiel de protéger les salariés »

Mercredi 18 mars, si le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a déclaré qu’il était « essentiel que le pays ne soit pas à l’arrêt (…) c’est une urgence absolue de protéger les salariés. »

Nous voulons que l'activité économique se poursuive dans des conditions de sécurité sanitaire strictes.

« Il faut prendre le temps nécessaire dans chaque entreprise pour dialoguer avec les salariés et redéfinir des règles », a expliqué le ministre.  «Nous souhaitons qu'il y ait un guide de bonnes pratiques qui serve de référence »


 
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