"Le travail sur la liberté d’expression et les caricatures, tout professeur d’histoire géographie le fait"

Professeur d’histoire-géographie depuis 1985, Matine Séguéla exerce aujourd’hui dans un lycée des Andelys. Au lendemain de l’hommage rendu à Samuel Paty dans toutes les écoles de France, elle revient sur cet événement et évoque son métier.
© France 3 Normandie
Comme tous ses collègues, et comme de nombreux français, Martine Séguéla été choquée par l’assassinat de Samuet Paty, perpétré le vendredi 20 octobre, à Conflans-Sainte-Honorine par un islamiste radical de 18 ans.
 

J’ai été choquée car je me suis dit que nous étions tous des Samuel Paty. Le travail sur la liberté d’expression et les caricatures, tout professeur d’histoire géographie le fait. C’est choquant de voir qu’on peut tuer quelqu’un car il enseigne un programme, qu’il enseigne la liberté d’expression, ce qui fait notre pays. 

Martine Séguéla, professeur d'histoire géographie


L’hommage dans les écoles


Puis, un hommage dans tous les établissements scolaires lors de la rentrée des vacances de la Toussaint, le 2 novembre, a été décidé par le ministre de l’éducation nationale.
 
« C’était impossible pour moi de rendre hommage à Samuel Paty sans commencer par poser des questions simples à mes élèves et sans reposer la vérité des faits que nous connaissons à ce jour » explique l’enseignante.

« Ce lundi 2 novembre, nous avons également interrogé les termes utilisés par Emmanuel Macron : pourquoi mercredi 21 octobre, à la Sorbonne, lors d’une cérémonie d’hommage national, le président de la République a évoqué Samuel Paty en parlant d’un « héros tranquille de la République » ?  Nous nous sommes interrogés sur les raisons qui nous ont incité à lui rendre hommage »
 

"Mon rôle de professeur est fondamental pour ouvrir les esprits de nos élèves"


Depuis le drame de Conflans-Sainte-Honorine, Martine Séguéla s’est interrogé sur son métier.

Lors d’un cours sur la liberté d’expression, comme il en avait l’habitude depuis plusieurs années, Samuel Paty avait choisi de montrer des caricatures pour débattre avec ses élèves. Une décision qui cette année a choqué un père d’élèves.

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« La caricature est quelque chose d’important dans notre pays car c’est un droit en France. Mais la mort de Samuel Paty m’a amené à m’interroger : est-ce que je dois ou pas prendre des caricatures maintenant ? Est-ce que je dois avoir peur ? Suis-je à l’aise ou non ? » raconte Martine Séguéla. « Puis j’ai reçu des messages de soutien d’élèves et d’anciens élèves. Ca a renforcé pour moi, l’idée que mon rôle de professeur d’histoire géographie est fondamental dans la société pour ouvrir les esprits de nos élèves. »
 
"Le rôle de professeur d’histoire-géographie est fondamental pour ouvrir les esprits de nos élèves."
 

Se construire à l’école pour comprendre le monde contemporain

Martine Séguéla reconnaît que parfois, des tensions peuvent animer les élèves entre ce qui est dit et vécu par la famille et ce qui est dit à l’école.
 

Dans la vie de l’enfant, les enseignants sont des passagers qui transmettent. Mais c’est avec la famille qu’il vit le plus. Parfois, l’adolescent est pris entre la loyauté qu’il doit à sa famille et ce qu’il apprend à l’école. Le métier de professeur d’histoire géographie a un sens important aujourd’hui car nous donnons des clés de compréhension du monde pour qu’ils puissent se forger en tant que citoyen. 

Martine Séguéla, professeur d'histoire-géographie


Comprendre le passé


C’est pour cette raison notamment que depuis plusieurs années Martine Séguéla travaille avec ses élèves sur la Shoah. Elle organise des rencontres intergénérationnelles entre résistants, déportés et témoins civils avec des jeunes. L’enseignant a même accompagné sa classe en Pologne pour visiter le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

« Il faut connaître ce qui a été fait par le passé, comment les régimes totalitaires se sont construits et mis en place pour éviter que cela se reproduise. Plutôt que « plus jamais ça », je préfère dire « sachons, apprenons et soyons capables de dire non » conclut la professeur d’histoire-géographie.


 
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