Surpopulation carcérale : l'Etat condamné pour "conditions indignes de détention" à la maison d'arrêt d'Evreux

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La justice a condamné l'Etat pour "conditions de détention indignes" à la maison d'arrêt d'Evreux (Eure). Huit détenus vont être indemnisés en raison du préjudice subi. C'est une nouvelle fois l'avocat militant rouennais Etienne Noël qui est à l'origine de cette condamnation.

C'est une première à la prison d'Evreux, mais pas une première dans la région, ni en France. Car depuis une vingtaine d'années, l'avocat rouennais Etienne Noël dénonce sans relâche les conditions de détention des détenus et soulève notamment les problèmes de surpopulation carcérale. Un mal chronique dans les prisons françaises.

Il y a 15 ans, Etienne Noël avait déjà fait plier l'Etat, condamné pour les mêmes faits observés à la prison Bonne nouvelle de Rouen.

Cette fois, il s'est rendu à la maison d'arrêt d'Evreux pour réaliser une expertise en janvier 2020. L'avocat a constaté que les cellules de cette prison "étaient correctement entretenues, et régulièrement repeintes". Pas de problème de dégradation ou d'insalubrité, mais un grave problème de surpopulation carcérale.

"Lorsque j'y suis allé, il y avait 350 détenus pour 104 cellules", précise l'avocat." On se demande vraiment comment ils peuvent vivre là-dedans, entassés à 3 ou 4, sans pouvoir bouger."

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Interview de l'avocat rouennais Etienne Noël ©France 3 Normandie

Les détenus de la maison d’arrêt d’Evreux ont obtenu réparation en vertu d'une règle édictée par la Cour européenne des droits de l'homme.    

L'avocat rouennais  s’est fondé sur le non respect d’une règle exigée par la Cour européenne des droits de l’homme pour obtenir des indemnités pour les détenus qui ont saisi le tribunal administratif.

Cette règle stipule que chaque détenu doit pouvoir disposer de trois mètres carrés dans une cellule, sachant qu’une cellule fait en moyenne 10 mètres carrés. Mais ces trois mètres carrés sont calculés en surface nette, la surface libre au sol, c’est-à-dire après déduction des meubles, des sanitaires et des objets personnels des détenus.

Or, Etienne Noel a constaté que cette règle n’était absolument pas respectée au sein de la maison d'arrêt ébroïcienne. 

"L’expert avait calculé une surface dans toutes les cellules qui sont identiques une surface nette de 5,41 mètres carrés. On divise cela par les 3 ou 4 détenus qui se trouvent dans chaque cellule, et on est très, très en dessous des 3 mètres carrés exigés par la Cour européenne des droits de l'homme. C'est sur cette base-là qu'on a fait condamner l'Etat pour mes 8 clients".

En dessous  des trois mètres carrés, la cour européenne des droits de l’homme précise qu’il s’agit d’un traitement «  inhumain et dégradant » au sens de l'article 3 de la convention.

Des indemnités allant de 800 à 7000 euros

Le tribunal administratif de Rouen a donc condamné l’Etat français à verser des dommages et intérêts à huit détenus d’Evreux.

Les montants des indemnités varient selon la durée d’incarcération : ils vont de 800 euros pour les détentions les plus courtes à 7000 euros pour la durée la plus longue, à savoir 950 jours. "Et je viens de recevoir la plainte d'un autre détenu qui a passé 6 ans à la prison d'Evreux dans des conditions similaires, donc vous imaginez ce que ça peut donner ", précise l'avocat 

Est-ce que pour autant cette nouvelle victoire de l’avocat est amenée à faire changer les choses ? Pas vraiment. Etienne Noël se montre très sceptique à ce sujet :

"Je ne suis pas très optimiste là-dessus, d'autant qu'il risque d'y avoir encore plus de détenus dans les maisons d'arrêt dans les mois et les années à venir compte tenu des réformes qui sont en cours, mais ce que je vois, c'est la satisfaction qu'obtiennent mes clients d'avoir une indemnisation de leur préjudice moral. On n'imagine pas ce que ça fait pour eux de dire à l'Etat : j'ai été détenu dans des conditions épouvantables et maintenant je vous présente la facture. En terme de restauration d'image, je pense que c'est très, très important."

L'avocat précise que les indemnisations de ces 8 détenus sont les premières d'une série, puisque, au total, 35 détenus de la maison d'arrêt d'Evreux ont saisi le tribunal administratif afin d' obtenir réparation. Les procédures suivent leurs cours.