Affaire Karachi : prison avec sursis requise pour Edouard Balladur et François Léotard

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Écrit par SL avec SP et AFP

Dans le volet financier et gouvernemental du procès Karachi, le réquisitoire du procureur général François Molins est enfin connu : l'ex-Premier ministre encourt un an de prison avec sursis, et son ministre de la Défense deux ans avec sursis. 

 

Le réquisitoire du procureur général François Molins est tombé aujourd’hui. Il a requis un an d'emprisonnement avec sursis et 50 000 euros d'amende contre Edouard Balladur. La peine concernant son ancien ministre de la défense est plus lourde : le ministère public a demandé deux ans de prison avec sursis et 100 000 euros d'amende, estimant qu'il était "beaucoup plus impliqué" dans la gestion des rétrocommissions illégales en marge de contrats d'armement.

L’ex-Premier ministre et son ancien ministre de la défense sont jugés devant la Cour de justice de la République, respectivement accusés de complicité d’abus de biens sociaux et de recel, et de complicité dans l'affaire Karachi, un dossier tentaculaire.

Pour rappel, lors de l’attentat de Karachi en mai 2002, 14 personnes sont mortes dont 11 ouvriers et techniciens de la Direction des Constructions Navales (DCN) de Cherbourg (Manche). Un attentat qui pourrait être le résultat de représailles liées à l'arrêt de versement de commissions pour garantir des contrats d'armement, selon les familles de victimes.

"Ce que le procureur général a souligné, c'est que le lien entre les attentats et l'arrêt du versement des commissions était toujours possible" a précisé maître Olivier Morice, avocat de six des familles de victimes. 

"Ces demandes de condamnation [...] montrent que nous sommes bien en présence de l'affaire d'Etat considérable que nous dénoncions lorsque nous avons déposé cette plainte en 2010" affirme l'avocat.

Edouard Balladur, 91 ans, et François Léotard, 78 ans, n'étaient pas présents pour assister à ce réquisitoire. L'ancien ministre de la Défense a justifié son absence par son état de santé qui s'est aggravé depuis le 19 janvier, date de début du procès. Jusqu'à présent il assurait sa défense seul, mais a désigné finalement une avocate, Brigitte Longuet, pour le représenter.

Il y a forcément des menteurs

"S'il y a quelque chose qui saute aux yeux, c'est qu'il y a forcément des menteurs" a déclaré le procureur général. Face à "un dossier d'accusation crédible", il a dénoncé "l'attitude des prévenus" devant la cour et leurs "stratégies de déni et d'évitement", en décidant "de ne pas répondre aux questions", en se lançant "dans des digressions politico-diplomatiques."
 

Les deux anciens hommes d’Etat sont soupçonnés d’avoir mis en place un système de rétrocommissions illégales liées à d’importants contrats d’armement avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan. Rétrocommissions qui auraient alimenté les comptes de campagne d’Edouard Balladur alors candidat à la présidence de la République en 1995.

L’ex-Premier ministre a dû s’expliquer sur ce financement occulte. Un versement de plus de 10 millions de francs (soit 1,5 millions d’euros) en une seule fois et en liquide - en majorité des billets de 500 francs – interroge. Lors du deuxième jour du procès, le 20 janvier dernier, la ligne de défense d’Edouard Balladur est de clamer son innocence.

Ce dossier est fondé sur des approximations, des rapprochements, des coïncidences, des suppositions que rien n'atteste. Avec de tels procédés, on pourrait condamner n'importe qui.

Edouard Balladur, ancien Premier ministre

 

De son côté, Sandrine Leclerc, fille d'une des victimes de l'attentat estime au contraire que "l'on n'est pas sur des rumeurs, on est sur des faits. Les prévenus ne se défendent pas sur le fond, mais ils refusent de parler, ils ne se souviennent plus, ils ont perdu des agendas. Nous, familles de victimes, on ne comprendrait pas qu'ils ne soient pas condamnés." 

Le procès prendra fin le 11 février, avec les plaidoiries des avocats de l'ancien Premier ministre.