Bernard Cazeneuve quitte le Parti Socialiste et ce n’est pas rien, voici pourquoi

Bernard Cazeneuve l'avait dit clairement dans un message sur les réseaux sociaux. Un accord entre le Parti Socialiste et La France insoumise pour les législatives de juin 2022, est pour lui une ligne rouge à ne pas franchir. Après 35 ans de bons et loyaux services au PS, l'ancien Premier ministre et député de la Manche claque la porte. Bernard Cazeneuve estime que les dirigeants du PS ont "perdu leur boussole".

Bernard Cazeneuve l'a officialisé chez nos confrères de La Manche Libre ce mercredi 4 mai 2022. Il quitte le Parti Socialiste. C'est dans un long texte publié sur les réseaux sociaux que Bernard Cazeneuve explique pourquoi il quitte le PS. L'ancien Premier ministre estime que les dirigeants du PS ont "perdu leur boussole" en s'associant avec LFI pour les prochaines législatives de juin 2022. Un message fort, pour celui qui a rejoint le Parti Socialiste, il y a 35 ans maintenant.

Dans ce texte, Bernard Cazeneuve explique son choix. "La défaite n'explique pas tout, ni ne peut tout justifier"  évoquant  " qu'en politique, savoir qui l'on est et ce que l'on veut, c'est aussi avoir une idée claire de ce que l'on n'est pas et de ce que l'on n'acceptera jamais de devenir".

L'ancien chef du gouvernement (décembre 2016/mai 2017) parle de ses désaccords profonds avec la ligne et les idées de Jean-Luc Mélenchon. L'ancien député de la Manche, qui a quitté la politique en juillet 2017 reproche aux dirigeants du PS, de ne pas avoir consulté les militants, avant d'entamer des négociations avec la France insoumise. " Je suis fidèle au socialisme républicain et je ne pourrai en conscience et en responsabilité, demeurer dans le parti dont les dirigeants auront oublié ce qui le fonde et perdu leur boussole " conclut Bernard Cazeneuve.

L'annonce du départ de Bernard Cazeneuve du PS divise au sein du parti et provoque beaucoup de réactions parmi les rangs de La France insoumise. Des dirigeants de LFI pas vraiment tendre à l'égard de l'ancien Premier ministre. Alexis Corbière, le porte parole de Jean-Luc Mélenchon estime " que le départ de Bernard Cazeneuve a autant d'impact que la disparition de l'horloge parlante". Des propos condamnés par le Maire socialiste de Rouen.

Une page qui se tourne

Bernard Cazeneuve aura passé 35 ans au PS, qu'il a rejoint à la fin des années 80. Après avoir fait ses études à Bordeaux, il a passé quelques années au Mouvement des Radicaux de gauche (MRG). C'est en 1994, que ce proche de Laurent Fabius, est parachuté dans le canton de Cherbourg. 

Élu conseiller général, Bernard Cazeneuve devient député de la 5ème circonscription de le Manche en 1997.

Commence alors une longue et riche carrière dans le Cotentin pour Bernard Cazeneuve, qui truste tous les mandats locaux pendant presque deux décennies. Maire de Cherbourg, puis de la communauté urbaine, conseiller régional, député. La campagne présidentielle de 2012 marque un tournant dans la carrière politique de cet avocat de formation. Désigné comme l'un des quatre porte-parole de François Hollande, la France découvre un orateur doué, maitrisant ses dossiers, notamment celui du nucléaire. Une fois élu Président de la République, François Hollande va donner une stature nationale à son nouveau protégé. Le 16 mai 2012, Bernard Cazeneuve est nommé ministre délégué aux Affaires européennes, auprès de Laurent Fabius.

Indispensable dans l'équipe gouvernementale, Bernard Cazeneuve est nommé ministre délégué au Budget en mars 2013 en remplacement de Jérôme Cahuzac démissionnaire. Le 2 avril 2014, il est nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Valls. Confronté à une série d'attentats sans précédent à Paris en 2015 et à Nice en 2016, il devient un membre incontournable du gouvernement et du PS.

Le 6 décembre 2016, Bernard Cazeneuve est nommé Premier ministre par François Hollande. Il succède à Manuel Valls, pour ce qui sera le plus court séjour à Matignon sous la Cinquième république. La passation de pouvoir avec son successeur, Edouard Philippe, nommé par Emmanuel Macron se déroule le 15 mai 2017.

Retiré de la vie politique française depuis son départ de Matignon, Bernard Cazeneuve a repris sa carrière d'avocat en réintégrant le cabinet d'avocats d'affaires August Debouzy. Jusqu'à ce jour, il est resté fidèle au Parti Socialiste et à ses valeurs. Son départ du PS est-il le premier d'une série ? La question peut se poser après les prises de position négative de François Hollande et Stéphane Le Foll sur cet accord avec LFI.

Un accord PS -LFI qui laisse les membres du PS partagés

Pour Stéphane Le Foll, ancien ministre de l'Agriculture entre 2012 et 2017, cet accord ''c'est la fin du Parti socialiste tel qu'il a existé".

D'autres élus du PS sont au contraire favorables à cet accord. C'est le cas de Laurence Dumont, députée de la 2ème circonscription du Calvados. Elle se réjouit que les forces de gauche se rassemblent pour combattre la politique d'Emmanuel Macron.

C'est une bonne nouvelle. C'est historique, nous faisons enfin ce que les électeurs de gauche me demandent tous les jours. La boussole, on l'avait perdue plus tôt. Lors du quinquennat de François Hollande, avec la loi El Khomry et la déchéance de nationalité. Sincèrement, le rassemblement de la gauche, c'est le totem pour la victoire.

Laurence Dumont

Députée socialiste du Calvados

Laurent Beauvais se situe plutôt entre les deux lignes affichées par Bernard Cazeneuve et Laurence Dumont. L'ancien Président PS du Conseil régional de Basse-Normandie (2008/2015) estime " qu'il faut rester dans les appareils. Partir avant ne me parait pas une bonne chose, mais après les législatives, il faudra faire un bilan de tout cela". Laurent Beauvais ajoute " ne pas partager du tout les orientations de Jean-Luc Mélenchon. Mais je préfère ne pas crier au loup tout de suite, cela ne me parait pas utile".

Cet accord avec LFI doit être validé ce jeudi 5 mai 2022 devant le conseil national du PS.