A Cherbourg, SOS Médecins met ses menaces à exécution et stoppe une partie de ses activités ce mercredi 15 septembre

Les tarifs de certaines visites médicales à domicile ont été revalorisés au cours de l'été. Problème : seuls les médecins traitants en bénéficient. A Cherbourg, les visites constituent plus d'un quart de l'activité de SOS Médecins. Ce type de consultation n'a pas été revalorisé depuis 20 ans.
Le docteur Christophe Marchenay, président de SOS Médecins Cherbourg lors d'une visite à domicile
Le docteur Christophe Marchenay, président de SOS Médecins Cherbourg lors d'une visite à domicile

Mise à jour du 15 septembre 2021 : En l'absence de négociations sur la revalorisation des tarifs des visites à domicile et de réponse de la CPAM de la Manche sur le sujet, SOS Médecins de Cherbourg a décidé de mettre ses menaces à exécution ce mercredi 15 septembre. La dizaine de médecins que compte l'association cessent dès à présent les visites en ehpad et maisons de retraite, son partenariat avec le centre 15 et son travail avec la police et la justice (gardes à vue, visites en prison). "On a toujours aucune nouvelle", déplore Christophe Marchenay, président de SOS Médecins Cherbourg, "Et au niveau national, c'est la même chose pour toutes les associations; On est peu décontenancé."

 

Ce mardi matin, la patiente du docteur Christophe Marchenay est au plus mal. "Elle souffre de douleurs dorsales dues à des tassements de vertèbres. C'est extrêmement douloureux et très incapacitant. Je suis là pour essayer de trouver la meilleure solution pour la soulager." Souffrant également d'insuffisance respiratoire, la patiente est sous oxygène. "Elle est limitée dans ses déplacements par la longueur du tuyau qui la relie à l'appareil. Pour aller au cabinet du médecin, c'est compliqué." Alors, faute de place dans le planning de son généraliste, c'est l'association SOS Médecins de Cherbourg qui est venue à son chevet.

Les visites à domicile, "ça représente un gros quart de notre activité", souligne Christophe Marchenay, le président de SOS Médecins Cherbourg, qui compte une dizaine de praticiens. "Les patients nous appellent pour une visite, souvent après avoir contacté leur généraliste qui, soit ne peuvent pas se déplacer du tout, soit proposent un délai qui ne correspond pas à la demande de soins du patient", explique le médecin,.

Plus de service rendu à la population

Pas question pour autant de jeter la pierre aux confrères. "Nous connaissons tous la démographie médicale dans le Nord-Cotentin : il nous manque des médecins. Nos confrères généralistes peuvent mieux répondre à la demande de soins en étant dans leurs cabinets, car ils y voient plus de patients. Donc, c'est plus de service rendu à la population. Les visites sont chronophages, elles prennent beaucoup de temps et nous avons la chance dans notre organisation de pouvoir mobiliser un médecin en visite en permanence."

Au coeur de l'été, le ministre de la santé, Olivier Véran, s'est félicité de l'accord conclu entre la CPAM (Caisse primaire d'assurance maladie) et trois syndicats de médecins libéraux, MG France, Avenir Spé-le Bloc et la CSMF. L'avenant à la convention médicale prévoit près de 800 millions d'euros d'investissements avec, notamment, plus de 300 millions d'euros de revalorisations pour les généralistes et les spécialistes et 300 autres pour le numérique en santé. Parmi les mesures annoncées, un doublement du tarif (de 35 euros à 70 euros) d'un certain type de visite à domicile, les visites dites "longues et complexes" concernant les patients de plus de 80 ans et atteints de pathologies lourdes. Or, ces visites "longues et complexes" ne peuvent être effectuées que par les médecins traitants chez leurs propres patients (dans la limite d'une visite par trimestre pour un patient). 

Le silence des autorités

SOS Médecins France n'a pas tardé à réagir. Quelques jours seulement après l'officialisation de cet accord, l'association interpellait publiquement le président de la République. "Cet avenant réussit un prodige : revaloriser la visite médicale à domicile, tout en excluant de cette revalorisation ceux qui l’effectuent principalement, 365j/365, 24h/24", s'insurge alors Jean-Christophe Masseron, le président de l'association. Cette colère est ensuite relayée par les différentes antennes locales maillant le territoire. "Nous avons envoyé un préavis à nos autorités de tutelle depuis quasiment un mois, la CPAM de la Manche et l'Agence Régionale de Santé de Normandie, pour les prévenir. Nous n'avons aucune réponse de leur part, ne serait ce qu'un bien reçu. Aucune réponse", déplore Christophe Marchenay.

Face au silence des autorités de tutelle, SOS Médecins a décidé de passer à l'action à partir du 15 septembre prochain. "Dans un premier temps, ça va consister en l'arret des visites en institution, les foyers de résidence pour personnes âgées et les ehpad. Nous allons arrêter aussi de faire les gardes à vue, nous ne ferons plus les régulations SAMU, nous ne ferons plus les visites en prison." Les visites à domicile "classiques" , elles, seront maintenues. "Mais nous sommes prêts à aller jusqu'à l'arrêt complet de notre activité", prévient Christophe Marchenay, "que ce soit de la visite ou de la consultation, pour des périodes de durée indéterminée." Ce plan d'action ne concerne pas que le Nord-Cotentin. Il a récemment été adopté en assemblée générale de SOS Médecins France.

Les visites à domicile vouées à disparaître ?

Pour l'association, cette revalorisation, "totalement justifiée pour nos confrères car ils font un travail extra", pose tout d'abord un problème d'équité. "On a l'impression qu'on ne veut pas de nous : pourquoi revaloriser la visite des généralistes et pas la notre ? On voit nous aussi ces patients lourds. Sur une visite d'urgence, quand vous avez une personne âgée qui n'arrive plus à respirer, qu'il faut appeler l'ambulance, ça vous prend trois-quart d'heure à une heure. Et cet acte là, il est tarifé 35 euros." Mais elle interroge aussi, selon l'association, l'avenir de la visite à domicile. 

"La grande peur qu'on a c'est qu'on a l'impression que la visite à domicile est vouée à disparaître sous l'impulsion de nos autorités de tutelle", affirme Christophe Marchenay, "S'il n'y a pas de revalorisation de cet acte, primordial pour le maintien à domicile des plus fragiles, médicalement parlant mais aussi socialement parlant, ça va être très compliqué pour nous et nos associations de continuer cette activité parce que ce n'est pas attractif. C'est difficile de recruter du monde pour faire ces actes-là à ce tarif-là qui est bloqué depuis maintenant quasiment 20 ans."

La concurrence des primes

Ainsi, selon le président de SOS Médecins de Cherbourg, difficile de rivaliser auprès des jeunes médecins avec les pôles de santé, "un exercice beaucoup plus confortable", notamment sous l'effet des Revenus sur objectif de santé publique (ROSP). "C'est la façon qu'a utilisé le gouvernement pour augmenter les médecins généralistes. Au lieu d'augmenter la consultation, l'acte, il donne des primes si le médecin traitant respecte bien les consignes de l'assurance maladie, par exemple si les patients diabétiques ont vu l'ophtalmo une fois par an comme il faut. Tout ça donne des primes auxquelles nous n'avons pas droit. Les ROSP représentent jusqu'à 50 000 euros pour un médecin généraliste.

Alors SOS Médecins demande une revalorisation générale des visites à domicile. "On ne demande pas une revalorisation à 70 euros, même si ce serait presque justifié au regard des tarifs qui sont pratiqués chez nos voisins européens", indique Christophe Marchenay. L'association demande un tarif minimal de 57 euros 60, soit le tarif qui était accordé aux médecins durant les premiers mois de la crise sanitaire pour les visites urgentes en Ehpad. "Nos visites sont des urgences, qu'elles soient vitales, pour une urgence douloureuse ou pour une urgence sociale. Si on fait une visite, on ne la fait pas pour faire plaisir au patient mais parce qu'elle est nécessaire", plaide le président de SOS Médecins Cherbourg. L'association demande également une harmonisation de l'indemnité de déplacement : un médecin touche aujourd'hui 3 euros 50 quand il se rend la nuit au chevet d'un malade contre 10 euros en journée. 

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