"Grâce à Ravel, j'ai pu parler" : comment un chien libère la parole des jeunes victimes

Pas évident de raconter des faits de violence subie, surtout lorsqu'on est mineur. À Saint-Lô, l'UMJ (Unité Médico Judiciaire) compte parmi ses effectifs un chien d'assistance judiciaire. Ravel est là pour apaiser et détendre les enfants, victimes de violence physiques, psychologiques, sexuelles ou témoins de violences conjugales lors de leur audition judiciaire.

"Une victime qui parle d’agression, elle peut être effondrée. Mais c’est souvent une émotion très contenue. Le chien va percevoir le stress davantage que nous", explique Émilie Morançais, psychologue au sein de l'UMJ, et référente principale de Ravel.

C'est à l'UAPED (Unité d’Accueil Pédiatrique pour les Enfants en Danger) que les mineurs victimes sont reçus, dans le cadre d'enquête judiciaire. Cette unité dépend de l'UMJ situé dans les locaux de l'hôpital Mémorial de St Lô.

Depuis maintenant plus de 2 ans, l'UAPED propose aux mineurs d'être accompagnés par un labrador de 4 ans. Car l'audition par un enquêteur, qu'il soit gendarme ou policier, génère du stress pour les victimes, souvent submergées par leurs émotions.

La présence du chien permet de mettre en confiance enfants et parents

Dans cet espace, conçu spécialement pour les enfants et les adolescents, les locaux sont clairs, la Reine des Neiges égaye le mur de la salle d'audition, le personnel est accueillant et souriant. Mais ce qui retient l'attention des enfants, c'est le labrador noir qui vient instinctivement poser sa tête sur leurs genoux.

"Dès l’arrivée des parents, on s’aperçoit que le chien dédramatise et favorise un climat de confiance avec les enfants", raconte Émilie Morançais.

Les enfants, quand ils arrivent, il y a beaucoup d’angoisse, de questions. Ils ne savent pas comment se passe cette rencontre avec l’enquêteur. Le chien est un médiateur qui va favoriser la séparation d'avec son accompagnant.

Émilie Morançais, psychologue au sein de l'UMJ de Saint-Lô

En salle d'attente, la psychologue et l'enquêteur se présentent à l'enfant et son accompagnant. Ils lui proposent la présence de Ravel. Très souvent, l'enfant accepte. 

"Ce n'est pas simple pour un mineur de rencontrer un gendarme, ça génère un stress important. La présence de Ravel permet de casser la glace. Les enfants sont plutôt fans des chiens. Celui-là est particulièrement gentil et doux," explique l'adjudant-chef Brice Chenantais de la brigade de recherche de St Lô, qui auditionne régulièrement des mineurs à l'UMJ.

"Quand ils viennent en audition, c’est un autre humain qui leur a fait du mal, ou qui a fait du mal à un autre devant eux, donc l’animal permet de rassurer" ajoute Emilie Morançais.

Avant l'audition judiciaire, le mineur doit d'abord s'entretenir avec une psychologue, seul, sans le parent qui l'accompagne. 

Ravel semble dormir, et pourtant, il est au travail

Ravel a été formé par Handi'Chiens pendant 2 ans, au centre de Saint-Brandan en Bretagne. Il y a appris plusieurs commandes. Avant l'entretien, Emilie Morançais habille le labrador d'une petite cape aux couleurs de l'association pour lui signifier qu'il est en mode travail.

"Ravel, tu dis bonjour ? Et cool !" À ces mots, il s'installe sur le canapé, à côté de la victime, la tête posée sur les genoux de l'enfant. Instinctivement, l'enfant se met à le caresser. L'entretien peut commencer.

Des études ont montré que caresser un animal pendant 20 min permet de faire baisser le stress. Les auditions durent entre 10 et 30 minutes, cela permet de maintenir l’enfant dans un état émotionnel pour continuer l’audition.

Emilie Morançais, psychologue au sein de l'UMJ de Saint-Lô

Lors de ce premier échange, la psychologue n'aborde pas les faits avec l'enfant. Elle l'interroge sur ses loisirs, est-ce qu’il dort bien, est-ce qu’il se sent bien dans son environnement, est-ce qu’il a des troubles envahissants. Cela lui permet de donner ensuite des indications à l'enquêteur pour le guider lors de l'audition : le niveau de langage à employer, voir si l'enfant est très dispersé.

Puis, elle s'assure qu'il a bien compris pourquoi il est ici, et qu'il a bien conscience de ce qu'est la vérité.

Ravel le guide ensuite jusqu'à la salle d'audition.

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Un reportage de Karine Lepainteur, Maëlenn Nicolas, Sylvain Chemin et Fabrice Lefeuvre ©France 3 Normandie

Dans ce type d'enquête, l'audition est primordiale

Ici, les enfants entendus sont pour la plupart victimes d'agressions sexuelles, une infraction qui se commet à huis clos. Il est important de recueillir leur témoignage, au plus proche de la réalité. Pour cela, les enquêteurs suivent le protocole NICHD (National Institute of Child Health and Human Development) créé aux Etats-Unis et très utilisé au Canada.

"Ce protocole s’intéresse à notre mémoire et comment récupérer un souvenir sans l’influencer. Comment faire pour que ce soit le plus près possible de la réalité", explique l'adjudant-chef Brice Chenantais.

Encore une fois, pendant tout le temps de l'audition, Ravel est allongé sur le canapé, tout contre l'enfant.

Ravel a une mission de soutien. L’enfant passe son temps à le caresser et ça suffit. Le chien ne doit pas perturber l’audition. Ravel est un chien calme. C'est pour cette raison qu'il a été choisi.

Adjudant-chef Brice Chenantais de la brigade de recherche de St Lô

Le chien n'est pas prévu dans le protocole NICHD. Mais depuis 2019, le ministère de la Justice propose aux victimes la présence d’un chien d’assistance judiciaire, lors des audiences. "Sa présence rassurante permet de libérer la parole, de diminuer le rythme cardiaque et l’anxiété, notamment chez les jeunes enfants." lit-on sur le site du ministère.

Marie (le prénom de l'enfant a été changé) a pu bénéficier de l'accompagnement de Ravel. Elle a pu trouver les mots et se libérer.

Quand on arrive, qu’on a peur, qu’on culpabilise, le chien vient nous déstresser et tout sort comme si on lisait un livre. C’est plus facile à dire.

Marie, 10 ans, victime

"Il y a un petit enfant qui a soulevé l’oreille du chien en disant : je te garderai dans mon cœur. D’autres qui lui ont dit : grâce à toi, j’ai pu parler", raconte Émilie Morançais.

Les enfants repartent avec une image de Ravel, qu'ils garderont précieusement, et peuvent retrouver le labrador sur les réseaux sociaux.

Actuellement, ils ne sont que huit chiens formés par Handi'Chiens à intervenir auprès des mineurs. Ravel est le seul en Normandie. 

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