Perturbateurs endocriniens : "j'ai changé mes habitudes" suite à l'utilisation d'un bracelet traquant ces polluants

À Granville, une expérimentation débutée il y a six mois commence à porter ses fruits. Une cinquante de volontaires a été munie d'un bracelet en silicone capable de capter les perturbateurs endocriniens. On en dénombre pas moins de 800 ! Certains testeurs ont décidé de modifier leurs habitudes de vie.

Les perturbateurs endocriniens, substances nocives à l'origine du dérèglement du système endocrinien humain, sont présentes dans l'eau, dans l'air et de nombreux produits de consommation. Le système endocrinien régule la sécrétion d'hormones essentielles au métabolisme, à la croissance, au développement, au sommeil et à l'humeur. 

La communauté de communes de Granville Terre et Mer a signé la charte "villes et territoires sans perturbateurs endocriniens". Il y a six mois, une cinquantaine de volontaires a été dotée d'un bracelet 
détecteur de perturbateurs 24h sur 24 pendant 7 jours. Objectif : déceler le degré d'exposition aux phtalates, bisphénols A, dioxines, furanes, et autres PFAs, ces polluants invisibles à l'origine de cancers, de stérilité ou encore de naissances prématurées.

Les perturbateurs endocriniens sont partout, chacun vit avec 

De nombreux produits sont porteurs de perturbateurs endocriniens, et notamment les produits cosmétiques. Les vernis à ongles, les fixateurs, les parfums contiennent en quantité importante ces substances nocives. Mais on les retrouve aussi dans le textile ou les jouets. Ils apparaissent dans la composition de produits sous leurs noms scientifiques, ce qui les rend plus difficiles à repérer.

Dans une crèche de Granville par exemple, les jouets sont progressivement changés, comme l'explique Pascale Besclic, assistante maternelle.

On a fait faire sur mesure une cuisine en bois pour les enfants. Changer les jouets est un travail de longue haleine, ça ne se fait pas en un jour ! Sans toutes ces études, on aurait continué à utiliser le plastique. Personnellement, je n'étais pas au courant des nuisances, mes enfants jouaient avec du plastique.

Pascale Besclic, assistante maternelle dans une crèche de Granville

France 3 Normandie

Concernant l'utilisation de cosmétiques, cette professionnelle admet avoir changé ses habitudes. Mais pas pour l'alimentation, car elle n'utilisait pas de plats préparés réchauffés au micro-ondes ou dans des contenants en plastique.

En ce qui concerne ma maison, j'aère beaucoup plus qu'avant, chaque pièce dix minutes tous les matins et tous les soirs. Je travaille avec des enfants, donc la maison doit respirer. Je lave aussi beaucoup mes vêtements, donc, oui, j'ai changé mes habitudes ! 

Les sols en matière plastique, type PVC, dégagent ce type de polluants. On les retrouve dans les administrations publiques, les établissements d'accueil de santé, chez les particuliers. Le conseil est de les recouvrir d'un tapis. 

Côté alimentation, les produits ultratransformés en regorgent (phyto-œstrogènes notamment) du fait des process de fabrication à base de PVC.  À défaut d'un label comme Ecolabel ou Ecocert, le bio est donc une garantie. Les combustions incomplètes issues des incinérateurs sont aussi mises en cause.

Certains ustensiles de cuisine comme les tupperware sont à bannir, en particulier ceux utilisés dans les fours micro-ondes. Il faut donc privilégier plat ou assiette en verre. Idem pour les barquettes plastiques utilisées dans les cantines qui peuvent à terme entraîner des problèmes de santé publique.

Une expérimentation avec des citoyens volontaires

A Granville, les citoyens volontaires ont été sélectionnés pour être des ambassadeurs. Suite à leur expérience, des ateliers seront organisés où ils devront faire part des connaissances qu'ils auront acquises y compris dans leur environnement professionnel. 

La coordinatrice santé du réseau Juliette Monteiro explique que les personnes choisies travaillent plutôt dans le secteur de la santé et de la petite enfance. Afin que les politiques s'approprient l'expérimentation, certains ont aussi été sollicités, ajoute-t-elle. En fonction du degré de contamination de chaque volontaire, les ateliers leur seront proposés pour les aider à limiter leur exposition aux perturbateurs endocriniens.

Et les résultats sont éloquents. Les premiers contaminés sont d'abord des professionnels de santé constate Frédérique Sarrazin, dermatologue et vice-présidente à Granville Terre et Mer.

Ce sont sans doute des contaminations au sein de l'établissement, probablement liées à des produits désinfectants, peut-être les sols aussi. En pratique, il faut rester le plus naturel possible, faire la vaisselle à l'eau chaude. Le produit vaisselle, c'est un contenant plastique, il y a sûrement eu contamination via ce biais.

Frédérique Sarrazin, dermatologue et vice-présidente à Granville Terre et Mer

40% des maladies chroniques sont liées à l'environnement, à tout ce que l'on respire, ce que l'on boit, ce que l'on mange. Lorsque les contaminations sont amoindries, les pathologies diminuent. L'intercommunalité de Granville a mis l'accent sur la petite enfance, les femmes enceintes et d'une façon générale sur tous les adultes. Un travail est aussi réalisé à travers une charte pour les commandes de produits d'entretien sans perturbateurs endocriniens. Le service communication sensibilise l'hôpital de la ville et les professionnels de santé libéraux en concertation avec les acteurs sociaux locaux. 

Observer les résultats pour changer son mode de vie

L'opération conduite par le réseau environnement santé (RES) doit aboutir à des analyses en laboratoire. L'enjeu est d'importance, car tout le monde est concerné par ce type de pollution invisible et inodore.

Les bracelets sont lavés pour enlever toute trace de polluant et mis à l'abri dans une boîte métallique. En ouvrant la boîte, on mesure la qualité de l'air intérieur. Ensuite, les bracelets sont distribués aux volontaires qu'ils doivent porter pendant sept jours. Les polluants sont concentrés dans les alvéoles du silicone.

David Feltz, médecin au sein du réseau environnement santé (RES)

Si cette expérimentation ne présente pas de caractère scientifique à proprement parler, elle vise à sensibiliser la population à de nouvelles pratiques.  En France, la prise de conscience des perturbateurs endocriniens est de plus en plus forte. Les effets de ces substances sur la santé ont émergé dans les années 60, mais ont été scientifiquement avérés dans les années 90.